La dégradation de l’environnement demeure aujourd’hui l’une des préoccupations fondamentales des politiques gouvernementales à travers le monde. Cette question suscite beaucoup de réflexions et de recommandations. De manière plus ou moins insidieuse, plusieurs facteurs participent à la dégradation de l’environnement.
L’extraction artisanale de l’or est une réalité incontournable en milieu rural. Les populations en générale et les jeunes en particulier accordent à cette activité, la même importance qu’ils accordent à l’agriculture. Même si certains s’opposent à l’orpaillage clandestin la journée, mais la nuit, la quasi-totalité estime qu’il est un moyen efficace de lutte contre la pauvreté.
Cependant, l’orpaillage clandestin impacte négativement les ressources naturelles, la santé de l’homme et son environnement immédiat.
Des étapes de l’exploitation au scanner
L’identification du site ou la prospection constitue la toute première phase de l’extraction de l’or. Dans les mines artisanales, la prospection requiert professionnalisme et expérience.
Ici il s’agit de trouver un indicateur attestant de la présence de l’or sur le site avant le texte d’extraction fait sur une profondeur de 0.5 à 1 m.
« On fait ce test pour avoir une idée de la quantité d’or qu’on peut avoir sur le site. Ça nous permet de savoir si la zone est exploitable ou pas. On fait tout ça avec des pioches, des pelles avec d’autres outils traditionnels » explique Souley Wega, rencontré sur le site de Bokakouamékro, situé à 16 kilomètres de Brobo.
L’une des phases les plus difficiles et pénibles du circuit d’extraction est le fonçage. Il se fait à la main. Il consiste à creuser des trous pour atteindre le minerai qui se trouve dans une roche. L’orientation du trou suit le lit du minerai ; elle peut être verticale ou horizontale. Les trous sont rectangulaires de dimensions variables 1,5×1 m et 3x2m, la profondeur varie de 4 à 20 m en fonction de la richesse du puits. Pour éviter des éboulements et consolider les parois des trous, des soutènements sont faits avec des troncs d’arbres et se font au fur et à mesure qu’avance le creusage. Le matériel de fonçage est constitué de pelles, pioches, marteaux, pics, sacs, cordes et machettes. Les torches à piles sont également utilisées pour éclairer les creuseurs à l’intérieur du trou. Le fonçage d’un trou est arrêté une fois que la nappe phréatique est atteinte. Ne disposant pas de pompes suffisamment puissantes pour évacuer l’eau, cette étape s’arrête. Pour faire le test du minerai, il est acheminé au niveau du poste de stockage. A ce niveau, les spécialistes vérifient si le minerai extrait contient de l’or. Quand il est positif, il est récupéré pour la suite.
Plusieurs autres étapes telles que le concassage, le broyage, le lavage et la récupération constituent les différentes étapes d’extraction de l’or.
L’orpaillage clandestin trouble le sommeil du gouvernement ivoirien. Malgré l’adoption du code minier de 2014, renforcé par une série de mesures pour la lutte contre le phénomène, l’Etat peine toujours à éradiquer ce fléau.
Selon le ministère de l’Industrie et des Mines, entre 2006 et 2016, l’orpaillage clandestin a fait perdre à l’Etat ivoirien, un montant de 479,22 milliards de F CFA, soit environ 958 millions de dollars.
On se bat pour maintenir ses intérêts
L’exploitation artisanale de l’or dans plusieurs localités de la Côte d’Ivoire met en interaction une diversité d’acteurs qui agissent de sorte à maintenir la filière. On distingue entre autres les acteurs issus du milieu moderne. Il s’agit de riches commerçants et hommes d’affaires qui investissent dans les activités d’exploitation artisanale de l’or. Ce sont les propriétaires des sites d’orpaillage. Les acteurs modernes sont également les personnes dites du pouvoir, ou d’autorité : ce sont des agents et/ou des responsables des forces de défense sociale, des responsables de l’administration publique locale. Bien que ces acteurs n’investissent pas financièrement dans l’orpaillage, ils constituent un maillon important de la filière. C’est avec leur caution que l’exploitation artisanale clandestine de l’or se met en place et se maintient. Les autres acteurs sont les propriétaires terriens et les garants de la tradition.
Le rôle de ces « hommes d’affaires », souvent cachés dans l’ombre, est de mettre tout en œuvre et créer les conditions de réalisation de leur chantier. Dans ces circonstances, ils font face à plusieurs charges au nombre desquelles le paiement des droits d’accès à la terre auprès des propriétaires terriens, les frais de divers sacrifices nécessaires pour que les ‘’génies’’ rendent le « chantier » prospère, la fourniture du matériel de travail aux orpailleurs, la prise en charge alimentaire et sanitaire des orpailleurs…etc.
