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Côte d’Ivoire : 36 ans après la loi, une thèse met en lumière les blocages du transfert de la capitale à Yamoussoukro
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Pourquoi, trente-six ans après l’adoption de la loi n° 83-242 du 21 mars 1983 portant transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro, ce projet n’a-t-il toujours pas été concrétisé ? C’est à cette question que tente de répondre Kouadio Kouamé Raphaël à travers sa thèse de doctorat intitulée « La problématique du transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro de 1983 à 2019 », soutenue le mardi 28 juillet 2026 à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké. Devant un jury d’universitaires, en présence de plusieurs autorités politiques, administratives, coutumières et religieuses, dont le Ministre, Gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro, Dr Augustin Thiam, le doctorant a présenté les conclusions de plusieurs années de recherches consacrées aux dimensions historiques, politiques, économiques, foncières et institutionnelles qui, selon son analyse, ont freiné le processus de transfert effectif de la capitale ivoirienne. infocentrale.net vous propose de découvrir, ci-dessous, l’intégralité de cette intervention, publiée sans aucune modification
» Introduction
Merci Monsieur le Président !
Monsieur le Président du jury, cher éminent maître,
Messieurs les membres du jury, chers éminents maîtres,
Monsieur le Ministre Augustin Thiam, Gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro,
Chères autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières prises en vos rang, grade, fonction et qualité respectifs,
Chers invités, parents, amis et connaissances,
Mesdames et Messieurs.
Nos premiers mots sont des mots de remerciements et de gratitude à l’endroit de nos distingués maîtres, Président et membres du jury, pour avoir accepté de nous accorder une partie de votre précieux temps en vue d’évaluer les résultats de nos travaux de recherche.
Monsieur le Président, permettez-nous d’exprimer un petit mot pour chacun des membres du jury en guise de remerciement :
À vous Monsieur le Président, votre main mise faite sur notre projet de thèse, a fomenté, suscité, causé en nous le doute. Or, selon le philosophe cartésien, le doute déclenche une somme de connaissances et permet de rejeter tout ce qui n’est pas totalement certain, afin de bâtir un savoir solide. Ainsi Monsieur le Président, vous nous avez permis d’améliorer la qualité de notre travail. Merci à vous pour nous avoir positivement fait douter.
À présent, nous nous tournons vers notre Directeur de Thèse, le Professeur Latte Egue Jean-Michel, cher père. Je voudrais simplement vous dire merci pour tout : vos conseils les plus avisés, vos encouragements, votre disponibilité légendaire. Nous nous rappelons que vous signez nos documents partout où nous vous trouvons, même à la Paroisse Saint André de Yopougon! Merci à vous cher papa !
À mon Directeur de Mémoire, le Pr. Brindoumi, après la soutenance de notre mémoire sur « Le transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro : les raisons d’un tâtonnement de 1983 à 2012 », vous nous avez encouragé à nous inscrire en thèse pour creuser davantage le sujet du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro. Merci cher maître pour tous vos conseils, observations et propositions!
Merci à vous Pr. Bamba Mamadou pour vos encouragements, vos conseils et pour vos actions discrètes mais oh combien efficaces. Merci à vous cher maître.
Au pr. Gormo Jean du Cameroun, vos critiques, observations et propositions nous ont éclairé, orienté et nous ont permis d’avancer avec plus d’aisance dans la rédaction de notre thèse. Merci infiniment à vous cher maître !
Merci à vous Docteur. KOUADIO Kouakou Didié pour votre encadrement, votre coaching, votre fraternité et votre rigueur dont je bénéficie depuis le Master.
Merci à vous chères autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières de Yamoussoukro pour votre présence remarquable.
Merci à vous chers parents, amis, connaissances et invités pour votre présence massive et qualitative.
Permettez-moi Monsieur le Président et chers Maîtres, de remercier publiquement ma famille pour les sacrifices de toutes natures consentis, le long de ces années d’études universitaires, qui connaissent ce jour, une étape très importante.
Ceci étant, le sujet qui nous rassemble ici ce jour, est la soutenance de notre thèse de doctorat portant sur : « LA PROBLÉMATIQUE DU TRANSFERT DE LA CAPITALE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DE LA CÔTE D’IVOIRE À YAMOUSSOUKRO DE 1983 À 2019 ».
Monsieur le Président, notre plan de présentation se décline en quatre points. Ce sont :
LA JUSTIFICATION DU SUJET
LA PROBLÉMATIQUE ET DES QUESTIONS SUBSIDIAIRES
LA MÉTHODOLOGIE D’ANALYSE ET DE RECHERCHE
LES RÉSULTATS DE NOS TRAVAUX
LA JUSTIFICATION DU SUJET
Deux types de motivations ont guidé le choix de notre sujet. Il s’agit de la motivation personnelle et de la motivation scientifique.
