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EXCISION EN AFRIQUE : Quand une pratique traditionnelle devient un facteur silencieux de migration des jeunes filles

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Par Christ Kémondé


Dans la conscience collective liée aux grandes migrations africaines, notamment celles des jeunes filles qui entreprennent des traversées périlleuses de la mer pour tenter de rejoindre un hypothétique eldorado, une réalité complexe demeure souvent peu explorée : celle des violences sociales et culturelles qu’elles cherchent parfois à fuir.

Si la pauvreté, le chômage, les conflits, la recherche d’un avenir meilleur ou les difficultés économiques sont régulièrement évoqués pour expliquer ces départs, certains parcours cachent également des drames intimes liés aux traditions et aux pressions communautaires. Parmi ces réalités figure l’excision, une pratique traditionnelle qui continue d’affecter des millions de filles et de femmes à travers le monde.

Loin de justifier les migrations clandestines et les « voyages de la mort », il convient toutefois d’interroger les causes profondes qui poussent certaines jeunes filles à vouloir échapper à leur environnement social. Dans plusieurs communautés africaines, l’excision demeure encore associée à des croyances anciennes, à des normes sociales et à des représentations culturelles qui placent les jeunes filles sous une forte pression familiale.

La question mérite donc d’être analysée au-delà des simples statistiques migratoires. Derrière certains départs se cachent parfois des histoires personnelles de peur, de traumatisme, de refus d’une violence annoncée ou de volonté de protéger son intégrité physique.


Des chiffres qui rappellent l’ampleur du phénomène

Au-delà des témoignages et des faits divers, les données disponibles montrent que les mutilations génitales féminines (MGF) demeurent une réalité préoccupante en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays africains.

Selon les estimations des Nations Unies et de l’UNICEF, plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde vivent aujourd’hui avec les conséquences d’une mutilation génitale féminine. L’Afrique concentre une grande partie des victimes, même si cette pratique existe également dans certaines régions du Moyen-Orient et d’Asie.

En Côte d’Ivoire, les différentes Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS) montrent une évolution progressive de la situation grâce aux campagnes de sensibilisation, aux actions des organisations de défense des droits des femmes, à l’engagement des chefs traditionnels et religieux ainsi qu’au renforcement du cadre juridique.

Cependant, cette baisse globale cache d’importantes disparités régionales. Certaines zones du Nord, du Nord-Ouest, de l’Ouest, du Centre et du Sud-Ouest demeurent davantage touchées en raison du poids des traditions et de certaines pratiques communautaires.

Les autorités ivoiriennes, avec l’appui notamment de l’UNICEF, de l’UNFPA et des organisations de la société civile, développent plusieurs programmes de prévention, de prise en charge des survivantes et de lutte contre les auteurs de ces actes.

Mais malgré ces avancées, des cas continuent d’être signalés chaque année. Ce qui démontre que la lutte contre les mutilations génitales féminines reste un combat actuel.


L’actualuté ivoirienne rappelle que le danger demeure

L’année 2026 a rappelé avec force que l’excision n’appartient pas uniquement à l’histoire ancienne. Elle demeure une réalité clandestine dans certaines communautés.

L’affaire des cinq fillettes excisées à Bongouanou a profondément marqué l’opinion publique ivoirienne. Cette affaire a révélé que, malgré les campagnes de sensibilisation et l’interdiction légale de cette pratique, certaines cérémonies continuent d’être organisées dans la discrétion, parfois à l’insu des autorités.

Ce cas a relancé le débat national sur la responsabilité collective dans la protection des enfants. Car derrière chaque acte d’excision se trouve une chaîne de responsabilités : les personnes qui pratiquent l’acte, celles qui l’organisent, mais aussi parfois les pressions familiales et communautaires qui poussent les parents à prendre une décision contraire à l’intérêt de l’enfant.

Dans plusieurs localités ivoiriennes, notamment dans certaines régions où la tradition reste fortement ancrée, des associations et des services sociaux rapportent encore des situations où des familles doivent protéger leurs filles contre des pressions visant à les soumettre à cette pratique.

À Diabo, dans le Centre de la Côte d’Ivoire, comme dans d’autres localités, certains témoignages font état de familles contraintes de quitter leur communauté pour préserver leurs filles. Ces situations illustrent une conséquence souvent méconnue des mutilations génitales féminines : la peur peut provoquer des déplacements internes, voire encourager certaines personnes à chercher refuge ailleurs.

Ainsi, certaines migrations féminines ne peuvent pas être analysées uniquement sous l’angle économique. Elles peuvent aussi être liées à la volonté d’échapper à des violences physiques, psychologiques ou sociales.


Brève histoire de l’excision en Afrique, entre croyances ancestrales et pressions sociales

L’excision est une pratique ancienne dont les origines exactes restent difficiles à établir avec précision. Présente dans plusieurs régions du monde avant même certaines périodes historiques documentées, elle s’est progressivement enracinée dans différentes sociétés à travers des considérations sociales, culturelles et parfois religieuses, même si elle n’est prescrite par aucune grande religion.

Dans plusieurs communautés africaines, l’excision a longtemps été présentée comme un rite de passage permettant à la jeune fille d’accéder au statut de femme. Elle était parfois associée à des notions de pureté, de respectabilité, d’honneur familial ou encore de préparation au mariage.

Dans certaines sociétés traditionnelles, la croyance selon laquelle une fille non excisée serait considérée comme « impure », « indigne » ou incapable de respecter les valeurs communautaires a longtemps entretenu la pratique.

En Côte d’Ivoire, certaines communautés, notamment dans des zones de l’Ouest et du Nord-Ouest, ont été historiquement concernées par ces pratiques. Chez certains peuples, des mythes et des récits transmis de génération en génération ont contribué à maintenir la pression sociale autour de l’excision.

Chez les Dan ou Yacouba de l’Ouest ivoirien, par exemple, certains anciens récits associaient autrefois la jeune fille non excisée à une image négative. Ces représentations, aujourd’hui largement combattues par les campagnes de sensibilisation, ont contribué à créer un environnement où le refus de l’excision pouvait être vécu comme une rupture avec la communauté.

Ainsi, pendant longtemps, la peur d’être rejetée, humiliée ou considérée comme différente poussait certaines jeunes filles à accepter une pratique qu’elles ne comprenaient pas toujours, ou qu’elles subissaient sous la contrainte familiale.


Les « propriétaires du couteau » une figure traditionnelle désormais contextée

Dans certaines traditions ouest-africaines, les personnes chargées de pratiquer l’excision occupaient autrefois une place particulière dans la société.