« Nous on n’a pas besoin d’être physiquement là. Mais il est de notre devoir de créer les conditions de réalisation des travaux. En venant ici on ne s’est pas caché. Au-delà des propriétaires terriens, plusieurs autres autorités administratives ont donné leur accord. Qu’ils cessent de nous distraire. La journée ils sont contre nos activités mais la nuit, ils changent leur veste. Ils savent bien qu’ils ne peuvent pas nous chasser sur ces sites. » Révèle Basongo Moussa, rencontré sur le site aurifère de Kouakougnannou, localité située à proximité de Kossou, dans le district autonome de Yamoussoukro.
Les orpailleurs clandestins bien que n’ayant pas les documents requis pour l’exploitation d’or, ne sont visiblement pas prêts à plier l’échine. Plutôt prêts à libérer les dessous de table, ils sont résolus à aller jusqu’à l’atteinte de leur objectif.
Après la phase de sensibilisation, le gouvernement ivoirien est passé à la vitesse supérieure avec des mesures répressives. La création d’un Groupement Spécial de Répression de l’orpaillage illégal composé de 560 éléments dont 460 Gendarmes et 100 agents des Eaux et Forêts, le 1er juin 2021, traduit clairement la volonté du gouvernement ivoirien à mettre hors d’état de nuire les orpailleurs clandestins qui sévissent sur l’ensemble du territoire national.
Un important coup de filet annoncé à l’issue de la réunion du Conseil National de Sécurité du 09 Août 2021 montre la fermeté du Groupement Spécial de Répression de l’orpaillage Au total 35 sites démantelés et 233 personnes interpellées. Plusieurs autres actions d’envergures ont été menées. Il s’agit notamment de la destruction de 6 350 abris de fortune, 18 concasseurs, 17 tricycles, 49 motopompes, 15 motos, 36 dragues,117 broyeus,85 poclains, 02 bulldozers, 01 dépanneuse, 03 porte-chars, 115 motos, 162 motopompes, 70 groupes électrogènes et 09 armes ont été saisis, sur la même période.
Le gouvernement ivoirien ne fait pas que traquer les orpailleurs clandestins. Il a mis en place d’autres mesures pouvant réduire considérablement la clandestinité dans ce secteur.
Il a instruit l’administration des mines pour la reprise de la délivrance des autorisations d’exploitation minière artisanale et semi-industrielle aux orpailleurs. Celle-ci avait été suspendue, au cours de ces dernières années.
La réactivation des Comités techniques locaux (Ctl) pour éviter les recolonisations , la définition, par voie de décrets, de couloirs minéralisés à destination des opérateurs du secteur de la petite mine fait partie de ces décisions.
Ces dispositions visent à garantir la faisabilité et la rentabilité de la petite mine dédiée, par principe, aux ressources minérales alluvionnaires ou à la surface du sol.
Eaux, forêts, sol, air… l’environnement se meurt
L’orpaillage clandestin se développe de plus en plus dans de nombreuses régions du pays. Une situation qui entraîne, bien souvent, des violences débouchant sur des morts d’hommes, la destruction de l’environnement, la pollution des eaux avec l’utilisation du cyanure, un produit toxique pour l’homme.
L’eau intervient dans la réalisation de presque toutes les activités de l’exploitation artisanale de l’or. Lors du fonçage, les orpailleurs atteignent la nappe phréatique qui se situe en moyenne à 14-15 m de profondeur. Ils ont recours à des motopompes pour évacuer des quantités impressionnantes d’eau.
Ces motopompes sur le site évacuent chacune plusieurs litres d’eau par jour contribuant ainsi à diminuer le niveau de la nappe d’eau souterraine. Aussi, l’abandon des piles usées à l’intérieur des puits peut-il polluer les ressources en eaux souterraines. Le déversement des huiles usées et hydrocarbures des moulins pour le broyage peuvent atteindre les ressources en eau.
Les activités lors des étapes de lavage et d’extraction de l’or par le mercure sont les plus consommatrices d’eau. A titre d’exemple, il faut environ 200 litres d’eau pour le lavage d’un sac de 50kg de farine de minerai lors de l’extraction de l’or. Le mercure utilisé contamine les ressources en eau.
A toutes ces activités s’ajoute la vie quotidienne des orpailleurs qui exigent un besoin quotidien en eau (nutrition, lessive, douche, etc.). La production de déchets solides et liquides pollue aussi les ressources en eau par lessivage ou par infiltration.