La motivation personnelle est née à la suite d’une somme de constats. En effet, du 10 mars 1893 au 7 août 1960, les différentes mutations de capitales en Côte d’Ivoire, ont été opérées à la seule initiative de la France et par la France et pour les seuls intérêts de la France. La seule et unique loi de changement de capitale en Côte d’Ivoire indépendante, est la loi n°83-242 du 21 mars 1983, portant transfert de la capitale de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro. De 1983 à 2019, cela fait trente-six (36) ans que Yamoussoukro demeure une capitale certes constitutionnelle, formelle et légale, mais sans une véritable fonction de capitale. Ainsi, malgré l’adhésion de tous à la décision du Président Félix Houphouët-Boigny de transférer la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro, nous constatons avec un véritable sentiment de déception, que la mise en œuvre effective de ladite décision tarde à prendre forme. Sous tous les régimes politiques qui se succèdent à la tête du pays depuis 1983, tout continue de se faire à Abidjan au grand étonnement des ivoiriens en général et des populations de Yamoussoukro en particulier. Voici Monsieur le Président, le motif personnel qui nous a amené à choisir et à réfléchir sur le sujet.
Pour ce qui est de la motivation scientifique, il convient de noter que les écrits à propos des capitales coloniales ivoiriennes abondent. Toutefois, ceux qui portent sur Yamoussoukro, la seule capitale postcoloniale, sont rares, voire quasi inexistants. Il est évident que de nombreux travaux de recherche se sont intéressés à Yamoussoukro. Cependant, à ce jour, aucun d’entre eux ne traite spécifiquement du transfert de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro. Nous nous sommes donc proposé en pionnier, afin d’entamer une étude qui pourrait par la suite, être approfondie, améliorée et enrichie par d’autres chercheurs.
Monsieur le Président, après la justification du sujet, nous abordons le point 2 de notre présentation, relatif à la problématique et aux questions subsidiaires.
LA PROBLÉMATIQUE ET LES QUESTIONS SUBSIDIAIRES
Yamoussoukro, à l’image de nouvelles villes secondaires postindépendances qui éclosent, a bénéficié de l’appui de l’État de Côte d’Ivoire au plan de l’organisation spatiale, administrative, économique et sociale. Dans son envol, Yamoussoukro, à l’image d’Abuja au Nigéria, est érigée en capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire en mars 1983. Toutefois, cette décision demeure hypothétique, théorique, abstraite. Alors, quelles sont les difficultés qui ont plombé le processus de transfert effectif de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro de 1983 à 2019 ? Telle est la question fondamentale autour de laquelle se développe toute la réflexion de notre étude. Des questions subsidiaires soutiennent cette principale question et se déclinent comme suit :
Quelles sont les insuffisances de la loi portant transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro?
Quelles sont les crises foncières et politiques qui ont entaché le transfert effectif de la capitale ivoirienne d’Abidjan à Yamoussoukro de 1997 à 2012 ?
Comment la dissolution du Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY) en janvier 2012, a-t-elle définitivement annihilé le projet de transfert effectif de la capitale politique ivoirienne d’Abidjan à Yamoussoukro ?
La réponse à la question principale débouche sur l’objectif général de notre étude, qui est de montrer les difficultés liées au processus de transfert effectif de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro, de 1983 à 2019.
De l’objectif principal, découlent des objectifs spécifiques sous-jacents. Nous en retenons trois :
a- Montrer les difficultés politiques et économiques liées à la loi de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro,
b- Faire ressortir les conflits fonciers entre les villages voisins, engendrés par la délimitation de la Zone Administrative et Politique (ZAP) d’une superficie de 27.750 hectares,
c- Analyser les effets néfastes de la dissolution en 2012, du Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY).
Monsieur le Président du Jury, l’analyse de nos objectifs spécifiques nous conduit à des hypothèses que sont :
a- L’absence des Institutions de la République à Yamoussoukro depuis 1983, dénote de l’échec avéré et constaté du processus de transfert effectif de la capitale politique ivoirienne.
b- La conjoncture économique inattendue des années 1980 en Côte d’Ivoire, est la cause de la suspension du processus du transfert effectif de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro.
c- Tous les obstacles auxquels est confronté le processus de transfert effectif de la capitale entre 1983 et 2019, pourraient être levés par une bonne dose de volonté politique des pouvoirs publics.
Distingué Monsieur le Président, au troisième point de notre adresse, nous allons vous présenter la démarche méthodologique et d’analyse utilisée pour obtenir nos résultats.
LA MÉTHODOLOGIE D’ANALYSE ET DE RECHERCHE
Pour répondre aux préoccupations soulevées par notre problématique, nous avons utilisé deux sources d’informations. Il s’agit notamment des sources écrites et des sources orales. Nous nous sommes également ouvert à d’autres disciplines et, avons alors bénéficié de diverses données statistiques, géographiques, sociologiques et anthropologiques.
Au départ, nous avons consulté plusieurs ouvrages et, cet exercice nous a prévenu des difficultés qui nous attendaient. La collecte des informations écrites nous a conduit à l’exploration de plusieurs sources imprimées. Il s’agit singulièrement des revues scientifiques, des articles de journaux, des Décrets et des Lois dans plusieurs numéros du Journal Officiel de la République de Côte d’Ivoire (JORCI). Nous avons également consulté des Mémoires et des Thèses qui évoquent Yamoussoukro dans sa généralité, ou dans des domaines précis, tels le foncier et les infrastructures.
Cette première phase a orienté et élargi notre champ de recherche documentaire vers la bibliothèque et la librairie de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix de Yamoussoukro. Nous avons par la suite, visité les Archives Nationales de Côte d’Ivoire, les archives du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et les archives de la Direction Générale de l’Administration du Territoire (DGAT), toutes à Abidjan.