Chez certains peuples, elles étaient considérées comme des détentrices d’un savoir traditionnel transmis par héritage. Dans l’espace culturel yacouba, le terme « Zolé » ou « Lagalé », souvent traduit dans le langage courant par « propriétaire du couteau », renvoie à cette figure traditionnelle.

Ces femmes, autrefois respectées dans certains villages, étaient parfois investies d’un rôle social important. Elles intervenaient lors des cérémonies initiatiques et détenaient une forme d’autorité communautaire.

Mais aujourd’hui, le regard porté sur cette fonction a profondément changé. Les connaissances médicales et les témoignages des survivantes ont révélé les conséquences graves de ces pratiques : douleurs chroniques, traumatismes psychologiques, complications médicales et atteintes profondes à l’intégrité physique des victimes.

Les conditions dans lesquelles certaines excisions étaient réalisées rendaient également les risques encore plus importants : utilisation d’instruments non stérilisés, absence de prise en charge médicale, environnement non adapté et manque d’informations sur les conséquences sanitaires.

Les « nattes » traditionnelles où se déroulaient autrefois certaines cérémonies, parfois organisées dans des lieux isolés comme les forêts ou des espaces communautaires fermés, sont devenues aujourd’hui le symbole d’une époque où la souffrance des jeunes filles était souvent réduite au silence.


L’EXCISION : Une violence physique, psychologique et sociale

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les mutilations génitales féminines regroupent toutes les interventions qui consistent à enlever partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminins ou à provoquer d’autres lésions des organes génitaux féminins pour des raisons non médicales.

Cette définition rappelle un élément essentiel : l’excision n’a aucune justification médicale.

La pratique expose les victimes à de nombreuses conséquences, parmi lesquelles :

  • des douleurs importantes et des traumatismes immédiats ;
  • des hémorragies pouvant mettre la vie de la victime en danger ;
  • des infections graves, notamment lorsque les conditions d’hygiène ne sont pas respectées ;
  • des complications urinaires ou gynécologiques ;
  • des difficultés lors des grossesses et des accouchements ;
  • des traumatismes psychologiques durables.

Au-delà du corps, c’est également la dignité et la liberté de la personne qui sont touchées. Beaucoup de survivantes témoignent d’un sentiment de peur, de honte ou d’injustice lié au fait d’avoir subi une intervention irréversible sans véritable consentement.

L’une des grandes difficultés de la lutte contre les mutilations génitales féminines réside dans son caractère profondément social. Une jeune fille peut parfois être protégée par ses parents proches, mais rester exposée aux pressions d’autres membres de la famille ou de la communauté.

C’est cette dimension collective qui explique pourquoi certaines victimes ou familles choisissent parfois l’éloignement, le changement de région ou même l’émigration pour protéger les filles.


EXCISIONS ET MIGRATIONS — UN DRAME SILENCIEUX DERRIÈRE CERTAINS DÉPARTS

Dans l’analyse des grands mouvements migratoires africains, les causes économiques occupent souvent le premier plan. La pauvreté, le chômage, la recherche d’une vie meilleure et l’espoir d’un avenir plus stable sont régulièrement présentés comme les principales raisons qui poussent des milliers de jeunes à prendre les routes de l’exil.

Mais derrière certains parcours migratoires se cachent des histoires plus profondes, parfois difficiles à raconter. Parmi elles figure la volonté d’échapper à certaines violences sociales et culturelles, dont les mutilations génitales féminines.

Loin de nous l’idée de cautionner les traversées clandestines, les réseaux criminels ou les « voyages de la mort » qui exposent les migrants à des dangers extrêmes, il demeure nécessaire d’avoir une lecture plus complète des motivations de certaines candidates au départ.

Toutes les jeunes filles qui quittent leur pays ne fuient pas uniquement la misère économique. Certaines cherchent également à échapper à un environnement dans lequel leur corps, leur avenir ou leurs choix personnels sont soumis à des décisions collectives qui ne tiennent pas toujours compte de leur volonté.

Dans certains contextes, l’excision devient alors un facteur invisible de mobilité. Une jeune fille peut chercher refuge dans une autre région, dans une autre ville ou dans un autre pays pour éviter une cérémonie annoncée, une pression familiale ou une menace communautaire.


DES FAMILLES QUI CHERCHENT À PROTÉGER LEURS FILLES

L’une des dimensions les moins connues du phénomène est celle des déplacements motivés par la protection des enfants.

Dans certaines communautés, des parents opposés à l’excision peuvent se retrouver isolés face à la pression de membres de leur entourage. Le refus de soumettre leur fille à la pratique peut provoquer des tensions familiales, des conflits communautaires ou des ruptures sociales.

Ces situations montrent que la lutte contre l’excision ne concerne pas uniquement les victimes directes. Elle concerne aussi les familles qui tentent de résister à une norme sociale ancienne.

En Côte d’Ivoire, les témoignages recueillis dans certaines localités montrent que des parents préfèrent parfois éloigner leurs filles, les envoyer chez des proches ou changer de cadre de vie afin de les protéger.

Ces déplacements internes, souvent silencieux, rappellent que les violences basées sur le genre peuvent également influencer les trajectoires de mobilité des populations.


EN AFRIQUE, LE POIDS DU SILENCE AUTOUR DES VIOLENCES FAITES AUX FILLES

Pendant longtemps, l’excision a été entourée d’un grand silence. Parler publiquement de cette pratique pouvait être considéré comme une attaque contre la culture ou les traditions.

Ce silence a contribué à maintenir la souffrance de nombreuses survivantes dans l’ombre.

Aujourd’hui, la parole se libère progressivement grâce aux associations féminines, aux organisations internationales, aux médias et aux témoignages des victimes elles-mêmes.

Cette évolution permet de comprendre que lutter contre l’excision ne signifie pas rejeter les cultures africaines. Il s’agit plutôt de distinguer ce qui relève de l’identité culturelle de ce qui porte atteinte à la dignité humaine.

Aucune tradition ne peut justifier une violence imposée à une personne sans son consentement, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants.


Pour un nouveau regard sur les  » voyages de la mort »

Les images de jeunes Africains et Africaines tentant de traverser les mers au péril de leur vie provoquent souvent une condamnation immédiate. Ces départs sont parfois analysés uniquement sous l’angle du rêve européen ou de la recherche d’argent.

Cette lecture, bien qu’elle explique une partie du phénomène, ne doit pas empêcher une analyse plus humaine et plus profonde.

Certaines candidates au départ portent peut-être des blessures invisibles. Derrière certains voyages se cachent parfois des histoires de violences familiales, de mariages forcés, de discriminations ou de peur d’une pratique traditionnelle comme l’excision.

Comprendre ces réalités ne revient pas à encourager ces migrations dangereuses. Au contraire, cela permet d’agir plus efficacement sur les causes profondes afin d’offrir aux jeunes filles des alternatives sûres dans leurs propres communautés.

