L’actualité politique ivoirienne s’enrichit de plus en plus d’événements. Le président de l’Ong ALERTE CONFLIT, expert-consultant en prévention et gestion des conflits et paix, Frédéric Tanoh Niangoin s’est exprimé sur certains points de la vie politique. Dans un entretien qu’il a accordé à la presse, entre autres sujets, il affirme que la magnanimité du président Alassane Ouattara serait davantage saluée pour les cas de N’Dri Kouadio Narcisse et Ange Félix N’Dakpli si leur culpabilité est avérée. Dans le cas contraire, qu’ils soient blanchis comme cela a été le cas pour les accusés des » faux complots » sous Houphouet Boigny. Recevant récemment les populations wê à Mama son village, l’ex-Président Laurent GBAGBO dans son discours a dit en substance, entre autres choses, qu’on doit pouvoir faire la politique sans qu’il y ait des morts; qu’il faut abandonner l’idée du coûte que coûte ; qu’il faut expliquer le pourquoi de toutes les crises et conflits en Côte d’Ivoire et s’atteler surtout à trouver leurs solutions afin d’arrêter le cycle des violences qui entraînent les morts…Vous êtes Expert-consultant en prévention et Gestion des conflits et Paix, quelles réflexions vous inspirent les préoccupations exprimées par l’ex-président dont Laurent GBAGBO ? Malgré le caractère populiste du discours que le Président Laurent GBAGBO a tenu à Mama devant les populations wê acquises à sa cause, je salue sa prise de conscience des conséquences néfastes des conflits politiques récurrents et meurtriers qu’on peut tout de même éviter en Côte d’Ivoire parce qu’ils ne sont pas une fatalité.Tous les leaders politiques, les anciens présidents et le président en exercice, ainsi que leurs soutiens doivent humblement se reconnaître sans faux fuyant dans les différents conflits politiques meurtriers que la Côte d’Ivoire subit depuis près de trois décennies. En effet ces conflits résultent essentiellement des modifications inopportunes de la Constitution et surtout de son interprétation circonstancielle ; de l’élaboration non consensuelle du Code Électoral ; du découpage électoral déséquilibré à dessein ; de l’instrumentalisation aussi bien des Institutions en charge des élections que des Conseils Constitutionnels ; du braquage des résultats électoraux en vue de la confiscation du pouvoir ; des boycotts actifs, etc. A ces causes on ne peut trouver de solutions qu’avec l’avènement d’un État de droit qui tout en consacrant la séparation effective des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, favorise une bonne gouvernance politique permettant d’œuvrer à la promotion et la protection des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales sans lesquels il ne peut exister de véritable démocratie, gage de Paix et de Cohésion Sociale. Pour aider le Président Laurent GBAGBO dans ses recherches je dirai que les solutions pour mettre fin au cycle des morts politiques sont donc déjà connues. Il suffit que les élections soient inclusives, libres et transparentes ; que les Institutions en charge de les organiser et de les arbitrer notamment la CEI et le Conseil Constitutionnel soient vraiment indépendantes et justes ; que les voies légales pour contester éventuellement les résultats des élections soient empruntées, que tous les ivoiriens admettent qu’il y a une vie après les élections et qu’un adversaire du moment demeure un ami, un frère, une sœur, un compatriote ou un allié politique possible demain. C’est pour cela que nous insistons toujours sur la formation à la culture politique et sur l’avènement de l’État de droit dans lequel la démocratie est effective et les droits de l’Homme et des Libertés Publiques sont respectés Le Président Ouattara vient de faire encore preuve de magnanimité en libérant le 6 Août 021 à la veille de la célébration du 61eme anniversaire de l’indépendance de la Côte d’ Ivoire d’autres prisonniers incarcérés dans le cadre de l’élection Présidentielle d’octobre 2020. Cela s’inscrit sans aucun doute dans le processus d’une réconciliation appelée de tous les vœux par les Ivoiriens et les amis de la Côte d’Ivoire. Parmi ces détenus élargis se trouvent des fils de Toumodi, votre département. En dehors de la joie des retrouvailles qu’on observe dans tout le département, quels autres sentiments vous animent entant que Président de l’ONG Alerte-Conflit qui n’a de cesse de sensibiliser à des élections apaisées et d’appeler à l’avènement d’un État de droit et d’une démocratie véritable en côte d’Ivoire. Le moins qu’on puisse dire est que les actes posés par le Président OUATTARA en libérant par vagues les prisonniers politiques ou d’opinion sont à saluer car cela s’inscrit incontestablement dans le processus de décrispation du climat social. Bien évidemment nous ne pouvons qu’être soulagés à Toumodi en ce qui concerne nos frères, amis et connaissances qui avaient nécessairement besoin de recouvrer leur liberté. En tant qu’acteur de la Société Civile qui appelle à l’avènement d’une démocratie véritable et d’un État de droit en Côte d’Ivoire et citoyen qui vit dans la communauté, je demeure personnellement triste pour trois raisons essentielles. Premièrement, le fait même que des personnes soient emprisonnées dans le cadre d’une élection fut-elle présidentielle pose déjà un problème en démocratie et dans un État de droit. Deuxièmement quand des personnes qu’on pratique et dont on connait parfaitement l’état d’esprit sont inculpées sous des chefs d’accusations comme atteinte à la sûreté, on se perd en conjectures.Troisièmement c’est la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire que certains fils de Toumodi, en dehors des mouvements politiques de simples contestations, soient accusés de velléités de déstabilisation des Institutions de la République. Cela n’est d’ailleurs pas dans les habitudes des cadres de Toumodi. La magnanimité du Président OUATTARA serait donc davantage saluée en ce qui concerne N’DRI Kouadio Pierre Narcisse et Ange Félix N’DAPKRI si leur culpabilité est avérée. Dans le cas contraire qu’ils soient blanchis comme cela a été le cas pour tous les accusés des “faux complots“ sous HOUPHOUET-BOIGNY Interview réalisée par DO