Dans le but de compléter les informations recueillies çà et là avec les sources écrites, nous avons fait appel aux sources orales. Ici, nous avons opté pour une méthodologie qui s’opère en trois étapes qui sont : l’enquête préliminaire, l’enquête formelle ou proprement dite et le traitement scientifique des informations recueillies.
En somme, les sources orales ont constitué en réalité nos sources primaires et complémentaires aux sources écrites.
Monsieur le Président et chers membres du jury, le travail de la recherche chemine toujours avec des difficultés. Nous en évoquons à présent, quelques-unes nous concernant.
Au titre des informations écrites, nous avons consulté bon nombres de sources. Toutefois, aucune d’elles n’aborde ou n’examine spécifiquement notre sujet. Nous avons recueilli des informations d’ordre général relatives à Yamoussoukro. Nous nous sommes rendus compte que la problématique du transfert de la capitale à Yamoussoukro n’a jamais fait l’objet de recherche et d’écrit. Dès lors, nous nous sommes rendu compte que notre tâche ne sera pas du tout de tout repos.
Pour ce qui concerne les enquêtes, nous avons adressé un courrier au Directeur local de l’agence du Bureau National d’Études Techniques et de Développement (BNETD) de Yamoussoukro, en vue d’avoir accès aux archives de 2000 à 2012. Notre objectif était d’avoir les coûts de réalisation des travaux qui ont eu lieu dans la Zone Administrative et Politique (ZAP) : à savoir, les travaux de terrassement, les travaux de la construction des édifices achevés ou en voie de réalisation… Il nous a suggéré d’adresser notre courrier au Directeur Général du BNETD à Abidjan. Notre courrier et nos nombreux appels téléphoniques de relance sont restés sans suite.
Pour ce qui est du Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY), Docteur N’goran Gérard Yobouet, Directeur Exécutif de ladite structure, étant décédé en 2016, aucun ancien agent de la structure, contacté n’a voulu s’ouvrir à nous afin de répondre à nos préoccupations. Des personnes qualifiant notre sujet de politique, ont carrément refusé de nous recevoir et de répondre à nos questions. Pour cette même raison, plusieurs courriers de demande d’audience et des questionnaires n’ont eu aucun écho favorable auprès des destinataires.
Monsieur le Président du jury et chers maîtres, ces difficultés, défis, obstacles et autres épreuves, ainsi décrits, ne nous ont nullement empêché d’obtenir les résultats que nous vous présentons à l’étape qui suit.
4 – LES RÉSULTATS DE NOS TRAVAUX
Notre travail est organisé en neuf (09) chapitres regroupés en trois grandes parties :
Première partie (Chapitres I, II et III)
La première partie de notre étude, composée des chapitres I, II et III, met en lumière le paradoxe fondateur de Yamoussoukro, érigée en capitale politique ivoirienne, par la loi 83 – 242 du 21 mars 1983. Ce choix, porté par la seule volonté du Président Félix Houphouët-Boigny, répondait à une vision stratégique de développement équilibré dans un contexte de décentralisation amorcée entre 1978 et 1980, par la création de communes de plein exercice sur l’ensemble du territoire national. Le choix de Yamoussoukro visait à déplacer le centre des décisions au cœur géographique de la Côte d’Ivoire. La cité disposait aussi des atouts exceptionnels, notamment une infrastructure aéroportuaire de rang international depuis 1976, une autonomie énergétique assurée par le barrage de Kossou construit sur le fleuve Bandama entre 1969 et 1972, et un pôle académique d’excellence avec les premières grandes écoles que sont :
L’Institut National Supérieur de l’Enseignement Technique (INSET), créé en 1975,
L’École Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA), créée en 1965.
L’École Nationale Supérieure des Travaux Publics (ENSTP), créée en novembre 1962,
L’Institut Agricole de Bouaké (IAB), créé dans les années 1960, toutes regroupées au sein de
l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INP-HB) en 1996 par le Décret n°96 – 678 du 4 septembre 1996, le Lycée Garçons créé en 1975 et devenu des années plus tard, le Lycée scientifique ainsi que d’autres écoles, toutes destinés à former l’élite nationale.
Toutefois, cette ambition républicaine s’est rapidement heurtée à des pesanteurs structurelles et économiques majeures. Alors que la Côte d’Ivoire subissait de plein fouet, l’effondrement des cours mondiaux du café et du cacao, le transfert de la capitale à Yamoussoukro fut perçu par une partie de l’opinion nationale comme une œuvre de prestige, réalisée au détriment des urgences sociales. Cette contestation, portée par l’opposition politique naissante et encore clandestine, et par le parlementaire Semi Bi Zan, dénonçait le coût exorbitant du projet dans un contexte d’inflation et de famine.
Sur le plan fonctionnel, Yamoussoukro peinait à s’émanciper de son statut de « gros bourg » agricole. L’économie locale, dominée par le travail de la terre et dépourvue de tissu industriel, ainsi que l’absence initiale de l’Administration régalienne, freinaient sa transformation en métropole moderne. De plus, Yamoussoukro demeurait sous l’influence d’une « monarchie urbaine », où l’autorité coutumière Akouê, et le don foncier présidentiel supplantaient les mécanismes classiques de gestion domaniale et fiscale.
Entre 1987 et 1997, le projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro fut littéralement asphyxié par l’instabilité politique du pays. L’épuisement de la rente cacaoyère brisa le pacte social houphouëtiste, ouvrant ainsi la voie aux contestations syndicales et au multipartisme. La lutte acharnée pour la succession après 1993, marquée par le concept d’ivoirité et le traumatisme du « boycott actif » de 1995, détournèrent définitivement les ressources et le regard de l’État vis-à-vis du transfert de la capitale.
