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Côte d’Ivoire : Ayala Bakaba, un an déjà, Palais de la Culture d’Abidjan si tu l’oublies…

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Elle a porté sur ses frêles épaules, aux côtés du géant Sidiki Bakaba, son époux, le poids du Palais de la Culture d’Abidjan pendant une dizaine d’années. Voilà un an qu’elle nous a quittés après une longue maladie, le 11 septembre 2023. Ayala Bakaba mérite une stèle ou à tout le moins une plaque commémorative dans ce temple de la culture et du spectacle pour honorer sa mémoire.


Le 11 septembre 2024, mes pensées étaient pleines de dévotion et surtout tournées vers le Palais de la Culture d’Abidjan. Je m’attendais à ce qu’une petite mention commémorative soit faite du nom de Mme Ayala Bakaba ancienne Administratrice générale décédée une année plus tôt. Je n’ai eu aucun écho venant de ce Palais qui borde la lagune ébrié entre les ponts Félix Houphouët Boigny et Charles de Gaulle du côté de la commune de Treichville et des gares lagunaires.


Lorsqu’elle fut appelée à venir assurer les fonctions d’Administratrice générale du Palais de la Culture d’Abidjan, tout était à y faire. Tout était à penser. Il fallait donner vie à cette maison que les artistes, les hommes de culture et les Ivoiriens dans leur ensemble avaient appelée de leurs vœux ; jusqu’à ce que Henriette Dagri Diabaté, alors ministre de la Culture, arrive à faire passer le projet de construction d’une telle infrastructure en conseil des ministres et à le faire adopter.
Ayala était enseignante et psychiatre en France depuis plus d’une vingtaine d’années. Mais elle n’avait pas hésité à venir apporter son expertise et ses compétences à la Côte d’Ivoire qui avait besoin d’elle. Des garanties lui avaient été données, des promesses lui furent faites mais qui ne furent pas tenues en vue de lui faire profiter d’une retraite méritée en France.


Ses grandes capacités de gestion et sa rigueur ont permis à cet établissement public à caractère industriel et commercial de fonctionner et de rayonner. Elle a souvent reçu des félicitations pour la qualité de sa gestion au plus haut niveau.
Elle, gérant les affaires quotidiennes du Palais, le Directeur général pouvait, quant à lui, se consacrer entièrement à donner une âme artistique à l’établissement. C’était un duo, un tandem excellent, parfait.


Tenant coûte que coûte à la dignité et à l’épanouissement du personnel et des différentes catégories qui le composaient, elle se battait régulièrement pour l’amélioration des conditions de travail de ces hommes et de ces femmes qui faisaient vivre le Palais de la Culture d’Abidjan de jour comme de nuit.


J’ai suivi d’assez près nombre de ses combats au bénéfice des autres ; des batailles ou des prises de position qui lui valurent parfois des relations tendues avec la tutelle ministérielle. Pour la liberté, la justice, la dignité et la paix de ses collaborateurs et du personnel du Palais de la Culture, elle était prête à tous les sacrifices. Elle m’avait coopté en tant que consultant (collaborateur extérieur), à l’issue d’une sélection dont je n’avais moi-même été informée que le jour où elle me fit convoquer pour me faire la proposition de me recruter. J’acceptai et ce fut une très belle aventure qui dura quasiment 10 ans. J’ai beaucoup appris d’elle et son merveilleux époux qui conserve encore aujourd’hui leur amour intact et sans ride.


En dépit de toutes les responsabilités qu’elle avait, elle n’avait jamais renoncé à sa casquette d’artiste (notamment de scénariste et de productrice). Aussi apportait-elle son assistance à Sidiki Bakaba sur plusieurs projets dont par exemple la production du long métrage « Roue Libre » et bien d’autres films et documentaires ainsi que les grosses productions théâtrales créées au Palais de la Culture et qui redonnèrent vie à un art vivant de la scène qui agonisait notre pays.


Elle a couvé les jeunes comédiens apprenants de l’Actor Studio d’Abidjan créé par Sidiki Bakaba. Beaucoup d’entre ces jeunes sont devenus des vedettes du grand et du petit écran en Côte d’Ivoire et en Afrique. Certains évoluent en Europe.
Femme au cœur d’or, elle s’est engagée à soutenir des orphelins laissés par la terrible et absurde guerre qui fit tant de mal à la Côte d’Ivoire. Elle a posé de nombreuses actions humanitaires et soutenu des ONG telles que ‘’Les Belles Demeures’’ qui avaient à sa charge près d’un demi-millier d’orphelins dans la zone ouest du pays (Duékoué etc.). Pour ces enfants innocents, elle remuait ciel et terre pour leur apporter un peu de consolation et de joie de vivre. Pour cela, elle faisait bouger ses relations en Europe et sur les autres continents.
Ayala était cette icône et bonne fée à la chevelure de blé doré, toujours souriante et accueillante. Mais elle savait se montrer ferme pour mettre un terme au laxisme, à la fainéantise et au désordre. C’est ainsi qu’elle a pu lutter contre la maladie pendant quelques années. Discrètement, sa famille, quelques amis l’ont soutenue de temps à autres, comme la plus haute Autorité de la Côte d’Ivoire qui a fait parler son cœur à un moment donné, même si des mains occultes ont agi avec de noirs desseins.


J’ai vu Ayala Bakaba porter le Palais de la Culture comme une mère porte son bébé. Une année après son départ, cette vaillante fille d’Afrique, fille de la religion du Livre, il ne serait que justice qu’une salle ou même une allée du Palais de la Culture d’Abidjan porte son nom. Je suis certain que même la plus haute Autorité ivoirienne et son épouse ne seraient pas opposées à un tel hommage perpétuel.
La Côte d’Ivoire unie et réconciliée lui serait ainsi reconnaissante pour son amour et son attachement sans faille à sa seconde patrie à laquelle elle a donné le meilleur d’elle-même. Palais de la Culture si tu l’oublies…
C’est mon plaidoyer.


Christian Kocani

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