À Bouaflé, chef-lieu de la région de la Marahoué, cette eau est pompée à l’extérieur et se déverse dans le fleuve Bandama Le Bandama qui traverse la Côte d’Ivoire du Nord au Sud. Formé de la conjonction des Bandama blanc et Bandama rouge (Marahoué). Le fleuve Bandama, qui se jette dans l’océan Atlantique à Grand-Lahou, à une longueur totale de 1 050 km et son bassin couvre près de 100 000 km2.
Cette eau, utilisée par les riverains pour des besoins quotidiens (toilette, cuisine et boisson par certains), peut constituer une source d’intoxication
En somme, l’impact sur de l’orpaillage clandestin sur l’eau est la pollution des eaux de surfaces et ou souterraines, la destruction du lit du fleuve Bandama ou un autre cours d’eau quelque soit la région du pays où l’on se retrouve,
Le sol n’est pas épargné des impacts de l’exploitation artisanale de l’or. Pendant l’identification du site, de petites galeries sont creusées çà et là ; une action qui a pour conséquence l’érosion du sol. Au cours du fonçage, les orpailleurs creusent plusieurs puits pour l’extraction du minerai. Ce qui dégrade le sol de façon irréversible car les sols ne sont pas reconstitués après abandon des sites.
La pollution est également perçue au niveau des déchets laissés sur le sol. A cela, il faut ajouter les pollutions du sol engendrées par les déchets solides et liquides produits sur le site (huiles, hydrocarbures, fèces humaines, plastiques…etc). La contamination des sols par les produits chimiques (mercure) utilisés lors de l’extraction de l’or doit être également signalée. Les impacts sur le sol sont l’érosion, l’infertilité, la pollution par les déchets solides et liquides.
En effet, la dégradation du sol étant un facteur de réduction des surfaces cultivables et aussi un facteur de mobilité à la recherche de terres plus fertiles, elle est la résultante d’une diminution des productions alimentaires et la naissance d’actes conflictuels dans la question d’occupation des terres.
« Ici à Angovia, Les orpailleurs clandestins ont occupé toutes les terres que nos parents nous ont laissées. Même quand ils finissent leurs activités, je ne peux plus exploiter la parcelle. Rien, rien ne pousse encore sur ces terres. Moi et mes enfants devront trouver d’autres parcelles, alors que chaque jour les gens se battent pour avoir un lopin de terre. Avec mon âge, comment je vais faire pour manger. Je vous en prie, aidez-moi » témoigne dame Kouassi en larmes
Sur les sites d’orpaillage, la poussière se signale dans l’air. On note également la présence de fortes émissions de gaz, de fumées mais aussi de bruits (moulins, motopompes et moteurs). L’air est également pollué par les vapeurs de mercure pendant le brûlage de
L’amalgame. Les odeurs produites par la décomposition des déchets solides et liquides générés par les orpailleurs circulent dans l’air et c’est tout l’environnement immédiat qui en absorbe.
L’exploitation de l’or, qu’elle soit artisanale ou non, se fait au détriment de la végétation sur les sites miniers. Dans les zones aurifères, la première phase dans le processus d’orpaillage consiste à dégager tout ce qui gêne la pratique de l’activité. Cette action contribue au dénuement des parcelles agricoles.
L’orpaillage utilise beaucoup de bois lors du fonçage pour le soutènement des parois des puits. Dès lors, cette activité entraîne la destruction de niches écologiques et l’extinction de certains animaux. Les activités ayant un impact direct sur la faune sont essentiellement le fonçage et l’installation des orpailleurs sur le site.
Sur la flore, on note une destruction accélérée du couvert végétal. Dans une étude publiée dans European Scientific Journal September 2016, le chef de Cantonnement des Eaux et Forêts de Bouna a affirmé, « aucun orpailleur ne détient d’autorisation de coupe. Le soutènement utilise en moyenne 15 bois (tronc d’arbre) pour un mètre. Un puits nécessiterait environ un chargement soit environ 400 à 500 troncs d’arbres pour son soutènement. Ce qui fait qu’on assiste à une déforestation de la zone immédiate (…) »
L’installation des orpailleurs nécessite le défrichage, la coupe de bois et de paille pour la construction de maisons ou de hangars de fortune à usage d’habitation ou commercial.
L’engagement du gouvernement ivoirien y est, même si certains collaborateurs de l’administration s’adonnent à un jeu de double face, susceptible de rassurer les orpailleurs clandestins dans leur sale besogne. A ce stade de la lutte, seule la fibre patriotique de l’ivoirien nouveau peut accompagner l’Etat à stopper ces clandestins qui ne cessent de donner de faux espoirs aux populations.