En somme, en dépit des tentatives de relance du processus de transfert de la capitale sous le Président Henri Konan Bédié en 1997, la méfiance persistante entre les blocs politiques constitués du PDCI-RDA, du RDR et du FPI, condamne Yamoussoukro à demeurer une capitale symbolique, riche de ses monuments, mais dépourvue d’une effectivité administrative réelle.
Monsieur le Président, à présent la deuxième partie de notre étude.
II. Deuxième partie (Chapitres IV, V et VI)
La deuxième partie de notre étude est composée des chapitres IV, V et VI.
Le chapitre IV montre que le transfert de la capitale, relancé par le Décret 97-177 du 19 mars 1997, sous le Président Henri Konan Bédié, s’est rapidement heurté à des conflits fonciers avec les propriétaires terriens, et à une dispersion des ressources financières vers Daoukro, pour la réalisation d’infrastructures d’envergure au détriment de Yamoussoukro. Il évoque également les tensions politiques et sociales qui ont finalement débouché sur le coup d’État militaire du 24 décembre 1999. L’instabilité militaire gela tout projet urbain jusqu’à l’élection du Président Laurent Gbagbo en 2000.
Quant au chapitre V, il souligne que le Président Laurent Gbagbo a fait du transfert de la capitale ivoirienne, une priorité nationale. Il créa à juste titre le Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY) en 2002 par le Décret 2002-483 du 30 octobre 2002, tel que modifié et complété par le Décret 2010-46 du 08 avril 2010. Doté d’une structure administrative solide, le PSTCY était chargé de coordonner toutes les opérations et les activités de transfert des Institutions de la République d’Abidjan à Yamoussoukro, ainsi que des mesures d’accompagnement nécessaires. Mais, la rébellion armée du 19 septembre 2002 et la partition du pays qui en résulte, ont détourné les ressources de l’État vers la survie sécuritaire, empêchant la poursuite et la concrétisation du processus de transfert de la capitale.
Quant au chapitre VI, il analyse la période 2004-2012. Il ressort de cette analyse que, malgré la crise militaro politique, le Gouvernement a lancé des chantiers ambitieux tels l’Hôtel Parlementaire et les futurs Palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée Nationale. Toutefois, le manque de financement, les blocages fonciers et la crise postélectorale d’octobre 2010 à avril 2011, entrainent l’arrêt brutal des travaux et la dissolution du PSTCY. Dès lors, nous assistons à l’échec d’une ambition bâtisseuse confrontée malheureusement aux réalités sociopolitiques du pays.
Monsieur le Président, ce constat d’échec nous conduit à la troisième et dernière étape de notre parcours, à savoir la troisième partie
III. Troisième partie (Chapitres VII, VIII et IX)
La troisième et dernière partie de notre étude comprend les chapitres VII, VIII et IX. Elle met en lumière le tournant décisif du projet de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro. Le chapitre VII souligne l’abandon de Yamoussoukro par le régime RHDP, en dépit des nombreuses promesses et engagements électoraux de 2010 et de 2015. La dissolution du PSTCY en janvier 2012, par le Décret 2012- 02 du 9 janvier 2012, consacre définitivement la résignation (abandon) du projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro, et le plonge dans un oubli profond voire définitif. Cet arrêt brutal des travaux, transforma les chantiers en friches industrielles et provoqua un désordre urbain, avec des lotissements privés illégaux sur des terrains initialement réservés aux Institutions de la République à transférer.
Le chapitre VIII révèle une crise foncière profonde. En effet, les réserves administratives sont détournées pour des usages agricoles ou des constructions illégales, détruisant ainsi l’harmonie du Plan Urbain Directeur (PUD) de la ville. Les conflits entre villages hôtes et déplacés se sont aussi intensifiés. C’est le cas entre N’gokro et Kpangbassou, N’zéré et Allangoua et M’gbèssou.
Le chapitre IX, dernier de notre étude, décrit le déclin matériel et symbolique de Yamoussoukro, qualifiée de « capitale en déconstruction ». En effet, les infrastructures emblématiques telles le Lycée scientifique, l’Hôtel Président, la Maison du Parti et les larges et majestueuses boulevards et rues, tombent en ruine. Le célèbre et mythique lac aux caïmans devient lui aussi insalubre, totalement envahi par des plantes aquatiques appelées les jacinthes d’eau. Les gigantesques chantiers des Palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée Nationale, brutalement abandonnés, sont jugés techniquement non réhabilitables par les experts. Par contraste, Abidjan bénéficie depuis 2012 d’investissements massifs, au détriment de Yamoussoukro et de son processus de transfert de la capitale. Ce sont deux mille cinq cent quatre-vingt-sept milliards quarante-trois millions (2.587.043.000.000 FCFA) d’investissements qui ont été faits de 2014 à 2019. Ces investissements concernent :
2014, le Pont Henri Konan Bédié, à 152.000.000.000 FCFA
2017, le Nouveau Palais de la Présidence de la République au Plateau, à 40.000.000.000 FCFA
2018, le 4ème Pont d’Abidjan, à 105.000.000.000 FCFA
Entre 2018 et 2023, les études de faisabilité et de modernisation du réseau ferroviaire
d’Abidjan, à 1.166.043.000.000 FCFA
2019, la Rocade Y4 ou Voie de contournement du Grand Abidjan, à 74.000.000.000 FCFA
2019, la modernisation du Port Autonome d’Abidjan, à 800.000.000.000 FCFA
2019 à 2021, les études préalables et la construction de la Tour F, à 250.000.000.000 FCFA.
