La salle des fêtes du Centre culturel de Daloa a servi de cadre ce lundi à une mobilisation exceptionnelle.
Plus de 2 500 délégués issus des 23 régions productrices de Côte d’Ivoire se sont réunis pour examiner la situation préoccupante de la filière café-cacao et proposer des solutions concrètes.
Regroupés au sein de la plateforme SYNAP-CI / ANAPROCI, les producteurs ont décidé de privilégier la voie du dialogue institutionnel. Leur objectif était de saisir officiellement le Président de la République, Alassane Ouattara, afin de solliciter l’organisation d’assises nationales inclusives de la filière.
La crise de commercialisation au centre des débats
Les producteurs ont rappelé que l’annonce du prix bord champ de 2 800 FCFA/kg pour la campagne 2025-2026 avait suscité espoir et soulagement, mais que dès novembre 2025, des difficultés majeures de commercialisation étaient apparues sur le terrain.
Parmi les problèmes évoqués, ils ont mentionné les retards dans les paiements, la délivrance de reçus en lieu et place d’espèces, les achats effectués en dessous du prix officiel ainsi que des blocages ponctuels dans l’écoulement des fèves. Ces difficultés fragilisent des milliers de familles rurales dont les revenus dépendent exclusivement du cacao et du café.
Le commissaire de la réunion, Diallo Daouda Augustin, a rappelé les récents événements qui ont marqué la filière. Il a évoqué l’arrestation, le 2 février 2026, des présidents Koné Moussa (SYNAP-CI) et Kanga Koffi (ANAPROCI), gardés à vue pendant 48 heures avant d’être présentés au Procureur de la République à Abidjan.
Diallo a souligné que les producteurs étaient venus à Daloa pour témoigner leur soutien indéfectible aux leaders et réaffirmer leur détermination à défendre leurs intérêts à leurs côtés.
Koné Moussa : une mobilisation responsable
Le président du SYNAP-CI, Koné Moussa, a insisté sur le caractère pacifique et responsable de la mobilisation. Il a déclaré que la démarche des producteurs n’était pas une confrontation avec les autorités, mais un choix de dialogue et de respect des institutions, dans le but de rechercher des solutions durables.
Il a également rappelé que les producteurs souhaitent être davantage associés aux décisions stratégiques qui engagent l’avenir de la filière café-cacao.
Kanga Koffi : transformer la crise en opportunité de réforme
Pour sa part, Kanga Koffi, président du Conseil d’administration de l’ANAPROCI, a analysé la situation et insisté sur les fragilités profondes de la filière, notamment l’endettement croissant des producteurs, le coût élevé des intrants agricoles, les difficultés d’accès au financement et les incertitudes liées à la stabilisation des prix.
Il a affirmé qu’il est temps de refonder le système sur des bases solides, transparentes et inclusives et a appelé à une réflexion nationale dépassant les seules considérations conjoncturelles.
Les recommandations adoptées
Au terme des travaux, les 2 500 producteurs ont adopté plusieurs résolutions concrètes.
Premièrement, ils ont décidé de demander officiellement au Président Alassane Ouattara de soutenir l’organisation d’assises nationales de la filière café-cacao, réunissant l’État, les organisations de producteurs, les experts économiques et agricoles ainsi que l’ensemble des autres acteurs de la chaîne de valeur.
Deuxièmement, ils ont appelé le Ministre de l’Agriculture à tenir une rencontre urgente avec les producteurs afin de mieux comprendre les difficultés et rechercher des solutions concertées.
Troisièmement, ils ont mandaté les présidents de SYNAP-CI et ANAPROCI pour négocier avec le Directeur Général du Conseil du Café et du Cacao et concilier les positions afin de résoudre la crise.
L’objectif de ces recommandations est de garantir un revenu plus stable et équitable aux producteurs et d’assurer une filière plus transparente et résiliente.
Pilier de l’économie ivoirienne, la filière café-cacao fait vivre des millions de familles et contribue significativement aux recettes nationales.
En choisissant la voie du dialogue et de la concertation, les producteurs ont voulu adresser un signal fort, affirmant leur engagement à défendre leurs intérêts dans un cadre institutionnel tout en appelant à des réformes courageuses pour consolider durablement l’avenir du cacao ivoirien.
Le rendez-vous est désormais attendu au sommet de l’État pour donner suite à cet appel historique.