Par Christ Kémondé
Dans la conscience collective liée aux grandes migrations africaines, notamment celles des jeunes filles qui entreprennent des traversées périlleuses de la mer pour tenter de rejoindre un hypothétique eldorado, une réalité complexe demeure souvent peu explorée : celle des violences sociales et culturelles qu’elles cherchent parfois à fuir.
Si la pauvreté, le chômage, les conflits, la recherche d’un avenir meilleur ou les difficultés économiques sont régulièrement évoqués pour expliquer ces départs, certains parcours cachent également des drames intimes liés aux traditions et aux pressions communautaires. Parmi ces réalités figure l’excision, une pratique traditionnelle qui continue d’affecter des millions de filles et de femmes à travers le monde.
Loin de justifier les migrations clandestines et les « voyages de la mort », il convient toutefois d’interroger les causes profondes qui poussent certaines jeunes filles à vouloir échapper à leur environnement social. Dans plusieurs communautés africaines, l’excision demeure encore associée à des croyances anciennes, à des normes sociales et à des représentations culturelles qui placent les jeunes filles sous une forte pression familiale.
La question mérite donc d’être analysée au-delà des simples statistiques migratoires. Derrière certains départs se cachent parfois des histoires personnelles de peur, de traumatisme, de refus d’une violence annoncée ou de volonté de protéger son intégrité physique.
DES CHIFFRES QUI RAPPELLENT L’AMPLEUR DU PHÉNOMÈNE
Au-delà des témoignages et des faits divers, les données disponibles montrent que les mutilations génitales féminines (MGF) demeurent une réalité préoccupante en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays africains.
Selon les estimations des Nations Unies et de l’UNICEF, plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde vivent aujourd’hui avec les conséquences d’une mutilation génitale féminine. L’Afrique concentre une grande partie des victimes, même si cette pratique existe également dans certaines régions du Moyen-Orient et d’Asie.
En Côte d’Ivoire, les différentes Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS) montrent une évolution progressive de la situation grâce aux campagnes de sensibilisation, aux actions des organisations de défense des droits des femmes, à l’engagement des chefs traditionnels et religieux ainsi qu’au renforcement du cadre juridique.
Cependant, cette baisse globale cache d’importantes disparités régionales. Certaines zones du Nord, du Nord-Ouest, de l’Ouest, du Centre et du Sud-Ouest demeurent davantage touchées en raison du poids des traditions et de certaines pratiques communautaires.
Les autorités ivoiriennes, avec l’appui notamment de l’UNICEF, de l’UNFPA et des organisations de la société civile, développent plusieurs programmes de prévention, de prise en charge des survivantes et de lutte contre les auteurs de ces actes.
Mais malgré ces avancées, des cas continuent d’être signalés chaque année. Ce qui démontre que la lutte contre les mutilations génitales féminines reste un combat actuel.
L’ACTUALITÉ IVOIRIENNE RAPPELLE QUE LE DANGER DEMEURE
L’année 2026 a rappelé avec force que l’excision n’appartient pas uniquement à l’histoire ancienne. Elle demeure une réalité clandestine dans certaines communautés.
L’affaire des cinq fillettes excisées à Bongouanou a profondément marqué l’opinion publique ivoirienne. Cette affaire a révélé que, malgré les campagnes de sensibilisation et l’interdiction légale de cette pratique, certaines cérémonies continuent d’être organisées dans la discrétion, parfois à l’insu des autorités.
Ce cas a relancé le débat national sur la responsabilité collective dans la protection des enfants. Car derrière chaque acte d’excision se trouve une chaîne de responsabilités : les personnes qui pratiquent l’acte, celles qui l’organisent, mais aussi parfois les pressions familiales et communautaires qui poussent les parents à prendre une décision contraire à l’intérêt de l’enfant.
Dans plusieurs localités ivoiriennes, notamment dans certaines régions où la tradition reste fortement ancrée, des associations et des services sociaux rapportent encore des situations où des familles doivent protéger leurs filles contre des pressions visant à les soumettre à cette pratique.