Cette partie de l’étude démontre que le transfert de la capitale est devenu un simple instrument de rhétorique électorale, sans une réelle volonté politique. Yamoussoukro apparaît aujourd’hui comme « une capitale théorique », abandonnée au profit d’Abidjan, et minée par des crises foncières, sociales et institutionnelles, qui rendent le projet de transfert de la capitale irréalisable.
En définitive, Monsieur le Président et chers éminents membres du jury, notre étude montre que le transfert de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro, formalisé par la loi 83-242 du 21 mars 1983, n’a jamais été concrétisé.
Sous le Président Félix Houphouët-Boigny, la priorité a été donné aux symboles religieux plutôt qu’aux structures administratives.
Sous le Président Henri Konan Bédié, les ressources ont été détournées vers Daoukro, accentuant le déclin de Yamoussoukro.
Sous le régime des Refondateurs, le Président Laurent Gbagbo, en dépit de son opposition initiale au projet, a lancé les chantiers les plus ambitieux. Toutefois, ces grands chantiers furent stoppés par les crises militaro-politiques.
Avec le Président Alassane Ouattara et le régime RHDP, le projet de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, est définitivement abandonné depuis 2012, avec la dissolution du PSTCY et la concentration des investissement d’envergure à Abidjan.
Pour nous, cet abandon représente un gâchis financier majeur et révèle des contraintes géopolitiques qui empêchent l’État de s’affranchir de l’influence d’Abidjan. Pour l’instant, Yamoussoukro demeure une capitale constitutionnelle « fantôme », privée de réalité administrative et victime des alternances politiques et des choix stratégiques qui renforcent la centralisation du pouvoir à Abidjan.
Monsieur le Président et chers éminents membres du jury, nous sommes au terme de notre présentation. Nous vous remercions de votre aimable attention.
À présent, nous nous tenons à votre entière écoute, afin de noter avec la plus grande attention et le plus grand intérêt, vos observations, critiques et corrections les plus avisées, dans le but de corriger, d’enrichir et de parfaire nos travaux.
Merci Monsieur le Président !
KOUADIO KOUAMÉ RAPHAËL DÉFEND SES TRAVAUX SUR LE TRANSFERT DE LA CAPITALE À YAMOUSSOUKRO
Le philosophe cartésien considère que le doute déclenche une forme de connaissance et permet de rejeter tout ce qui n’est pas totalement certain afin de bâtir un savoir solide.
Ainsi, Monsieur le Président, vous nous avez permis d’améliorer la qualité de notre travail. Merci à vous de nous avoir positivement fait douter.
À mon directeur de thèse, le professeur Jean-Michel Lattès, cher père, je voudrais simplement vous dire merci pour tous vos conseils avisés, vos encouragements et votre disponibilité légendaire. Nous nous rappelons encore que vous étiez toujours prompt à signer nos documents partout où nous vous trouvions. Merci, cher papa.
À mon directeur de mémoire, le professeur Prédomin, après la soutenance de notre mémoire consacré au transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro, « les raisons d’un tâtonnement de 1983 à 2012 », vous nous avez conseillé et encouragé à nous inscrire en thèse afin de creuser davantage le sujet du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro. Merci, cher maître, pour tous vos conseils, observations et directives.
Merci à vous, professeur Bamba, pour vos encouragements, vos conseils et vos actions discrètes, mais ô combien efficaces.
Merci au professeur Gourmand Jean, du Cameroun. Vos critiques, observations et consignes nous ont éclairé, orienté et permis d’avancer avec plus d’aisance dans la rédaction de notre thèse. Merci infiniment, cher maître.
Merci à vous, docteur Kouadio Guadeloupe Didier, pour votre encadrement, votre coaching, votre fraternité et votre rigueur dont je bénéficie depuis le master.
Merci à vous, chers autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières, avec à votre tête le docteur Augustin Thiam, ministre-gouverneur du District autonome de Yamoussoukro, mon très cher patron, pour votre présence distinguée.
Merci également à vous, chers parents, amis, connaissances et invités, pour votre présence.
Permettez-moi, Monsieur le Président, de remercier publiquement ma famille pour les sacrifices de toute nature consentis tout au long de ces années d’études universitaires, qui connaissent aujourd’hui une étape particulièrement importante.
Ceci étant, le sujet qui nous rassemble ici est la soutenance de notre thèse de doctorat portant sur « La problématique du transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro de 1983 à 2019 ».
Monsieur le Président, notre plan de présentation se décline en quatre points : la justification du sujet ; la problématique et les questions subsidiaires ; la méthodologie d’analyse et de recherche ; et enfin les résultats de nos travaux.
Justification du sujet
Deux types de motivations ont guidé le choix de notre sujet : la motivation personnelle et la motivation scientifique.
La motivation personnelle est née à la suite d’un certain nombre de constats. En effet, du 10 mars 1893 au 7 août 1960, les différentes mutations de la capitale de la Côte d’Ivoire ont été opérées à la seule initiative de la France, par la France et pour les intérêts de la France.
