Société

Toumodi: « le communautarisme calculé peut être un danger pour la cohésion nationale » Tanoh Niangoin

Published

on

Comme à son habitude, le président de l’Ong ALERTE CONFLIT Frédéric Tanoh Niangoin s’est prononcé sur les questions brûlantes de l’actualité ivoirienne. Au cours d’un entretien avec la presse le lundi 02 novembre au siège de son entité, il a donné son point de vue sur la limitation d’âge des candidats à l’élection présidentielle, sur la création du PPA-CI et sur l’idée de l’avènement  » d’une Union du Grand Nord « . Sur ce dernier point, Frédéric Tanoh Niangoin affirme que le communautarisme calculé peut être un danger pour la cohésion nationale 

Un débat a cours en ce moment sur la limitation d’âge des candidats à l’élection du Président de la République, et aussi celle des mandats présidentiels. Pouvons-nous connaître votre position, en tant qu’acteur de la société civile et expert en Prévention et Gestion des conflits ?

 Je trouve vraiment résiduel le débat en cours sur la limitation d’âge et de mandat présidentiel, au regard des fondements des crises et conflits sociopolitiques auxquels les ivoiriens font face depuis trois décennies. De mon point de vue, les débats qui valent la peine d’être ouverts et menés aujourd’hui devraient porter sur l’élaboration d’une Constitution non polémique, l’application stricte et sans parti pris de ses dispositions, le respect des principes élémentaires de démocratie et les voies et moyens pour faire de la Côte d’Ivoire un État de droit. Autrement dit, c’est parce qu’au décès du Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY en 1993 l’application de la Constitution avait été contrariée que la crise qui s’est installée entre le Président BEDIE et ses partisans, le Premier Ministre d’alors Alassane OUATTARA et ses partisans a crée la première fêlure dans le tissu social que nous avons du mal à gérer aujourd’hui. De même, si en 2020 la Constitution, par son interprétation tendancieuse, n’avait pas été l’objet de polémique, on aurait évité à la Côte d’Ivoire cette crise absurde de numération de mandats qui a accentué la fracture sociale, avec à la clé ses pertes inutiles en vies humaines. C’est donc pour nous l’État de droit seul qui sonnera l’avènement d’Institutions fortes à travers la prééminence du droit sur le pouvoir politique et l’obéissance à la loi, aussi bien par les gouvernants, que par les gouvernés qui devra faire l’objet de débat actuellement.

La fracture du Front Populaire Ivoirien (FPI) vient d’être actée  avec la création du PPA-CI, le Parti des Peuples Africains. Au-delà de toutes les supputations relatives à la capacité juridique de son fondateur Laurent GBAGBO à le présider, pensez-vous vraiment que le PPA-CI peut remplacer le FPI dans la tête de ses militants actuels ?

 Je ne suis pas dans la tête des militants de l’ex FPI ou de l’actuel PPA-CI. Je pense cependant  que vu le lien affectif entre Laurent GBAGBO et ses partisans plutôt attachés à sa personne qu’à autre chose, il n’est même pas nécessaire de se focaliser sur une quelconque dénomination de leur Parti ou même de son idéologie. N’oublions surtout pas qu’il s’agit bien de GOR “GBAGBO OU RIEN“ et non de FPI OU RIEN. Ce que je ressens personnellement toutefois c’est que Laurent GBAGBO a crée le PPA-CI par défaut, à son corps défendant, obligé qu’il était de se démarquer du FPI qui a forgé sa personnalité politique d’opposant historique à Félix HOUPHOUET-BOIGNY. Nous avons pour preuve le pas de course auquel l’on assiste et quelques flottements très apparents. La moralité de tout cela c’est que même si la déstabilisation des partis politiques fait partie, pour certains, des stratégies en vue d’une hégémonie  politique, ses conséquences sont bel et bien l’affaiblissement de la démocratie et l’inhibition du peu d’efforts à faire pour parvenir à l’État de Droit qui est la voie idéale pour la mise en œuvre de la cohésion Nationale effective, de la Bonne Gouvernance Politique et la construction de la Paix tant recherchée. 


La création d’une UNION DU GRAND NORD a germé dans la tête de certains cadres de cette grande région géographique. Son AG constitutive pour la rendre effective est même prévue pour les 12 et 13 novembre prochains. Certains y voient des velléités tribalistes et d’autres des manœuvres pour positionner politiquement un des leurs pour 2025. Cela fait polémique et l’un des points focaux de cette organisation naissante, en l’occurrence le député GOUNOUGO TENENA a cru bon de monter au créneau pour décliner des objectifs en terme de développement et de solidarité. Que vous inspire le débat que suscite ce que d’aucuns conviennent d’appeler la charte du Nord bis ?

Certes l’évocation de la charte du Nord rappelle de mauvais souvenirs mais il faut se garder, à mon humble avis, de faire d’emblée un procès d’intention aux initiateurs de ce vaste mouvement qui de toutes les façons peut porter en lui-même les germes de sa  propre dislocation si des intentions malveillantes s’y cachent, vu la vacuité  des revendications de 1991-1992. Je crois pour ma part qu’il peut s’agir d’une prise de conscience tardive de cadres de ces régions dont la plupart n’ont pas eu la culture du développement du terroir et qui ont beaucoup plus investi dans des régions d’accueil que dans les leurs. Attendons donc de voir l’orientation que pourrait prendre cette Union du Grand Nord, mais demeurons vigilants car le communautarisme calculé peut être un danger pour la cohésion nationale.

                                      Interview réalisée par  DO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Actualité

Copyright © 2021 - 2026 infocentrale.net. Tous droits réservés.