À Diabo, dans le Centre de la Côte d’Ivoire, comme dans d’autres localités, certains témoignages font état de familles contraintes de quitter leur communauté pour préserver leurs filles. Ces situations illustrent une conséquence souvent méconnue des mutilations génitales féminines : la peur peut provoquer des déplacements internes, voire encourager certaines personnes à chercher refuge ailleurs.
Ainsi, certaines migrations féminines ne peuvent pas être analysées uniquement sous l’angle économique. Elles peuvent aussi être liées à la volonté d’échapper à des violences physiques, psychologiques ou sociales.
BRÈVE HISTOIRE DE L’EXCISION EN AFRIQUE — ENTRE CROYANCES ANCESTRALES ET PRESSION SOCIALE
L’excision est une pratique ancienne dont les origines exactes restent difficiles à établir avec précision. Présente dans plusieurs régions du monde avant même certaines périodes historiques documentées, elle s’est progressivement enracinée dans différentes sociétés à travers des considérations sociales, culturelles et parfois religieuses, même si elle n’est prescrite par aucune grande religion.
Dans plusieurs communautés africaines, l’excision a longtemps été présentée comme un rite de passage permettant à la jeune fille d’accéder au statut de femme. Elle était parfois associée à des notions de pureté, de respectabilité, d’honneur familial ou encore de préparation au mariage.
Dans certaines sociétés traditionnelles, la croyance selon laquelle une fille non excisée serait considérée comme « impure », « indigne » ou incapable de respecter les valeurs communautaires a longtemps entretenu la pratique.
En Côte d’Ivoire, certaines communautés, notamment dans des zones de l’Ouest et du Nord-Ouest, ont été historiquement concernées par ces pratiques. Chez certains peuples, des mythes et des récits transmis de génération en génération ont contribué à maintenir la pression sociale autour de l’excision.
Chez les Dan ou Yacouba de l’Ouest ivoirien, par exemple, certains anciens récits associaient autrefois la jeune fille non excisée à une image négative. Ces représentations, aujourd’hui largement combattues par les campagnes de sensibilisation, ont contribué à créer un environnement où le refus de l’excision pouvait être vécu comme une rupture avec la communauté.
Ainsi, pendant longtemps, la peur d’être rejetée, humiliée ou considérée comme différente poussait certaines jeunes filles à accepter une pratique qu’elles ne comprenaient pas toujours, ou qu’elles subissaient sous la contrainte familiale.
LES « PROPRIÉTAIRES DU COUTEAU » : UNE FIGURE TRADITIONNELLE DÉSORMAIS CONTESTÉE
Dans certaines traditions ouest-africaines, les personnes chargées de pratiquer l’excision occupaient autrefois une place particulière dans la société.
Chez certains peuples, elles étaient considérées comme des détentrices d’un savoir traditionnel transmis par héritage. Dans l’espace culturel yacouba, le terme « Zolé » ou « Lagalé », souvent traduit dans le langage courant par « propriétaire du couteau », renvoie à cette figure traditionnelle.
Ces femmes, autrefois respectées dans certains villages, étaient parfois investies d’un rôle social important. Elles intervenaient lors des cérémonies initiatiques et détenaient une forme d’autorité communautaire.
Mais aujourd’hui, le regard porté sur cette fonction a profondément changé. Les connaissances médicales et les témoignages des survivantes ont révélé les conséquences graves de ces pratiques : douleurs chroniques, traumatismes psychologiques, complications médicales et atteintes profondes à l’intégrité physique des victimes.
Les conditions dans lesquelles certaines excisions étaient réalisées rendaient également les risques encore plus importants : utilisation d’instruments non stérilisés, absence de prise en charge médicale, environnement non adapté et manque d’informations sur les conséquences sanitaires.
Les « nattes » traditionnelles où se déroulaient autrefois certaines cérémonies, parfois organisées dans des lieux isolés comme les forêts ou des espaces communautaires fermés, sont devenues aujourd’hui le symbole d’une époque où la souffrance des jeunes filles était souvent réduite au silence.
L’EXCISION : UNE VIOLENCE PHYSIQUE, PSYCHOLOGIQUE ET SOCIALE
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les mutilations génitales féminines regroupent toutes les interventions qui consistent à enlever partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminins ou à provoquer d’autres lésions des organes génitaux féminins pour des raisons non médicales.