La seule et unique loi portant changement de capitale dans la Côte d’Ivoire indépendante est la loi n° 83-242 du 21 mars 1983 portant transfert de la capitale de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro.
De 1983 à 2019, cela fait 36 ans que Yamoussoukro demeure une capitale certes constitutionnelle, formelle et légale, mais sans véritable fonction de capitale.
Ainsi, malgré l’adhésion de tous à la décision du président Félix Houphouët-Boigny de transférer la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, nous constatons, avec un véritable sentiment de déception, que la mise en œuvre effective de ladite décision tarde à prendre forme sous les différents régimes politiques qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1983. Les activités administratives continuent de se dérouler principalement à Abidjan, au grand étonnement des Ivoiriens en général et des populations de Yamoussoukro en particulier.
Voilà, Monsieur le Président, le motif personnel qui nous a amené à choisir ce sujet et à réfléchir sur cette problématique.
Pour ce qui est de la motivation scientifique, il convient de noter que les écrits consacrés aux capitales coloniales ivoiriennes sont abondants. Toutefois, ceux qui portent sur Yamoussoukro, seule capitale postcoloniale du pays, sont rares, voire quasi inexistants.
Il est évident que de nombreux travaux de recherche se sont intéressés à Yamoussoukro. Cependant, à ce jour, aucun ne traite spécifiquement du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro.
Nous nous sommes donc proposés, en pionniers, d’entamer une étude qui pourrait, par la suite, être approfondie, améliorée et enrichie par d’autres chercheurs.
Problématique et questions subsidiaires
Monsieur le Président, après la justification de notre sujet, nous abordons le deuxième point de notre présentation, relatif à la problématique et aux questions subsidiaires.
Yamoussoukro, à l’image de plusieurs nouvelles villes secondaires postindépendance, a bénéficié de la politique d’aménagement de l’État de Côte d’Ivoire sur les plans spatial, administratif, économique et social.
Érigée en capitale de la Côte d’Ivoire en mars 1983, cette décision demeure toutefois hypothétique, théorique et abstraite.
Dès lors, quelles sont les difficultés qui ont plombé le processus de transfert effectif de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro de 1983 à 2019 ?
Telle est la question fondamentale autour de laquelle se développe toute la réflexion de notre étude.
Des questions subsidiaires soutiennent cette interrogation principale :
Quelles sont les insuffisances de la loi portant transfert de la capitale de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro ?
Quelles sont les crises foncières et politiques qui ont entaché le transfert effectif de la capitale ivoirienne d’Abidjan à Yamoussoukro de 1997 à 2012 ?
Comment la dissolution du Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro, en janvier 2012, a-t-elle définitivement compromis le projet de transfert effectif de la capitale d’Abidjan à Yamoussoukro ?
La réponse à la question principale débouche sur l’objectif général de notre étude, qui est de montrer les difficultés liées au processus de transfert effectif de la capitale de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro de 1983 à 2019.
De cet objectif principal découlent trois objectifs spécifiques :
Montrer les difficultés politiques et économiques liées à la loi portant transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro ;
Faire ressortir les conflits fonciers entre les villages voisins engendrés par la délimitation de la zone administrative et politique d’une superficie de 27 750 hectares ;
Analyser les effets néfastes de la dissolution, en 2012, du Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro.
L’analyse de nos objectifs spécifiques nous conduit à formuler trois hypothèses :
L’absence des institutions de la République à Yamoussoukro depuis 1983 est à l’origine de l’échec avéré du processus de transfert effectif de la capitale ivoirienne ;
La conjoncture économique inattendue des années 1980 en Côte d’Ivoire est à l’origine de la suspension du processus de transfert effectif de la capitale à Yamoussoukro ;
Tous les obstacles auxquels est confronté le processus de transfert effectif de la capitale entre 1983 et 2019 pourraient être levés par une bonne dose de volonté politique des pouvoirs publics
Démarche méthodologique
Monsieur le Président,
Au troisième point de notre présentation, nous allons vous exposer la démarche méthodologique et d’analyse utilisée pour obtenir nos résultats et répondre aux préoccupations soulevées par notre problématique.
Nous avons utilisé deux principales sources d’information : les sources écrites et les sources orales. Nous nous sommes également ouverts à d’autres disciplines afin de bénéficier de diverses données statistiques, géographiques, sociologiques et anthropologiques.
Au départ, nous avons consulté plusieurs ouvrages. Cet exercice nous a permis de prendre la mesure des difficultés qui nous attendaient.
La collecte des informations écrites nous a conduits à l’exploration de plusieurs sources imprimées, notamment des revues scientifiques, des articles de journaux, des décrets et des lois publiés dans plusieurs numéros du Journal officiel de la République de Côte d’Ivoire.
Nous avons également consulté des mémoires et des thèses évoquant Yamoussoukro dans sa généralité ou dans des domaines précis, notamment le foncier et les infrastructures.
Cette première phase a orienté notre recherche documentaire vers la bibliothèque et la librairie de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro.
Nous avons ensuite visité les Archives nationales de Côte d’Ivoire, les archives du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité ainsi que les archives de la Direction générale de l’administration du territoire, toutes situées à Abidjan, dans le but de compléter les informations recueillies à travers les sources écrites.
Nous avons également fait appel aux sources orales. Pour cela, nous avons adopté une méthodologie articulée autour de trois étapes : l’enquête préliminaire, l’enquête formelle ou proprement dite, puis le traitement scientifique des informations recueillies.