La protection des filles doit donc passer par un changement de regard : elles ne doivent pas seulement être considérées comme des migrantes économiques, mais aussi comme des personnes pouvant fuir des situations de vulnérabilité.


L’excision, une question de droits humains

Au-delà des frontières africaines, la communauté internationale considère désormais les mutilations génitales féminines comme une violation grave des droits fondamentaux.

Le débat n’est plus seulement culturel ou traditionnel. Il touche aux principes universels de dignité, d’intégrité physique, de santé et de liberté individuelle.

Une société qui protège ses filles est une société qui prépare son avenir.

C’est pourquoi la lutte contre l’excision doit continuer à associer les lois, l’éducation, la sensibilisation et le dialogue communautaire.

Les chefs traditionnels, les leaders religieux, les parents, les enseignants, les professionnels de santé et les médias ont tous un rôle essentiel à jouer.

Car derrière chaque fille protégée se trouve une génération future libérée d’une violence héritée du passé.


LES INSTRUMENTS JURIDIQUES ET LA MOBILISATION INTERNATIONALE CONTRE LES MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES

Face à la persistance des mutilations génitales féminines, la communauté internationale a progressivement construit un ensemble de textes et d’engagements visant à protéger les filles et les femmes contre cette pratique.

L’évolution du regard porté sur l’excision marque un changement profond dans les sociétés. Longtemps considérée par certains comme une affaire privée ou communautaire, elle est désormais reconnue comme une atteinte aux droits humains fondamentaux.

Les États africains, dont la Côte d’Ivoire, se sont engagés à travers plusieurs conventions internationales à lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux enfants.


LES GRANDES CONVENTIONS INTERNATIONALES DE RÉFÉRENCE

Parmi les instruments majeurs figurent :

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF)

Ratifiée par plusieurs États africains, dont la Côte d’Ivoire, cette convention considère les violences fondées sur le genre comme une forme de discrimination.

Elle engage les États à prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer les pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes et aux filles.


La Convention internationale relative aux droits de l’enfant

Ratifiée par la Côte d’Ivoire, elle rappelle que chaque enfant a droit à la protection contre toutes les formes de violences physiques ou mentales.

Son article 24 invite notamment les États à prendre des mesures efficaces pour abolir les pratiques traditionnelles portant atteinte à la santé des enfants.


La Résolution des Nations Unies sur l’intensification de l’action mondiale visant à éliminer les mutilations génitales féminines

Adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, cette résolution appelle les États à renforcer leurs politiques de prévention, de sensibilisation et de répression contre les MGF.


La Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) de 1994

Cette conférence a constitué une étape importante en reconnaissant les mutilations génitales féminines comme une violation des droits des femmes et des filles.

Elle a placé la santé reproductive, l’autonomie des femmes et la protection contre les violences au cœur des politiques internationales.


La Plateforme d’action de Beijing (1995)

Cette plateforme assimile les pratiques traditionnelles nuisibles, dont les mutilations génitales féminines, aux formes de violence faites aux femmes.

Elle appelle les gouvernements à adopter des lois, des programmes éducatifs et des stratégies nationales pour mettre fin à ces pratiques.


LA CÔTE D’IVOIRE : LECADRE JURIDIQUE QUI RÉPRIME L’EXCISION

En Côte d’Ivoire, l’excision est interdite par la loi.

La législation ivoirienne prévoit des sanctions contre les auteurs, les complices et toutes les personnes qui participent à la réalisation de mutilations génitales féminines.

Cette répression vise notamment les personnes qui pratiquent l’excision, mais également celles qui encouragent, organisent ou facilitent ces actes.

Cependant, l’expérience montre que la loi seule ne suffit pas.

Dans plusieurs communautés, la clandestinité demeure un obstacle majeur. Certaines familles continuent d’organiser des cérémonies cachées, souvent pendant les périodes de vacances scolaires ou lors des rassemblements familiaux.

La lutte contre l’excision nécessite donc une approche globale associant la justice, l’éducation, la sensibilisation et le dialogue avec les communautés.


RECOMMANDATIONS POUR UNE LUTTE PLUS EFFICACE

Pour parvenir à une élimination durable des mutilations génitales féminines, plusieurs actions doivent être renforcées :


1. Intensifier la sensibilisation communautaire

Les campagnes doivent davantage toucher les zones rurales et les communautés où la pression sociale reste forte.

La sensibilisation ne doit pas uniquement viser les jeunes filles, mais également les parents, les anciens, les leaders traditionnels et religieux.


2. Renforcer la vulgarisation des lois

Beaucoup de personnes ignorent encore les sanctions prévues par la législation.

Une meilleure connaissance des textes permettrait de réduire les actes clandestins et d’encourager les dénonciations.


3. Protéger les victimes et les filles menacées

Les mécanismes d’alerte et de protection doivent être renforcés afin de permettre aux familles ou aux jeunes filles en danger de demander de l’aide.


4. Donner davantage la parole aux survivantes

Les femmes ayant vécu l’excision doivent être placées au cœur de la lutte.

Leurs témoignages permettent de déconstruire les idées reçues et de montrer les conséquences réelles de cette pratique.


5. Impliquer davantage les hommes

La lutte contre l’excision ne doit pas être considérée comme une affaire uniquement féminine.

Les pères, frères, chefs communautaires et responsables religieux ont un rôle essentiel dans le changement des mentalités.


PLAIDOYER : POURQUOI LA SOCIÉTÉ DOIT CHANGER DE REGARD

L’excision n’est pas seulement une question de tradition. Elle est une question de dignité humaine.

Lorsqu’une enfant subit une intervention irréversible sur son corps sans pouvoir exprimer un véritable consentement, c’est son droit fondamental à l’intégrité physique qui est atteint.

La société doit donc poursuivre son évolution.

Respecter les cultures africaines ne signifie pas accepter toutes les pratiques héritées du passé. Les traditions évoluent avec les connaissances, les réalités sociales et la protection des générations futures.

L’Afrique possède des valeurs fortes de solidarité, de respect et de protection de l’enfant. Ces valeurs doivent aujourd’hui conduire à abandonner définitivement les pratiques qui causent souffrances et traumatismes.


PROTÉGER LES FILLES POUR PRÉPARER L’AVENIR

L’excision demeure un combat majeur du XXIᵉ siècle.

Derrière les statistiques se trouvent des visages, des histoires et des vies de jeunes filles qui aspirent simplement à grandir libres, en bonne santé et respectées.

L’affaire de Bongouanou en Côte d’Ivoire rappelle que la vigilance doit rester permanente.