Cette définition rappelle un élément essentiel : l’excision n’a aucune justification médicale.
La pratique expose les victimes à de nombreuses conséquences, parmi lesquelles :
- des douleurs importantes et des traumatismes immédiats ;
- des hémorragies pouvant mettre la vie de la victime en danger ;
- des infections graves, notamment lorsque les conditions d’hygiène ne sont pas respectées ;
- des complications urinaires ou gynécologiques ;
- des difficultés lors des grossesses et des accouchements ;
- des traumatismes psychologiques durables.
Au-delà du corps, c’est également la dignité et la liberté de la personne qui sont touchées. Beaucoup de survivantes témoignent d’un sentiment de peur, de honte ou d’injustice lié au fait d’avoir subi une intervention irréversible sans véritable consentement.
L’une des grandes difficultés de la lutte contre les mutilations génitales féminines réside dans son caractère profondément social. Une jeune fille peut parfois être protégée par ses parents proches, mais rester exposée aux pressions d’autres membres de la famille ou de la communauté.
C’est cette dimension collective qui explique pourquoi certaines victimes ou familles choisissent parfois l’éloignement, le changement de région ou même l’émigration pour protéger les filles.
EXCISION ET MIGRATIONS — UN DRAME SILENCIEUX DERRIÈRE CERTAINS DÉPARTS
Dans l’analyse des grands mouvements migratoires africains, les causes économiques occupent souvent le premier plan. La pauvreté, le chômage, la recherche d’une vie meilleure et l’espoir d’un avenir plus stable sont régulièrement présentés comme les principales raisons qui poussent des milliers de jeunes à prendre les routes de l’exil.
Mais derrière certains parcours migratoires se cachent des histoires plus profondes, parfois difficiles à raconter. Parmi elles figure la volonté d’échapper à certaines violences sociales et culturelles, dont les mutilations génitales féminines.
Loin de nous l’idée de cautionner les traversées clandestines, les réseaux criminels ou les « voyages de la mort » qui exposent les migrants à des dangers extrêmes, il demeure nécessaire d’avoir une lecture plus complète des motivations de certaines candidates au départ.
Toutes les jeunes filles qui quittent leur pays ne fuient pas uniquement la misère économique. Certaines cherchent également à échapper à un environnement dans lequel leur corps, leur avenir ou leurs choix personnels sont soumis à des décisions collectives qui ne tiennent pas toujours compte de leur volonté.
Dans certains contextes, l’excision devient alors un facteur invisible de mobilité. Une jeune fille peut chercher refuge dans une autre région, dans une autre ville ou dans un autre pays pour éviter une cérémonie annoncée, une pression familiale ou une menace communautaire.
DES FAMILLES QUI CHERCHENT À PROTÉGER LEURS FILLES
L’une des dimensions les moins connues du phénomène est celle des déplacements motivés par la protection des enfants.
Dans certaines communautés, des parents opposés à l’excision peuvent se retrouver isolés face à la pression de membres de leur entourage. Le refus de soumettre leur fille à la pratique peut provoquer des tensions familiales, des conflits communautaires ou des ruptures sociales.
Ces situations montrent que la lutte contre l’excision ne concerne pas uniquement les victimes directes. Elle concerne aussi les familles qui tentent de résister à une norme sociale ancienne.
En Côte d’Ivoire, les témoignages recueillis dans certaines localités montrent que des parents préfèrent parfois éloigner leurs filles, les envoyer chez des proches ou changer de cadre de vie afin de les protéger.
Ces déplacements internes, souvent silencieux, rappellent que les violences basées sur le genre peuvent également influencer les trajectoires de mobilité des populations.
EN AFRIQUE, LE POIDS DU SILENCE AUTOUR DES VIOLENCES FAITES AUX FILLES
Pendant longtemps, l’excision a été entourée d’un grand silence. Parler publiquement de cette pratique pouvait être considéré comme une attaque contre la culture ou les traditions.
Ce silence a contribué à maintenir la souffrance de nombreuses survivantes dans l’ombre.