En somme, les sources orales ont constitué nos sources primaires et complémentaires aux sources écrites.
Difficultés rencontrées
Monsieur le Président, chers membres du jury,
Tout travail de recherche scientifique est toujours confronté à des difficultés. Permettez-nous d’en évoquer quelques-unes.
En ce qui concerne les sources écrites, nous avons consulté bon nombre de documents. Toutefois, aucune de ces sources n’aborde ou n’examine spécifiquement notre sujet.
Nous avons recueilli des informations d’ordre général et nous nous sommes rendu compte que la problématique du transfert de la capitale à Yamoussoukro n’avait jamais fait l’objet d’une recherche historique spécifique.
Dès lors, nous avons compris que notre tâche ne serait pas de tout repos.
Pour ce qui concerne les enquêtes, nous avons adressé plusieurs demandes d’audience. À titre d’exemple, un courrier a été adressé au directeur local de l’Agence du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) de Yamoussoukro, en vue d’avoir accès aux archives couvrant la période de 2000 à 2012.
Notre objectif était d’obtenir des informations sur les coûts de réalisation des travaux effectués dans la zone administrative et politique, notamment les travaux de terrassement et de construction des édifices achevés ou en cours de réalisation.
Il nous a été suggéré d’adresser notre courrier au directeur général du BNETD à Abidjan. Notre courrier et nos nombreux appels téléphoniques sont, comme dans plusieurs autres cas, restés sans suite.
S’agissant du Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro, le docteur Laurent Géraud Yopougon, ancien responsable de la structure, étant décédé en 2016, nous adressons une pensée à sa mémoire. D’autres anciens agents contactés n’ont pas souhaité s’ouvrir à nous afin de répondre à nos préoccupations.
Certaines personnes, qualifiant notre sujet de politique, ont carrément refusé de nous recevoir et de répondre à nos questions. Pour cette même raison, plusieurs courriers de demande d’audience et questionnaires sont restés sans réponse favorable auprès de leurs destinataires.
Monsieur le Président, malgré ces difficultés, ces défis, ces obstacles et ces épreuves, nous avons persévéré afin d’obtenir les résultats que nous vous présentons à présent.
Résultats de nos travaux
Monsieur le Président,
Notre travail est organisé en neuf chapitres regroupés en trois grandes parties.
La première partie de notre étude, composée des chapitres 1, 2 et 3, met en lumière le paradoxe fondateur de Yamoussoukro, érigée en capitale par la loi n° 83-242 du 21 mars 1983.
Ce choix, porté par la volonté du président Félix Houphouët-Boigny, répondait à une vision stratégique de développement équilibré, dans un contexte de décentralisation amorcée entre 1978 et 1980 par la création de communes de plein exercice sur l’ensemble du territoire national.
Le choix de Yamoussoukro visait à déplacer le centre des décisions au cœur géographique de la Côte d’Ivoire.
La cité disposait également d’atouts exceptionnels, notamment une infrastructure aéroportuaire de rang international depuis 1976, une autonomie énergétique assurée par le barrage de Kossou, construit sur le fleuve Bandama entre 1969 et 1972, ainsi qu’un pôle académique d’excellence avec les premières grandes écoles publiques, qui seront toutes regroupées au sein de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB).
Le lycée de garçons, créé en 1975 et devenu plus tard le lycée scientifique, ainsi que d’autres établissements scolaires, étaient destinés à former l’élite nationale.
Toutefois, cette ambition républicaine s’est rapidement heurtée à de lourdes contraintes structurelles et économiques.
Alors que la Côte d’Ivoire subissait de plein fouet l’effondrement des cours mondiaux du café et du cacao, le transfert de la capitale à Yamoussoukro était perçu par une partie de l’opinion nationale comme une œuvre de prestige réalisée au détriment des urgences sociales.
Cette contestation, alimentée par l’opposition politique naissante et encore clandestine, dénonçait le coût exorbitant du projet dans un contexte d’inflation et de difficultés économiques.
Sur le plan fonctionnel, Yamoussoukro peinait à s’émanciper de son statut de gros bourg agricole. Son économie locale, dominée par le travail de la terre et dépourvue d’un véritable tissu industriel, ainsi que l’absence initiale d’administrations régaliennes, freinaient sa transformation en métropole moderne.
De plus, Yamoussoukro demeurait sous l’influence d’une autorité coutumière et d’un système foncier particulier, marqué notamment par le poids du foncier présidentiel, ce qui compliquait les mécanismes classiques de gestion domaniale et fiscale.
Entre 1987 et 1997, le projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro a été fortement affecté par l’instabilité politique du pays et l’épuisement de la rente cacaoyère.
La succession politique après 1993, marquée par le concept d’ivoirité et le traumatisme du coup d’État manqué de 1995, a progressivement détourné les ressources et l’attention de l’État du projet de transfert de la capitale.
En dépit des tentatives de relance du processus sous le président Henri Konan Bédié en 1997, la méfiance persistante entre les différents blocs politiques, notamment le PDCI-RDA, le RDR et le FPI, a condamné Yamoussoukro à demeurer une capitale symbolique, riche de ses monuments, mais dépourvue d’une véritable effectivité administrative.
La deuxième partie de notre étude est composée des chapitres 4, 5 et 6.
