Dossier archive 2017/ Dans cet entretien, le Chef de Kami livre ses sentiments et donne sa vision de l’exercice de sa charge.
Vous venez de recevoir les accessoires de la chefferie de Kami de votre oncle Kihouli, quels sentiments vous animent après cette ‘’passation des charges’’ qui s’est faite sous le sceau de la tradition ?
La charge est très lourde, mais j’éprouve un sentiment de joie. Quand tes grands parents te font confiance et te disent : tu es digne de continuer sur nos traces, cela ne peut que susciter en toi des sentiments légitimes de fierté et de joie. C’est pour moi un grand honneur ce jour d’avoir sous ma responsabilité la gestion des accessoires de la Chefferie du Village de Alani Yao, mon arrière-grand-père.
Votre oncle Kihouli étant vivant, pensez-vous pouvoir exercer le pouvoir pleinement ?
Il est vrai que quand le testateur est vivant, le testament est sans force, mais chez nous les Akouè, c’est diffèrent en matière de chefferie. Ainsi, je puis vous dire que je peux librement exercer mon pouvoir du vivant de mon Oncle Kihouli Kouamé. Avant qu’il ne m’officialise, il avait déjà l’habitude de m’envoyer pour le représenter et accomplir certaines missions. Maintenant qu’il m’a délégué tout le pouvoir, je suis libre de décider, d’entreprendre et d’engager tout le village. J’ai été à son école et parce qu’il a vu que je suis prêt, il m’a tout confié. Tout ce qui sort de ma bouche, vient de lui. Il m’a tout appris, concernant la famille, le village, la terre et nos familles alliées.
Pour exemple, Avant que Koffi Allani, fondateur du village de Kami et son fils Alani Yao qui était le chef du village de Kami, ne soient pris en otage par les colons pour être déportés, ces derniers ont confié le village à Nanan N’gouakou, à qui ils avaient instruit de prendre soin du village jusqu’à leur retour. Mais si d’aventure ils ne revenaient pas, ils lui avaient demandé de confier le village à l’un de leurs descendants. Ainsi, quatre ans avant sa mort, devant tous les habitants de Kami, N’gouakou a fait cette révélation et a cédé la chefferie à Anassou Kacou également appelé Koliè Kacou qui a exercé son pouvoir du vivant de N’gouakou.
La chefferie étant en transition dans une autre famille, comment allez-vous vous y prendre pour la faire revenir dans la vôtre ?
Jusqu’à ce jour, il n’y a pas de problème en la demeure en matière de gestion de notre chefferie. Nanan Kouassi Konan est d’une famille alliée, feu Gnazoua qui l’a précédé avait exercé son pouvoir au nom de mon oncle Kihouli Kouamé et lui-même le reconnaissait. Il en est de même pour l’actuel chef qui est bien de la même famille que Gnazoua, des descendants d’Assouman N’ ssan venue de Lolobo. Il est conscient de cette alliance. A tout moment, lorsque la famille détentrice de la chefferie le voudra, elle pourra reprendre la charge. C’est pourquoi d’ailleurs, ni Nanan Gnazoua, ni Nanan Kouassi Konan n’ont jamais été intronisés. C’est une famille alliée venue de Lolobo, village voisin de Kami sur la route de Bouaké.
Pour l’histoire, Assouman N’ssan, une femme de Lolobo, a épousé Kôkôh lui aussi originaire de Lolobo. Celle-ci a eu un enfant du nom de Kôkôhou Aya qui a son tour est mère d’un enfant nommé Angouanou. Après le décès de Kôkôhou, Assouman N’ssan et ses enfants sont venus rejoindre sa sœur nommée Assouman Yamoin originaire de Lolobo qui avait épousé Koffi Allani, le chef de terre de Kami. C’est de la descendance d’Assouan N’ ssan de Lolobo, que provient cette famille. Ce ne sont donc pas des descendants d’Assouman Yamoin, qui était la femme de notre grand-père Koffi Allani. Par hospitalité, nos grands-parents ont établi une alliance avec la famille d’Assouman N’ ssan. La progéniture de cette dernière n’est donc pas parentée à Koffi Alani et n’a, par conséquent, aucune part dans tout ce qui touche à la chefferie de Kami. Mon oncle Kihouli Kouamé a pris le soin de préciser tout cela devant les concernés avant de me céder le pouvoir.
Comment la chefferie a-t-elle été confiée à cette famille ?
Je vous le disais tantôt, cette famille exerçait la chefferie en notre nom. Donc ce fut une période transitoire. La chefferie de kami sera très bientôt gérée par la famille détentrice, celle de la descendance de Koffi Allani.
Ne vous attendez-vous pas à une crise au sommet de la chefferie face à cette décision ?
Non et non. Il n’y aura pas de crise au sommet de la chefferie de Kami. Nanan Kouassi Konan, l’actuel Chef savait bien qu’un jour, nous allions reprendre notre pouvoir. D’ailleurs, tous les accessoires de la chefferie se trouvent avec moi et je peux vous les présenter si vous désirez les voir. Mon oncle Kihouli qui m’a légué le pouvoir avait l’habitude de dire devant tous que la reprise de la chefferie était imminente. Donc je pense que cela ne donnera lieu à aucune contestation. « Quand une mère vous donne son enfant pour le garder, sachez qu’elle le reprendra un jour même si l’enfant ne pleure pas ». C’est ce qui vient de se passer à Kami avec la dévolution de la charge de chef de terre dont je suis désormais le détenteur exclusif.
Entretien réalisé par Christ Kémondé