La lutte contre les mutilations génitales féminines ne peut réussir que par une mobilisation collective : celle de l’État, de la justice, des familles, des communautés, des médias et de chaque citoyen.

Car protéger une fille aujourd’hui contre l’excision, c’est protéger la femme et la société de demain, non sans lutter implicitement et efficacement aussi contre l’immigration clandestine dans le monde.


Ouncado PIERROT et Christ Kémondé





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Côte d’Ivoire : 36 ans après la loi, une thèse met en lumière les blocages du transfert de la capitale à Yamoussoukro

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Pourquoi, trente-six ans après l’adoption de la loi n° 83-242 du 21 mars 1983 portant transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro, ce projet n’a-t-il toujours pas été concrétisé ? C’est à cette question que tente de répondre Kouadio Kouamé Raphaël à travers sa thèse de doctorat intitulée « La problématique du transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro de 1983 à 2019 », soutenue le mardi 28 juillet 2026 à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké. Devant un jury d’universitaires, en présence de plusieurs autorités politiques, administratives, coutumières et religieuses, dont le Ministre, Gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro, Dr Augustin Thiam, le doctorant a présenté les conclusions de plusieurs années de recherches consacrées aux dimensions historiques, politiques, économiques, foncières et institutionnelles qui, selon son analyse, ont freiné le processus de transfert effectif de la capitale ivoirienne. infocentrale.net vous propose de découvrir, ci-dessous, l’intégralité de cette intervention, publiée sans aucune modification

                                                          

 » Introduction 

Merci Monsieur le Président ! 

Monsieur le Président du jury, cher éminent maître, 

Messieurs les membres du jury, chers éminents maîtres, 

Monsieur le Ministre Augustin Thiam, Gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro, 

Chères autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières prises en vos rang, grade, fonction et qualité respectifs, 

Chers invités, parents, amis et connaissances, 

Mesdames et Messieurs. 

            Nos premiers mots sont des mots de remerciements et de gratitude à l’endroit de nos distingués maîtres, Président et membres du jury, pour avoir accepté de nous accorder une partie de votre précieux temps en vue d’évaluer les résultats de nos travaux de recherche.  

            Monsieur le Président, permettez-nous d’exprimer un petit mot pour chacun des membres du jury en guise de remerciement : 

            À vous Monsieur le Président, votre main mise faite sur notre projet de thèse, a fomenté, suscité, causé en nous le doute. Or, selon le philosophe cartésien, le doute déclenche une somme de connaissances et permet de rejeter tout ce qui n’est pas totalement certain, afin de bâtir un savoir solide. Ainsi Monsieur le Président, vous nous avez permis d’améliorer la qualité de notre travail. Merci à vous pour nous avoir positivement fait douter.   

            À présent, nous nous tournons vers notre Directeur de Thèse, le Professeur Latte Egue Jean-Michel, cher père. Je voudrais simplement vous dire merci pour tout : vos conseils les plus avisés, vos encouragements, votre disponibilité légendaire. Nous nous rappelons que vous signez nos documents partout où nous vous trouvons, même à la Paroisse Saint André de Yopougon! Merci à vous cher papa !  

            À mon Directeur de Mémoire, le Pr. Brindoumi, après la soutenance de notre mémoire sur « Le transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro : les raisons d’un tâtonnement de 1983 à 2012 », vous nous avez encouragé à nous inscrire en thèse pour creuser davantage le sujet du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro. Merci cher maître pour tous vos conseils, observations et propositions! 

            Merci à vous Pr. Bamba Mamadou pour vos encouragements, vos conseils et pour vos actions discrètes mais oh combien efficaces. Merci à vous cher maître. 

            Au pr. Gormo Jean du Cameroun, vos critiques, observations et propositions nous ont éclairé, orienté et nous ont permis d’avancer avec plus d’aisance dans la rédaction de notre thèse. Merci infiniment à vous cher maître ! 

            Merci à vous Docteur. KOUADIO Kouakou Didié pour votre encadrement, votre coaching, votre fraternité et votre rigueur dont je bénéficie depuis le Master. 

            Merci à vous chères autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières de Yamoussoukro pour votre présence remarquable. 

           Merci à vous chers parents, amis, connaissances et invités pour votre présence massive et qualitative. 

             Permettez-moi Monsieur le Président et chers Maîtres, de remercier publiquement ma famille pour les sacrifices de toutes natures consentis, le long de ces années d’études universitaires, qui connaissent ce jour, une étape très importante. 

          Ceci étant, le sujet qui nous rassemble ici ce jour, est la soutenance de notre thèse de doctorat portant sur : « LA PROBLÉMATIQUE DU TRANSFERT DE LA CAPITALE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DE LA CÔTE D’IVOIRE À YAMOUSSOUKRO DE 1983 À 2019 ».  

                     Monsieur le Président, notre plan de présentation se décline en quatre points. Ce sont :  

LA JUSTIFICATION DU SUJET 

LA PROBLÉMATIQUE ET DES QUESTIONS SUBSIDIAIRES 

LA MÉTHODOLOGIE D’ANALYSE ET DE RECHERCHE 

LES RÉSULTATS DE NOS TRAVAUX 

LA JUSTIFICATION DU SUJET 

                  Deux types de motivations ont guidé le choix de notre sujet. Il s’agit de la motivation personnelle et de la motivation scientifique. 

                 La motivation personnelle est née à la suite d’une somme de constats. En effet, du 10 mars 1893 au 7 août 1960, les différentes mutations de capitales en Côte d’Ivoire, ont été opérées à la seule initiative de la France et par la France et pour les seuls intérêts de la France. La seule et unique loi de changement de capitale en Côte d’Ivoire indépendante, est la loi n°83-242 du 21 mars 1983, portant transfert de la capitale de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro.                        De 1983 à 2019, cela fait trente-six (36) ans que Yamoussoukro demeure une capitale certes constitutionnelle, formelle et légale, mais sans une véritable fonction de capitale. Ainsi, malgré l’adhésion de tous à la décision du Président Félix Houphouët-Boigny de transférer la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro, nous constatons avec un véritable sentiment de déception, que la mise en œuvre effective de ladite décision tarde à prendre forme. Sous tous les régimes politiques qui se succèdent à la tête du pays depuis 1983, tout continue de se faire à Abidjan au grand étonnement des ivoiriens en général et des populations de Yamoussoukro en particulier. Voici Monsieur le Président, le motif personnel qui nous a amené à choisir et à réfléchir sur le sujet.   

