À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre la corruption, le Président de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), M. Zoro Bi Ballo Épiphane, était l’invité, ce mardi à 18h30, de l’émission Télé d’Ici sur la chaîne NCI. Une tribune qui lui a permis d’exposer en profondeur les missions de son institution, les avancées enregistrées par la Côte d’Ivoire ainsi que les défis persistants dans la lutte contre la corruption.
Dès l’ouverture de l’entretien, le Président de la HABG a clarifié le rôle de son institution, rappelant que la Haute Autorité est le pilier central de la prévention et de la lutte contre la corruption dans le pays. Créée par les ordonnances de 2013 et opérationnelle depuis 2015, la HABG est chargée de prévenir la corruption, de lutter contre les infractions économiques et financières et d’évaluer l’action des acteurs engagés dans la chaîne anticorruption.
Il a notamment mis en avant les actions clés de la HABG, telles que l’éducation et la sensibilisation aux valeurs d’intégrité, l’accompagnement des administrations et du secteur privé dans la mise en place d’outils de transparence, ainsi que le pilotage de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2024-2028.
Abordant la question des signalements, M. Zoro Bi Ballo a rappelé que la HABG reçoit les dénonciations par dépôt physique, via le numéro vert 800 800 11 ou encore sur la plateforme sécurisée SIGNALIS (www.signalis.habg.ci), qui permet également la transmission de preuves. Chaque dossier est analysé avec rigueur. Lorsqu’il existe des indices sérieux, le Conseil de la HABG peut ordonner l’ouverture d’une enquête menée par ses officiers, en étroite collaboration avec le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF), structure chargée des poursuites judiciaires.
Le Président a souligné que la lutte contre la corruption est une action de chaîne impliquant la justice, la Cour des comptes, les inspections générales, les autorités de régulation et toutes les institutions de contrôle. La HABG assure un rôle de veille, de coordination et d’évaluation, et remet chaque année au Chef de l’État un rapport sur les progrès et les insuffisances du dispositif national.
Évoquant la déclaration de patrimoine, mission majeure de la HABG, il a rappelé qu’il s’agit d’un outil essentiel de prévention de l’enrichissement illicite. Sont concernés, entre autres, le Président et le Vice-Président de la République, le Premier ministre, les ministres, les présidents d’institutions, les élus, les magistrats et de nombreux hauts responsables publics. Ces personnalités disposent d’un mois après leur nomination ou élection pour déclarer leur patrimoine auprès de la HABG, qui reçoit, vérifie et recoupe les informations si nécessaire. En cas de refus ou de manquement, la HABG peut saisir le PPEF. La Côte d’Ivoire affiche aujourd’hui l’un des meilleurs taux de déclaration de patrimoine de la sous-région, même si des mises en demeure ont été adressées aux retardataires.
Le Président a également insisté sur l’importance de la digitalisation dans la réduction de la corruption. Les systèmes intégrés de gestion budgétaire, les outils informatisés de suivi des programmes et la modernisation des procédures financières contribuent à renforcer la transparence. Il a rappelé que le contrôle des finances publiques repose sur une chaîne de responsabilités impliquant les responsables de programmes, les ministères sectoriels, la Cour des comptes et les structures de contrôle.
Interrogé sur la protection des lanceurs d’alerte, il a reconnu que le cadre actuel doit être renforcé. Des réflexions sont en cours afin d’offrir une meilleure sécurité à ceux qui dénoncent de bonne foi des faits de corruption. Il a également précisé que toutes les dénonciations ne relèvent pas forcément d’actes de corruption avérés, d’où la nécessité d’enquêtes approfondies.
S’appuyant sur le thème de la Journée internationale, « S’unir aux jeunes contre la corruption : façonner l’intégrité de demain », M. Zoro Bi Ballo a lancé un appel fort à la jeunesse ivoirienne. Il a rappelé les initiatives de la HABG : campagnes de sensibilisation dans les écoles et universités, formations en intégrité, programmes portés par l’Académie de la Bonne Gouvernance et du Leadership Anti-corruption (ABG-LAC), destinée à former une nouvelle génération de leaders intègres. Il a également annoncé le lancement prochain d’une enquête nationale sur la corruption afin d’identifier les secteurs les plus vulnérables.
En conclusion, le Président de la HABG a réaffirmé que la lutte contre la corruption est une responsabilité partagée entre l’État, le secteur privé, la société civile, les médias et chaque citoyen. Il a salué les progrès réalisés par la Côte d’Ivoire dans les classements internationaux tels que Transparency International, Mo Ibrahim ou encore la Banque mondiale, tout en réitérant l’ambition du pays : devenir une référence régionale en matière d’intégrité et de bonne gouvernance.