Aujourd’hui, la parole se libère progressivement grâce aux associations féminines, aux organisations internationales, aux médias et aux témoignages des victimes elles-mêmes.
Cette évolution permet de comprendre que lutter contre l’excision ne signifie pas rejeter les cultures africaines. Il s’agit plutôt de distinguer ce qui relève de l’identité culturelle de ce qui porte atteinte à la dignité humaine.
Aucune tradition ne peut justifier une violence imposée à une personne sans son consentement, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants.
UN NOUVEAU REGARD SUR LES « VOYAGES DE LA MORT »
Les images de jeunes Africains et Africaines tentant de traverser les mers au péril de leur vie provoquent souvent une condamnation immédiate. Ces départs sont parfois analysés uniquement sous l’angle du rêve européen ou de la recherche d’argent.
Cette lecture, bien qu’elle explique une partie du phénomène, ne doit pas empêcher une analyse plus humaine et plus profonde.
Certaines candidates au départ portent peut-être des blessures invisibles. Derrière certains voyages se cachent parfois des histoires de violences familiales, de mariages forcés, de discriminations ou de peur d’une pratique traditionnelle comme l’excision.
Comprendre ces réalités ne revient pas à encourager ces migrations dangereuses. Au contraire, cela permet d’agir plus efficacement sur les causes profondes afin d’offrir aux jeunes filles des alternatives sûres dans leurs propres communautés.
La protection des filles doit donc passer par un changement de regard : elles ne doivent pas seulement être considérées comme des migrantes économiques, mais aussi comme des personnes pouvant fuir des situations de vulnérabilité.
L’EXCISION, UNE QUESTION DE DROITS HUMAINS
Au-delà des frontières africaines, la communauté internationale considère désormais les mutilations génitales féminines comme une violation grave des droits fondamentaux.
Le débat n’est plus seulement culturel ou traditionnel. Il touche aux principes universels de dignité, d’intégrité physique, de santé et de liberté individuelle.
Une société qui protège ses filles est une société qui prépare son avenir.
C’est pourquoi la lutte contre l’excision doit continuer à associer les lois, l’éducation, la sensibilisation et le dialogue communautaire.
Les chefs traditionnels, les leaders religieux, les parents, les enseignants, les professionnels de santé et les médias ont tous un rôle essentiel à jouer.
Car derrière chaque fille protégée se trouve une génération future libérée d’une violence héritée du passé.
LES INSTRUMENTS JURIDIQUES ET LA MOBILISATION INTERNATIONALE CONTRE LES MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES
Face à la persistance des mutilations génitales féminines, la communauté internationale a progressivement construit un ensemble de textes et d’engagements visant à protéger les filles et les femmes contre cette pratique.
L’évolution du regard porté sur l’excision marque un changement profond dans les sociétés. Longtemps considérée par certains comme une affaire privée ou communautaire, elle est désormais reconnue comme une atteinte aux droits humains fondamentaux.
Les États africains, dont la Côte d’Ivoire, se sont engagés à travers plusieurs conventions internationales à lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux enfants.
LES GRANDES CONVENTIONS INTERNATIONALES DE RÉFÉRENCE
Parmi les instruments majeurs figurent :
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF)
Ratifiée par plusieurs États africains, dont la Côte d’Ivoire, cette convention considère les violences fondées sur le genre comme une forme de discrimination.
Elle engage les États à prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer les pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes et aux filles.
La Convention internationale relative aux droits de l’enfant
Ratifiée par la Côte d’Ivoire, elle rappelle que chaque enfant a droit à la protection contre toutes les formes de violences physiques ou mentales.
Son article 24 invite notamment les États à prendre des mesures efficaces pour abolir les pratiques traditionnelles portant atteinte à la santé des enfants.
La Résolution des Nations Unies sur l’intensification de l’action mondiale visant à éliminer les mutilations génitales féminines
Adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, cette résolution appelle les États à renforcer leurs politiques de prévention, de sensibilisation et de répression contre les MGF.
La Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) de 1994
Cette conférence a constitué une étape importante en reconnaissant les mutilations génitales féminines comme une violation des droits des femmes et des filles.