                Pour ce qui est de la motivation scientifique, il convient de noter que les écrits à propos des capitales coloniales ivoiriennes abondent. Toutefois, ceux qui portent sur Yamoussoukro, la seule capitale postcoloniale, sont rares, voire quasi inexistants. Il est évident que de nombreux travaux de recherche se sont intéressés à Yamoussoukro. Cependant, à ce jour, aucun d’entre eux ne traite spécifiquement du transfert de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro. Nous nous sommes donc proposé en pionnier, afin d’entamer une étude qui pourrait par la suite, être approfondie, améliorée et enrichie par d’autres chercheurs. 

               Monsieur le Président, après la justification du sujet, nous abordons le point 2 de notre présentation, relatif à la problématique et aux questions subsidiaires. 

LA PROBLÉMATIQUE ET LES QUESTIONS SUBSIDIAIRES  

                Yamoussoukro, à l’image de nouvelles villes secondaires postindépendances qui éclosent, a bénéficié de l’appui de l’État de Côte d’Ivoire au plan de l’organisation spatiale, administrative, économique et sociale. Dans son envol, Yamoussoukro, à l’image d’Abuja au Nigéria, est érigée en capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire en mars 1983. Toutefois, cette décision demeure hypothétique, théorique, abstraite. Alors, quelles sont les difficultés qui ont plombé le processus de transfert effectif de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro de 1983 à 2019 ? Telle est la question fondamentale autour de laquelle se développe toute la réflexion de notre étude. Des questions subsidiaires soutiennent cette principale question et se déclinent comme suit : 

Quelles sont les insuffisances de la loi portant transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro? 

Quelles sont les crises foncières et politiques qui ont entaché le transfert effectif de la capitale ivoirienne d’Abidjan à Yamoussoukro de 1997 à 2012 ? 

Comment la dissolution du Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY) en janvier 2012, a-t-elle définitivement annihilé le projet de transfert effectif de la capitale politique ivoirienne d’Abidjan à Yamoussoukro ?  

             La réponse à la question principale débouche sur l’objectif général de notre étude, qui est de montrer les difficultés liées au processus de transfert effectif de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro, de 1983 à 2019.   

                  De l’objectif principal, découlent des objectifs spécifiques sous-jacents. Nous en retenons trois :         

    a- Montrer les difficultés politiques et économiques liées à la loi de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, 

      b- Faire ressortir les conflits fonciers entre les villages voisins, engendrés par  la délimitation de la Zone Administrative et Politique (ZAP) d’une superficie de 27.750 hectares,  

      c- Analyser les effets néfastes de la dissolution en 2012, du Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY). 

                 Monsieur le Président du Jury, l’analyse de nos objectifs spécifiques nous conduit à des hypothèses que sont : 

 a- L’absence des Institutions de la République à Yamoussoukro depuis 1983, dénote de l’échec avéré et constaté du processus de transfert effectif de la capitale politique ivoirienne. 

b- La conjoncture économique inattendue des années 1980 en Côte d’Ivoire, est la cause de la suspension du processus du transfert effectif de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro. 

c- Tous les obstacles auxquels est confronté le processus de transfert effectif de la capitale entre 1983 et 2019, pourraient être levés par une bonne dose de volonté politique des pouvoirs publics. 

             Distingué Monsieur le Président, au troisième point de notre adresse, nous allons vous présenter la démarche méthodologique et d’analyse utilisée pour obtenir nos résultats. 

 LA MÉTHODOLOGIE D’ANALYSE ET DE RECHERCHE 

Pour répondre aux préoccupations soulevées par notre problématique, nous avons utilisé deux sources d’informations. Il s’agit notamment des sources écrites et des sources orales. Nous nous sommes également ouvert à d’autres disciplines et, avons alors bénéficié de diverses données statistiques, géographiques, sociologiques et anthropologiques. 

             Au départ, nous avons consulté plusieurs ouvrages et, cet exercice nous a prévenu des difficultés qui nous attendaient. La collecte des informations écrites nous a conduit à l’exploration de plusieurs sources imprimées. Il s’agit singulièrement des revues scientifiques, des articles de journaux, des Décrets et des Lois dans plusieurs numéros du Journal Officiel de la République de Côte d’Ivoire (JORCI). Nous avons également consulté des Mémoires et des Thèses qui évoquent Yamoussoukro dans sa généralité, ou dans des domaines précis, tels le foncier et les infrastructures. 

             Cette première phase a orienté et élargi notre champ de recherche documentaire vers la bibliothèque et la librairie de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix de Yamoussoukro. Nous avons par la suite, visité les Archives Nationales de Côte d’Ivoire, les archives du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et les archives de la Direction Générale de l’Administration du Territoire (DGAT), toutes à Abidjan. 

               Dans le but de compléter les informations recueillies çà et là avec les sources écrites, nous avons fait appel aux sources orales. Ici, nous avons opté pour une méthodologie qui s’opère en trois étapes qui sont : l’enquête préliminaire, l’enquête formelle ou proprement dite et le traitement scientifique des informations recueillies. 

              En somme, les sources orales ont constitué en réalité nos sources primaires et complémentaires aux sources écrites. 

              Monsieur le Président et chers membres du jury, le travail de la recherche chemine toujours avec des difficultés. Nous en évoquons à présent, quelques-unes nous concernant.  

               Au titre des informations écrites, nous avons consulté bon nombres de sources. Toutefois, aucune d’elles n’aborde ou n’examine spécifiquement notre sujet. Nous avons recueilli des informations d’ordre général relatives à Yamoussoukro. Nous nous sommes rendus compte que la problématique du transfert de la capitale à Yamoussoukro n’a jamais fait l’objet de recherche et d’écrit. Dès lors, nous nous sommes rendu compte que notre tâche ne sera pas du tout de tout repos.  

              Pour ce qui concerne les enquêtes, nous avons adressé un courrier au Directeur local de l’agence du Bureau National d’Études Techniques et de Développement (BNETD) de Yamoussoukro, en vue d’avoir accès aux archives de 2000 à 2012. Notre objectif était d’avoir les coûts de réalisation des travaux qui ont eu lieu dans la Zone Administrative et Politique (ZAP) : à savoir, les travaux de terrassement, les travaux de la construction des édifices achevés ou en voie de réalisation… Il nous a suggéré d’adresser notre courrier au Directeur Général du BNETD à Abidjan. Notre courrier et nos nombreux appels téléphoniques de relance sont restés sans suite. 

            Pour ce qui est du Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY), Docteur N’goran Gérard Yobouet, Directeur Exécutif de ladite structure, étant décédé en 2016, aucun ancien agent de la structure, contacté n’a voulu s’ouvrir à nous afin de répondre à nos préoccupations. Des personnes qualifiant notre sujet de politique, ont carrément refusé de nous recevoir et de répondre à nos questions. Pour cette même raison, plusieurs courriers de demande d’audience et des questionnaires n’ont eu aucun écho favorable auprès des destinataires. 

