Le professeur Maurice Kacou Guikahué a récemment adressé une lettre de démission de son poste de Conseiller du Président du PDCI-RDA à Tidjane Thiam, nouvellement réélu à la tête du parti. Une annonce largement relayée par les médias, mais qui mérite une analyse plus fine du contexte juridique et statutaire dans lequel elle s’inscrit.
En effet, le 11 mai 2025, Tidjane Thiam a été contraint de démissionner de la présidence du PDCI-RDA en raison de démêlés judiciaires liés à sa nationalité. Plusieurs voix, au sein du parti et dans la sphère judiciaire, lui reprochaient d’avoir accédé à la tête du parti sans avoir acquis de manière définitive la nationalité ivoirienne. Cette situation a conduit certains à exiger l’annulation de tous les actes posés durant cette période jugée irrégulière.
Conscient des conséquences que cette affaire judiciaire pouvait avoir sur la stabilité du parti, et soucieux de préserver l’honneur du PDCI-RDA tout en évitant une éventuelle mise sous tutelle, Tidjane Thiam a pris la décision de rendre sa démission et de redonner la direction du parti à sa base militante. Par cet acte, il a symboliquement remis les compteurs à zéro. Le PDCI-RDA revenait ainsi à la situation qui prévalait au lendemain du décès du président Henri Konan Bédié. À cette époque, c’est Philippe Cowppli-Bony qui avait assuré l’intérim en sa qualité de doyen d’âge des vice-présidents. Après son décès le 6 mai 2025, la charge est automatiquement revenue à Ernest N’Koumo Mobio, le vice-président le plus âgé encore en fonction.
Par conséquent, toutes les décisions prises par Tidjane Thiam lors de son premier mandat, notamment les nominations de hauts représentants, de conseillers et de secrétaires exécutifs, ont été considérées comme annulées.
Un exemple révélateur : Lorsque Kouamé Binger a voulu troubler le congrès à Bouaké, le communiqué de mise au point a été signé non par un haut représentant nommé par Thiam, mais par le délégué régional, reconnu selon l’ancienne organisation en vigueur sous le président Bédié.
Ce n’est qu’à partir du 14 mai 2025, date à laquelle Tidjane Thiam a été élu officiellement et définitivement président du PDCI-RDA en sa qualité d’Ivoirien, qu’il a retrouvé la légitimité d’exercer pleinement ses prérogatives, y compris celle de procéder à de nouvelles nominations dans les structures du parti.
Dans ce contexte, il est important de noter que l’ex Conseiller du Président n’a, en réalité, aucune obligation ni même de base juridique de présenter une démission. Sa nomination, intervenue durant le mandat initialement annulé de Tidjane Thiam, a été rendue caduque avec la démission de ce dernier. En d’autres termes, la fonction de Conseiller du Président n’était plus occupée légalement à ce moment-là, ce qui rend toute « démission » formelle sans effet réel.
Christ Kémondé