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Ouattara doit arrêter les poursuites judiciaires des crises d’élection 2020

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Le président de Alerte Conflit estime que le président Ouattara a l’obligation morale de lâcher prise sur les poursuites judiciaires déjà engagées ou à venir contre ses opposants politiques pour donner un chance au dialogue politique

Dans un entretien avec la presse, Frédéric Tanoh Niangoin, membre de la société civile, président de l’Ong ALERTE CONFLIT s’est prononcé sur la conférence de presse animée par le procureur de la république près le Tribunal d’Abidjan Adou Richard Christophe directeur de l’unité spéciale d’enquête sur les évènements inhérents à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020

Une vive polémique entoure la conférence de presse animée le lundi 27 décembre 2021 par le Procureur de la République près le Tribunal d’Abidjan, Monsieur ADOU Richard Christophe, Directeur de l’Unité Spéciale d’Enquête sur les évènements survenus à l’occasion de l’élection Présidentielle du 31 octobre 2020. L’ONG ALERTE-CONFLIT dont vous êtes le Président œuvre, entre autre, à la Prévention et à la Résolution des Conflits et mène également des Études et Recherches sur les conflits. Pouvez-vous donner votre opinion sur cette communication controversée du Procureur de la République ?

Je suis avec beaucoup d’intérêt le débat sur la Communication faite par le Procureur de la République ADOU Richard Christophe, en sa qualité de Directeur de l’Unité Spéciale d’Enquête sur les événements liés à l’élection Présidentielle du 31 octobre 2020 dont j’ai suivi les différentes péripéties, d’abord en ma qualité de citoyen ivoirien et électeur, ensuite en tant que Président d’une Organisation de la Société Civile accréditée pour l’observation de cette élection. La lecture attentive de la déclaration liminaire du Procureur de la République publiée dans les journaux m’a donné l’impression d’un texte rédigé au pas de course dans lequel des incorrections ont été relevées, notamment la désignation malencontreuse du District Autonome de Yamoussoukro comme Région des Lacs. Une analyse de cette déclaration liminaire résumant le rapport d’Enquête fait ressortir des éléments saillants qui interpellent la conscience de tous les ivoiriens épris de paix, d’unité et de cohésion. Le rapport parle notamment  » de manipulation des sentiments d’appartenance ethnique et religieuse, de conflits inter Communautaires Malinké contre Baoulé, d’affrontements entre les Communautés Malinké et Agni, d’individus non identifiés armés de fusils calibre 12 contre les autochtones agni, d’une marche de protestation de l’opposition empêchée par des individus se disant transporteurs, de Femmes prises à partie au cours de leur marche par des personnes exerçant dans le transport, d’affrontements éclatés entre des membres Civils de la sécurité du Ministre Amédé KOUAKOU et des villageois, etc…… » Ces éléments saillants qui pourraient paraître anodins sont pourtant des indicateurs du danger couvant auquel la côte d’Ivoire est exposée si l’on laisse prospérer la propension actuelle de certains Ivoiriens au Communautarisme, au Régionalisme et au clanisme. Comment peut-on d’ailleurs expliquer que dans le quasi totalité des localités répertoriées dans le rapport de l’Unité Spéciale d’Enquête les affrontements ont opposé d’un côté des Malinké et de l’autre des autochtones ? Comment comprendre que la corporation des transporteurs dont la très grande majorité des membres sont originaires du Nord de la Côte-d’Ivoire et classés globalement dans le groupe Malinké se soit transformée en justicier Politique pour empêcher des marches? Comment accepter que le Ministre Amédé KOUAKOU qui a l’avantage d’avoir une sécurité républicaine qui peut être, la Police, la Gendarmerie ou même l’Armée, le cas échéant, ait pu se fourvoyer en s’entourant complémentairement d’une sécurité Civile et privée, de surcroit dans son propre village? De tout ce qui précède, l’Unité Spéciale d’Enquête dirigée par le Procureur de la République Monsieur ADOU Richard Christophe n’aura certainement pas trop de difficulté pour comprendre les contours de « la manipulation des sentiments d’appartenance ethnique, Politique et religieuse » et les facteurs explicatifs de certaines formes de violences que la Côte-d’Ivoire vit depuis près de trois décennies. La lutte contre l’impunité est certes réclamée par tous mais dans le cas Spécifique des Conflits Politiques passés, en général, et ceux liés à l’élection Présidentielle de 2020, en particulier, les décisions à prendre devront être analysées avec circonspection. Aussi, l’Unité Spéciale d’Enquête devra-t-elle partir de l’hypothèse que si tous les Partis ou Groupements Politiques rivaux ont galvanisé leurs militants en général et leurs jeunes en particulier à travers des mots d’ordre croisés, de désobéissance Civile puis d’empêchement de vote pour certains, d’empêchement de marches et de protection de vote pour d’autres, les protagonistes de chaque camp, pour être opérationnels, ont pu bénéficier de part et d’autre de soutiens logistiques et d’appuis financiers. Dans cette logique Monsieur le Procureur de la République et l’Unité Spéciale d’ Enquête qu’il dirige, tous instruits d’ailleurs par la Chancellerie, pourront-ils objectivement casser tous les œufs à leur disposition pour faire leur omelette, notamment les poursuites et les condamnations? C’est pourquoi, pour donner une chance au Dialogue Politique et à ses conclusions, je pense que le Président OUATTARA a l’obligation morale de lâcher prise sur les questions Politiques résiduelles telles que les poursuites judicaires déjà engagées ou à venir contre ses Opposants politiques et s’atteler plutôt à la poursuite de la Construction de l’unité nationale chère au Président Félix Houphouët-Boigny, le référent de tous les Ivoiriens, dont il professe la Politique de Tolérance, de Pardon, de Réconciliation et de Paix. Je pense aussi humblement qu’au regard de la volonté de tous de combattre l’impunité, le Procureur de la République Monsieur ADOU Richard qui est dans son rôle de toutes les façons et l’Unité Spéciale d’Enquête qu’il dirige peuvent toute fois accomplir sereinement leur mission en tournant simplement de temps en temps le regard vers la balance qui est le symbole de la Justice et de l’équité, donc de la Paix Sociale.

                                                                      Interview réalisée par Alexis Digbeu

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