              Monsieur le Président du jury et chers maîtres, ces difficultés, défis, obstacles et autres épreuves, ainsi décrits, ne nous ont nullement empêché d’obtenir les résultats que nous vous présentons à l’étape qui suit. 

            4 – LES RÉSULTATS DE NOS TRAVAUX  

Notre travail est organisé en neuf (09) chapitres regroupés en trois grandes parties : 

Première partie (Chapitres I, II et III)   

            La première partie de notre étude, composée des chapitres I, II et III, met en lumière le paradoxe fondateur de Yamoussoukro, érigée en capitale politique ivoirienne, par la loi 83 – 242 du 21 mars 1983. Ce choix, porté par la seule volonté du Président Félix Houphouët-Boigny, répondait à une vision stratégique de développement équilibré dans un contexte de décentralisation amorcée entre 1978 et 1980, par la création de communes de plein exercice sur l’ensemble du territoire national. Le choix de Yamoussoukro visait à déplacer le centre des décisions au cœur géographique de la Côte d’Ivoire. La cité disposait aussi des atouts exceptionnels, notamment une infrastructure aéroportuaire de rang international depuis 1976, une autonomie énergétique assurée par le barrage de Kossou construit sur le fleuve Bandama entre 1969 et 1972, et un pôle académique d’excellence avec les premières grandes écoles que sont : 

L’Institut National Supérieur de l’Enseignement Technique (INSET), créé en 1975,  

L’École Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA), créée en 1965.  

L’École Nationale Supérieure des Travaux Publics (ENSTP), créée en novembre 1962, 

L’Institut Agricole de Bouaké (IAB), créé dans les années 1960, toutes regroupées au sein de  

l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INP-HB) en 1996 par le Décret n°96 – 678 du 4 septembre 1996, le Lycée Garçons créé en 1975 et devenu des années plus tard, le Lycée scientifique ainsi que d’autres écoles, toutes destinés à former l’élite nationale. 

         Toutefois, cette ambition républicaine s’est rapidement heurtée à des pesanteurs structurelles et économiques majeures. Alors que la Côte d’Ivoire subissait de plein fouet, l’effondrement des cours mondiaux du café et du cacao, le transfert de la capitale à Yamoussoukro fut perçu par une partie de l’opinion nationale comme une œuvre de prestige, réalisée au détriment des urgences sociales. Cette contestation, portée par l’opposition politique naissante et encore clandestine, et par le parlementaire Semi Bi Zan, dénonçait le coût exorbitant du projet dans un contexte d’inflation et de famine. 

         Sur le plan fonctionnel, Yamoussoukro peinait à s’émanciper de son statut de « gros bourg » agricole. L’économie locale, dominée par le travail de la terre et dépourvue de tissu industriel, ainsi que l’absence initiale de l’Administration régalienne, freinaient sa transformation en métropole moderne. De plus, Yamoussoukro demeurait sous l’influence d’une « monarchie urbaine », où l’autorité coutumière Akouê, et le don foncier présidentiel supplantaient les mécanismes classiques de gestion domaniale et fiscale. 

             Entre 1987 et 1997, le projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro fut littéralement asphyxié par l’instabilité politique du pays. L’épuisement de la rente cacaoyère brisa le pacte social houphouëtiste, ouvrant ainsi la voie aux contestations syndicales et au multipartisme. La lutte acharnée pour la succession après 1993, marquée par le concept d’ivoirité et le traumatisme du « boycott actif » de 1995, détournèrent définitivement les ressources et le regard de l’État vis-à-vis du transfert de la capitale. 

             En somme, en dépit des tentatives de relance du processus de transfert de la capitale sous le Président Henri Konan Bédié en 1997, la méfiance persistante entre les blocs politiques constitués du PDCI-RDA, du RDR et du FPI, condamne Yamoussoukro à demeurer une capitale symbolique, riche de ses monuments, mais dépourvue d’une effectivité administrative réelle.  

                Monsieur le Président, à présent la deuxième partie de notre étude. 

                         II.     Deuxième partie (Chapitres IV, V et VI) 

           La deuxième partie de notre étude est composée des chapitres IV, V et VI. 

           Le chapitre IV montre que le transfert de la capitale, relancé par le Décret 97-177 du 19 mars 1997, sous le Président Henri Konan Bédié, s’est rapidement heurté à des conflits fonciers avec les propriétaires terriens, et à une dispersion des ressources financières vers Daoukro, pour la réalisation d’infrastructures d’envergure au détriment de Yamoussoukro. Il évoque également les tensions politiques et sociales qui ont finalement débouché sur le coup d’État militaire du 24 décembre 1999. L’instabilité militaire gela tout projet urbain jusqu’à l’élection du Président Laurent Gbagbo en 2000. 

            Quant au chapitre V, il souligne que le Président Laurent Gbagbo a fait du transfert de la capitale ivoirienne, une priorité nationale. Il créa à juste titre le Programme Spécial de Transfert de la Capitale à Yamoussoukro (PSTCY) en 2002 par le Décret 2002-483 du 30 octobre 2002, tel que modifié et complété par le Décret 2010-46 du 08 avril 2010. Doté d’une structure administrative solide, le PSTCY était chargé de coordonner toutes les opérations et les activités de transfert des Institutions de la République d’Abidjan à Yamoussoukro, ainsi que des mesures d’accompagnement nécessaires. Mais, la rébellion armée du 19 septembre 2002 et la partition du pays qui en résulte, ont détourné les ressources de l’État vers la survie sécuritaire, empêchant la poursuite et la concrétisation du processus de transfert de la capitale. 

        Quant au chapitre VI, il analyse la période 2004-2012. Il ressort de cette analyse que, malgré la crise militaro politique, le Gouvernement a lancé des chantiers ambitieux tels l’Hôtel Parlementaire et les futurs Palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée Nationale. Toutefois, le manque de financement, les blocages fonciers et la crise postélectorale d’octobre 2010 à avril 2011, entrainent l’arrêt brutal des travaux et la dissolution du PSTCY. Dès lors, nous assistons à l’échec d’une ambition bâtisseuse confrontée malheureusement aux réalités sociopolitiques du pays. 

          Monsieur le Président, ce constat d’échec nous conduit à la troisième et dernière étape de notre parcours, à savoir la troisième partie 

                III. Troisième partie (Chapitres VII, VIII et IX)  

            La troisième et dernière partie de notre étude comprend les chapitres VII, VIII et IX. Elle met en lumière le tournant décisif du projet de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro. Le chapitre VII souligne l’abandon de Yamoussoukro par le régime RHDP, en dépit des nombreuses promesses et engagements électoraux de 2010 et de 2015. La dissolution du PSTCY en janvier 2012, par le Décret 2012- 02 du 9 janvier 2012, consacre définitivement la résignation (abandon) du projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro, et le plonge dans un oubli profond voire définitif. Cet arrêt brutal des travaux, transforma les chantiers en friches industrielles et provoqua un désordre urbain, avec des lotissements privés illégaux sur des terrains initialement réservés aux Institutions de la République à transférer. 

