La police ivoirienne a procédé à un important démantèlement d’un réseau de traite de personnes dans la ville de Vavoua, au centre-ouest du pays. À la tête de cette opération : les hommes du commissaire Sylla Lacina, agissant dans le cadre de l’opération Épervier 10. Au total, 63 personnes ont été interpellées, dont cinq identifiées comme les organisateurs du réseau. Une affaire qui met à nu l’exploitation humaine sous couvert d’une activité liée à la société QNET.
Tout est parti d’un appel anonyme, reçu le jeudi 12 juin 2025, alertant les autorités sur des mouvements suspects dans plusieurs villas de la ville. Rapidement mobilisée, la police de Vavoua procède à l’arrestation de 43 individus – 26 hommes et 17 femmes – tous de nationalité étrangère ou d’origine étrangère, vivant dans des conditions douteuses.
Interrogés, les interpellés expliquent avoir été recrutés dans leur pays d’origine par des proches, avec la promesse d’un emploi en Côte d’Ivoire. Une fois arrivés, ils découvrent qu’aucune offre sérieuse ne les attend. Certains ont alors été contraints d’adhérer à une activité QNET, après avoir déboursé de l’argent pour leur inscription.
Plus grave encore, plusieurs victimes ont affirmé avoir été retenues contre leur volonté, soumises à des règles strictes, et contrôlées dans leurs déplacements. Ils vivaient sous l’emprise de leurs « leaders », qui profitaient de leur situation pour les exploiter à des fins lucratives.
Poursuivant l’enquête, la police a procédé, dans la nuit du 14 au 15 juin, à 10 nouvelles interpellations. Cinq d’entre elles ont été identifiées comme les principaux organisateurs du système mis en place. Tous les mis en cause ont été présentés au parquet de Daloa, et ont été condamnés pour traite de personnes, escroquerie, séquestration et association de malfaiteurs.
En parallèle, 61 victimes ont été prises en charge grâce à une coordination entre le Comité National de Lutte contre la Traite des Personnes (CNLTP) et la sous-direction de la lutte contre l’exploitation des enfants et la délinquance juvénile. Elles ont été transférées dans des centres d’accueil à Abidjan, où elles bénéficient d’un accompagnement psychosocial et administratif.
Ce démantèlement relance le débat autour de QNET, dont les activités sont de plus en plus critiquées pour leur caractère flou, et leur lien avec des pratiques frauduleuses dans plusieurs pays d’Afrique.
En 2024, le CNLTP rapporte avoir assisté 1 431 victimes de traite et de trafic illicite de migrants, et 30 trafiquants ont été condamnés à travers le pays. Face à cette menace persistante, la Côte d’Ivoire renforce ses dispositifs, avec des unités spécialisées de la police, des campagnes de sensibilisation, et une coopération renforcée avec les structures sociales et judiciaires.