Toumodi, 24 août 2026 Les populations de Kahankro, dans la commune de Toumodi, expriment leur opposition à une éventuelle exploitation aurifère sur leurs terres, évoquant notamment des préoccupations liées à la préservation des terres agricoles, de l’environnement et de la cohésion sociale.
Cette opposition a été exprimée lors d’une rencontre avec plusieurs chefs de famille, responsables communautaires et habitants de la localité, qui affirment avoir eu vent de l’installation prochaine d’une activité d’exploitation de l’or à Kahankro. Selon plusieurs témoignages recueillis, des pancartes annonçant l’arrivée prochaine de l’orpaillage auraient été installées dans la localité. La situation suscite des interrogations au sein de la population, qui souhaite notamment connaître la nature exacte du projet et son cadre administratif. Le porte-parole de la famille Akoua Boni, Gbro Konan Ambroise, affirme que sa famille est opposée à l’orpaillage dans le village. « Nous sommes opposés à l’orpaillage dans notre village. Et cela, nous l’avons toujours exprimé », a-t-il déclaré, estimant que l’activité pourrait entraîner des conséquences sociales telles que la délinquance, la consommation de drogue, la prostitution, les vols et les violences. La matriarche de la famille Akoua Boni, Dame Kouadio Affoue, partage cette position et indique que des actions de sensibilisation ont été menées auprès des habitants afin de les informer sur les conséquences qu’ils associent à l’orpaillage. Pour Konan Kouakou Eugène, ancien fonctionnaire et fils de Kahankro, la principale préoccupation concerne la préservation des terres agricoles. Il estime que l’exploitation aurifère pourrait réduire les espaces disponibles pour l’agriculture et affecter les activités des jeunes. « Les jeunes vont se retrouver sans terres fertiles », a-t-il soutenu, évoquant également un possible impact sur les ressources en eau et les activités agricoles. René Kouame Koffi, fonctionnaire à la retraite et Commandeur de l’Ordre de l’Éducation nationale, a rappelé l’importance de l’agriculture dans le développement de la communauté. Selon lui, les populations de Kahankro ont toujours compté sur cette activité pour assurer leur subsistance et la scolarisation de leurs enfants. Il a toutefois précisé que son opposition ne vise pas l’Etat, mais une éventuelle exploitation clandestine. « Nous, on ne s’oppose pas à l’Etat. C’est la clandestinité que nous ne voulons pas ici », a-t-il indiqué, faisant état d’informations relatives à une éventuelle exploitation semi-industrielle dans la zone de la montagne Alebouman. Joint par téléphone, le président de la mutuelle de développement de Kahankro, Yao Patrice, a indiqué avoir été absent du village durant trois ans et ne pas disposer de tous les éléments relatifs au dossier. Il a néanmoins rapporté l’existence de préoccupations au sein de la communauté et évoqué la possibilité que certains jeunes aient pris contact avec des personnes pratiquant l’orpaillage. Selon lui, une enquête de commodo et incommodo aurait été réalisée et Kahankro aurait exprimé son opposition à l’exploitation aurifère. Il a également indiqué que Zahakro, village voisin, aurait accepté l’exploitation sur des terres qui lui auraient été cédées par Kahankro. Le président élu des jeunes de Kahankro, Kouadio Vincent, également premier vice-président du bureau national du Collectif des Présidents des Jeunes des Villages de Côte d’Ivoire (CPJVCI), affirme pour sa part que la majorité des habitants s’oppose à l’orpaillage. Il a annoncé que les jeunes entendent défendre leur position par les voies légales et sollicite l’appui de juristes et d’autres personnes compétentes pour accompagner la communauté dans ses démarches. La présidente des femmes, absente du village au moment du reportage, n’a pas pu se prononcer sur la question. Le chef du village n’a également pas pu être joint. Son porte-canne a indiqué qu’il était en déplacement et une tentative pour le contacter par téléphone n’a pas abouti en raison de difficultés liées au réseau. Au terme des échanges, les personnes rencontrées à Kahankro ont réaffirmé leur opposition à l’exploitation aurifère sur les terres du village. Elles souhaitent que la situation soit clarifiée par les autorités compétentes, notamment en ce qui concerne la nature du projet, son cadre légal et les éventuelles autorisations dont disposeraient les promoteurs.