            Le chapitre VIII révèle une crise foncière profonde. En effet, les réserves administratives sont détournées pour des usages agricoles ou des constructions illégales, détruisant ainsi l’harmonie du Plan Urbain Directeur (PUD) de la ville. Les conflits entre villages hôtes et déplacés se sont aussi intensifiés. C’est le cas entre N’gokro et Kpangbassou, N’zéré et Allangoua et M’gbèssou.  

             Le chapitre IX, dernier de notre étude, décrit le déclin matériel et symbolique de Yamoussoukro, qualifiée de « capitale en déconstruction ». En effet, les infrastructures emblématiques telles le Lycée scientifique, l’Hôtel Président, la Maison du Parti et les larges et majestueuses boulevards et rues, tombent en ruine. Le célèbre et mythique lac aux caïmans devient lui aussi insalubre, totalement envahi par des plantes aquatiques appelées les jacinthes d’eau. Les gigantesques chantiers des Palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée Nationale, brutalement abandonnés, sont jugés techniquement non réhabilitables par les experts. Par contraste, Abidjan bénéficie depuis 2012 d’investissements massifs, au détriment de Yamoussoukro et de son processus de transfert de la capitale. Ce sont deux mille cinq cent quatre-vingt-sept milliards quarante-trois millions (2.587.043.000.000 FCFA) d’investissements qui ont été faits de 2014 à 2019. Ces investissements concernent : 

2014, le Pont Henri Konan Bédié, à 152.000.000.000 FCFA 

2017, le Nouveau Palais de la Présidence de la République au Plateau, à 40.000.000.000 FCFA 

2018, le 4ème Pont d’Abidjan, à 105.000.000.000 FCFA 

Entre 2018 et 2023, les études de faisabilité et de modernisation du réseau ferroviaire  

d’Abidjan, à 1.166.043.000.000 FCFA 

2019, la Rocade Y4 ou Voie de contournement du Grand Abidjan, à 74.000.000.000 FCFA 

2019, la modernisation du Port Autonome d’Abidjan, à 800.000.000.000 FCFA 

2019 à 2021, les études préalables et la construction de la Tour F, à 250.000.000.000 FCFA. 

               Cette partie de l’étude démontre que le transfert de la capitale est devenu un simple instrument de rhétorique électorale, sans une réelle volonté politique. Yamoussoukro apparaît aujourd’hui comme « une capitale théorique », abandonnée au profit d’Abidjan, et minée par des crises foncières, sociales et institutionnelles, qui rendent le projet de transfert de la capitale irréalisable. 

               En définitive, Monsieur le Président et chers éminents membres du jury, notre étude montre que le transfert de la capitale politique ivoirienne à Yamoussoukro, formalisé par la loi 83-242 du 21 mars 1983, n’a jamais été concrétisé.  

               Sous le Président Félix Houphouët-Boigny, la priorité a été donné aux symboles religieux plutôt qu’aux structures administratives.  

              Sous le Président Henri Konan Bédié, les ressources ont été détournées vers Daoukro, accentuant le déclin de Yamoussoukro.  

              Sous le régime des Refondateurs, le Président Laurent Gbagbo, en dépit de son opposition initiale au projet, a lancé les chantiers les plus ambitieux. Toutefois, ces grands chantiers furent stoppés par les crises militaro-politiques. 

            Avec le Président Alassane Ouattara et le régime RHDP, le projet de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, est définitivement abandonné depuis 2012, avec la dissolution du PSTCY et la concentration des investissement d’envergure à Abidjan. 

           Pour nous, cet abandon représente un gâchis financier majeur et révèle des contraintes géopolitiques qui empêchent l’État de s’affranchir de l’influence d’Abidjan. Pour l’instant, Yamoussoukro demeure une capitale constitutionnelle « fantôme », privée de réalité administrative et victime des alternances politiques et des choix stratégiques qui renforcent la centralisation du pouvoir à Abidjan. 

          Monsieur le Président et chers éminents membres du jury, nous sommes au terme de notre présentation. Nous vous remercions de votre aimable attention.  

          À présent, nous nous tenons à votre entière écoute, afin de noter avec la plus grande attention et le plus grand intérêtvos observations, critiques et corrections les plus avisées, dans le but de corriger, d’enrichir et de parfaire nos travaux.  

         Merci Monsieur le Président ! 

KOUADIO KOUAMÉ RAPHAËL DÉFEND SES TRAVAUX SUR LE TRANSFERT DE LA CAPITALE À YAMOUSSOUKRO

Le philosophe cartésien considère que le doute déclenche une forme de connaissance et permet de rejeter tout ce qui n’est pas totalement certain afin de bâtir un savoir solide.

Ainsi, Monsieur le Président, vous nous avez permis d’améliorer la qualité de notre travail. Merci à vous de nous avoir positivement fait douter.

À mon directeur de thèse, le professeur Jean-Michel Lattès, cher père, je voudrais simplement vous dire merci pour tous vos conseils avisés, vos encouragements et votre disponibilité légendaire. Nous nous rappelons encore que vous étiez toujours prompt à signer nos documents partout où nous vous trouvions. Merci, cher papa.

À mon directeur de mémoire, le professeur Prédomin, après la soutenance de notre mémoire consacré au transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro, « les raisons d’un tâtonnement de 1983 à 2012 », vous nous avez conseillé et encouragé à nous inscrire en thèse afin de creuser davantage le sujet du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro. Merci, cher maître, pour tous vos conseils, observations et directives.

Merci à vous, professeur Bamba, pour vos encouragements, vos conseils et vos actions discrètes, mais ô combien efficaces.

Merci au professeur Gourmand Jean, du Cameroun. Vos critiques, observations et consignes nous ont éclairé, orienté et permis d’avancer avec plus d’aisance dans la rédaction de notre thèse. Merci infiniment, cher maître.

Merci à vous, docteur Kouadio Guadeloupe Didier, pour votre encadrement, votre coaching, votre fraternité et votre rigueur dont je bénéficie depuis le master.

Merci à vous, chers autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières, avec à votre tête le docteur Augustin Thiam, ministre-gouverneur du District autonome de Yamoussoukro, mon très cher patron, pour votre présence distinguée.