Elle a placé la santé reproductive, l’autonomie des femmes et la protection contre les violences au cœur des politiques internationales.
La Plateforme d’action de Beijing (1995)
Cette plateforme assimile les pratiques traditionnelles nuisibles, dont les mutilations génitales féminines, aux formes de violence faites aux femmes.
Elle appelle les gouvernements à adopter des lois, des programmes éducatifs et des stratégies nationales pour mettre fin à ces pratiques.
LA CÔTE D’IVOIRE : UN CADRE JURIDIQUE QUI RÉPRIME L’EXCISION
En Côte d’Ivoire, l’excision est interdite par la loi.
La législation ivoirienne prévoit des sanctions contre les auteurs, les complices et toutes les personnes qui participent à la réalisation de mutilations génitales féminines.
Cette répression vise notamment les personnes qui pratiquent l’excision, mais également celles qui encouragent, organisent ou facilitent ces actes.
Cependant, l’expérience montre que la loi seule ne suffit pas.
Dans plusieurs communautés, la clandestinité demeure un obstacle majeur. Certaines familles continuent d’organiser des cérémonies cachées, souvent pendant les périodes de vacances scolaires ou lors des rassemblements familiaux.
La lutte contre l’excision nécessite donc une approche globale associant la justice, l’éducation, la sensibilisation et le dialogue avec les communautés.
RECOMMANDATIONS POUR UNE LUTTE PLUS EFFICACE
Pour parvenir à une élimination durable des mutilations génitales féminines, plusieurs actions doivent être renforcées :
1. Intensifier la sensibilisation communautaire
Les campagnes doivent davantage toucher les zones rurales et les communautés où la pression sociale reste forte.
La sensibilisation ne doit pas uniquement viser les jeunes filles, mais également les parents, les anciens, les leaders traditionnels et religieux.
2. Renforcer la vulgarisation des lois
Beaucoup de personnes ignorent encore les sanctions prévues par la législation.
Une meilleure connaissance des textes permettrait de réduire les actes clandestins et d’encourager les dénonciations.
3. Protéger les victimes et les filles menacées
Les mécanismes d’alerte et de protection doivent être renforcés afin de permettre aux familles ou aux jeunes filles en danger de demander de l’aide.
4. Donner davantage la parole aux survivantes
Les femmes ayant vécu l’excision doivent être placées au cœur de la lutte.
Leurs témoignages permettent de déconstruire les idées reçues et de montrer les conséquences réelles de cette pratique.
5. Impliquer davantage les hommes
La lutte contre l’excision ne doit pas être considérée comme une affaire uniquement féminine.
Les pères, frères, chefs communautaires et responsables religieux ont un rôle essentiel dans le changement des mentalités.
PLAIDOYER : POURQUOI LA SOCIÉTÉ DOIT CHANGER DE REGARD
L’excision n’est pas seulement une question de tradition. Elle est une question de dignité humaine.
Lorsqu’une enfant subit une intervention irréversible sur son corps sans pouvoir exprimer un véritable consentement, c’est son droit fondamental à l’intégrité physique qui est atteint.
La société doit donc poursuivre son évolution.
Respecter les cultures africaines ne signifie pas accepter toutes les pratiques héritées du passé. Les traditions évoluent avec les connaissances, les réalités sociales et la protection des générations futures.
L’Afrique possède des valeurs fortes de solidarité, de respect et de protection de l’enfant. Ces valeurs doivent aujourd’hui conduire à abandonner définitivement les pratiques qui causent souffrances et traumatismes.
PROTÉGER LES FILLES POUR PRÉPARER L’AVENIR
L’excision demeure un combat majeur du XXIᵉ siècle.
Derrière les statistiques se trouvent des visages, des histoires et des vies de jeunes filles qui aspirent simplement à grandir libres, en bonne santé et respectées.
L’affaire de Bongouanou en Côte d’Ivoire rappelle que la vigilance doit rester permanente.
La lutte contre les mutilations génitales féminines ne peut réussir que par une mobilisation collective : celle de l’État, de la justice, des familles, des communautés, des médias et de chaque citoyen.
Car protéger une fille aujourd’hui, c’est protéger la femme et la société de demain.
Christ Kémondé