Le chapitre 4 montre que le projet de transfert de la capitale, relancé sous le président Henri Konan Bédié, s’est rapidement heurté à des conflits fonciers avec les propriétaires terriens et à une dispersion des ressources financières vers Daoukro pour la réalisation d’infrastructures d’envergure, au détriment de Yamoussoukro.
Il évoque également les tensions politiques et sociales qui ont finalement débouché sur le coup d’État militaire du 24 décembre 1999.
Le chapitre 5 souligne que le président Laurent Gbagbo a fait du transfert de la capitale ivoirienne une priorité nationale. Il a créé, en 2002, le Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro.
Ce programme était chargé de coordonner toutes les opérations et activités liées au transfert des institutions de la République à Yamoussoukro, ainsi que les mesures d’accompagnement nécessaires.
Toutefois, la rébellion armée du 19 septembre 2002 et la partition du pays qui en a résulté ont détourné les ressources de l’État vers les impératifs sécuritaires, compromettant ainsi la poursuite et la concrétisation du processus de transfert de la capitale.
Quant au chapitre 6, il analyse la période allant de 2004 à 2012.
Il ressort de cette analyse que, malgré la crise militaro-politique, le gouvernement a lancé des chantiers ambitieux, tels que l’hôtel parlementaire ou hôtel des députés, ainsi que les futurs palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale.
Toutefois, le manque de financement, les blocages fonciers et la crise postélectorale d’octobre 2010 à avril 2011 ont entraîné l’arrêt brutal des travaux et la dissolution du Programme spécial du transfert de la capitale.
Dès lors, nous assistons à l’échec d’une ambition bâtisseuse confrontée à la réalité sociopolitique du pays.
Ce constat d’échec nous conduit à la troisième et dernière partie de notre étude.
La troisième partie montre que l’arrêt brutal des travaux a plongé le projet dans un oubli profond, voire définitif.
Cet arrêt a transformé certains chantiers en friches et provoqué un désordre urbain, avec l’apparition de lotissements privés illégaux sur des terrains initialement réservés aux institutions de la République.
Le chapitre 8 révèle une crise foncière profonde.
En effet, des réserves administratives ont été détournées pour des usages agricoles et des constructions illégales, détruisant ainsi l’harmonie du plan urbain directeur de la ville.
Les conflits entre villages autochtones et populations déplacées se sont également intensifiés.
Le chapitre 9, dernier de notre étude, décrit le déclin matériel et symbolique de Yamoussoukro, qualifiée de « capitale en déconstruction ».
En effet, des infrastructures emblématiques telles que le lycée scientifique, l’hôtel Président, la Maison du Parti, ainsi que les larges et majestueux boulevards de la ville, ont connu une dégradation progressive.
Le célèbre lac aux Caïmans est lui aussi devenu insalubre, totalement envahi par des plantes aquatiques.
Les gigantesques chantiers des palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale, brutalement abandonnés, ont été jugés, après plus d’une décennie, techniquement réhabilitables par des experts.
Par contraste, Abidjan bénéficie depuis 2012 d’investissements massifs au détriment de Yamoussoukro. Ce sont 2 587 milliards 43 millions de francs CFA d’investissements qui auraient été enregistrés à Abidjan entre 2004 et 2019.
Cette partie de l’étude démontre que le transfert de la capitale à Yamoussoukro est devenu un simple instrument de rhétorique électorale, sans réelle volonté politique.
Yamoussoukro apparaît aujourd’hui comme une capitale théorique, abandonnée au profit d’Abidjan et minée par des crises foncières, sociales et institutionnelles qui rendent le projet de transfert difficilement réalisable.
Conclusion
Monsieur le Président, chers éminents membres du jury,
Notre étude montre que le transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, formalisé en 1983, n’a jamais été concrétisé.
Sous le président Félix Houphouët-Boigny, la priorité a été davantage accordée aux symboles religieux qu’à la construction d’une véritable administration centrale.
Entre 1983 et 1993, aucun décret d’application de la loi n° 83-242 du 21 mars 1983 portant transfert de la capitale n’a été pris.
Sous le président Henri Konan Bédié, les ressources ont été, selon notre analyse, orientées vers Daoukro, accentuant le déclin de Yamoussoukro.
Sous le régime du président Laurent Gbagbo, malgré une opposition initiale au projet, des chantiers ambitieux ont été lancés. Toutefois, ces grands travaux ont été stoppés par les crises militaro-politiques.
Avec le président Alassane Ouattara, le projet de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro a été, selon notre analyse, définitivement abandonné depuis 2012, avec la dissolution du Programme spécial du transfert de la capitale et la concentration d’investissements d’envergure à Abidjan.
Pour nous, cet abandon représente un gâchis financier majeur et révèle des contraintes géopolitiques qui empêchent l’État de s’affranchir de l’influence d’Abidjan.
Pour l’instant, Yamoussoukro demeure une capitale constitutionnelle, privée d’une véritable réalité administrative et victime des alternances politiques et des choix stratégiques qui renforcent la centralisation du pouvoir à Abidjan.
Monsieur le Président, chers éminents membres du jury,
Nous sommes au terme de notre présentation.
Nous vous remercions de votre aimable attention.
À présent, nous nous tenons à votre entière disposition pour écouter avec la plus grande attention et le plus grand intérêt vos observations, critiques et corrections avisées, dans le but de corriger, d’enrichir et de parfaire nos travaux.
Merci, Monsieur le Président.
Raphaël Kouadio