Merci également à vous, chers parents, amis, connaissances et invités, pour votre présence.

Permettez-moi, Monsieur le Président, de remercier publiquement ma famille pour les sacrifices de toute nature consentis tout au long de ces années d’études universitaires, qui connaissent aujourd’hui une étape particulièrement importante.

Ceci étant, le sujet qui nous rassemble ici est la soutenance de notre thèse de doctorat portant sur « La problématique du transfert de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro de 1983 à 2019 ».

Monsieur le Président, notre plan de présentation se décline en quatre points : la justification du sujet ; la problématique et les questions subsidiaires ; la méthodologie d’analyse et de recherche ; et enfin les résultats de nos travaux.

Justification du sujet

Deux types de motivations ont guidé le choix de notre sujet : la motivation personnelle et la motivation scientifique.

La motivation personnelle est née à la suite d’un certain nombre de constats. En effet, du 10 mars 1893 au 7 août 1960, les différentes mutations de la capitale de la Côte d’Ivoire ont été opérées à la seule initiative de la France, par la France et pour les intérêts de la France.

La seule et unique loi portant changement de capitale dans la Côte d’Ivoire indépendante est la loi n° 83-242 du 21 mars 1983 portant transfert de la capitale de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro.

De 1983 à 2019, cela fait 36 ans que Yamoussoukro demeure une capitale certes constitutionnelle, formelle et légale, mais sans véritable fonction de capitale.

Ainsi, malgré l’adhésion de tous à la décision du président Félix Houphouët-Boigny de transférer la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, nous constatons, avec un véritable sentiment de déception, que la mise en œuvre effective de ladite décision tarde à prendre forme sous les différents régimes politiques qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1983. Les activités administratives continuent de se dérouler principalement à Abidjan, au grand étonnement des Ivoiriens en général et des populations de Yamoussoukro en particulier.

Voilà, Monsieur le Président, le motif personnel qui nous a amené à choisir ce sujet et à réfléchir sur cette problématique.

Pour ce qui est de la motivation scientifique, il convient de noter que les écrits consacrés aux capitales coloniales ivoiriennes sont abondants. Toutefois, ceux qui portent sur Yamoussoukro, seule capitale postcoloniale du pays, sont rares, voire quasi inexistants.

Il est évident que de nombreux travaux de recherche se sont intéressés à Yamoussoukro. Cependant, à ce jour, aucun ne traite spécifiquement du transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro.

Nous nous sommes donc proposés, en pionniers, d’entamer une étude qui pourrait, par la suite, être approfondie, améliorée et enrichie par d’autres chercheurs.

Problématique et questions subsidiaires

Monsieur le Président, après la justification de notre sujet, nous abordons le deuxième point de notre présentation, relatif à la problématique et aux questions subsidiaires.

Yamoussoukro, à l’image de plusieurs nouvelles villes secondaires postindépendance, a bénéficié de la politique d’aménagement de l’État de Côte d’Ivoire sur les plans spatial, administratif, économique et social.

Érigée en capitale de la Côte d’Ivoire en mars 1983, cette décision demeure toutefois hypothétique, théorique et abstraite.

Dès lors, quelles sont les difficultés qui ont plombé le processus de transfert effectif de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro de 1983 à 2019 ?

Telle est la question fondamentale autour de laquelle se développe toute la réflexion de notre étude.

Des questions subsidiaires soutiennent cette interrogation principale :

Quelles sont les insuffisances de la loi portant transfert de la capitale de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro ?

Quelles sont les crises foncières et politiques qui ont entaché le transfert effectif de la capitale ivoirienne d’Abidjan à Yamoussoukro de 1997 à 2012 ?

Comment la dissolution du Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro, en janvier 2012, a-t-elle définitivement compromis le projet de transfert effectif de la capitale d’Abidjan à Yamoussoukro ?

La réponse à la question principale débouche sur l’objectif général de notre étude, qui est de montrer les difficultés liées au processus de transfert effectif de la capitale de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro de 1983 à 2019.

De cet objectif principal découlent trois objectifs spécifiques :

Montrer les difficultés politiques et économiques liées à la loi portant transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro ;

Faire ressortir les conflits fonciers entre les villages voisins engendrés par la délimitation de la zone administrative et politique d’une superficie de 27 750 hectares ;

Analyser les effets néfastes de la dissolution, en 2012, du Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro.

L’analyse de nos objectifs spécifiques nous conduit à formuler trois hypothèses :

L’absence des institutions de la République à Yamoussoukro depuis 1983 est à l’origine de l’échec avéré du processus de transfert effectif de la capitale ivoirienne ;

La conjoncture économique inattendue des années 1980 en Côte d’Ivoire est à l’origine de la suspension du processus de transfert effectif de la capitale à Yamoussoukro ;

Tous les obstacles auxquels est confronté le processus de transfert effectif de la capitale entre 1983 et 2019 pourraient être levés par une bonne dose de volonté politique des pouvoirs publics

Démarche méthodologique

Monsieur le Président,

Au troisième point de notre présentation, nous allons vous exposer la démarche méthodologique et d’analyse utilisée pour obtenir nos résultats et répondre aux préoccupations soulevées par notre problématique.

Nous avons utilisé deux principales sources d’information : les sources écrites et les sources orales. Nous nous sommes également ouverts à d’autres disciplines afin de bénéficier de diverses données statistiques, géographiques, sociologiques et anthropologiques.

Au départ, nous avons consulté plusieurs ouvrages. Cet exercice nous a permis de prendre la mesure des difficultés qui nous attendaient.

La collecte des informations écrites nous a conduits à l’exploration de plusieurs sources imprimées, notamment des revues scientifiques, des articles de journaux, des décrets et des lois publiés dans plusieurs numéros du Journal officiel de la République de Côte d’Ivoire.

Nous avons également consulté des mémoires et des thèses évoquant Yamoussoukro dans sa généralité ou dans des domaines précis, notamment le foncier et les infrastructures.

Cette première phase a orienté notre recherche documentaire vers la bibliothèque et la librairie de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro.

Nous avons ensuite visité les Archives nationales de Côte d’Ivoire, les archives du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité ainsi que les archives de la Direction générale de l’administration du territoire, toutes situées à Abidjan, dans le but de compléter les informations recueillies à travers les sources écrites.

Nous avons également fait appel aux sources orales. Pour cela, nous avons adopté une méthodologie articulée autour de trois étapes : l’enquête préliminaire, l’enquête formelle ou proprement dite, puis le traitement scientifique des informations recueillies.

En somme, les sources orales ont constitué nos sources primaires et complémentaires aux sources écrites.


Difficultés rencontrées

Monsieur le Président, chers membres du jury,

Tout travail de recherche scientifique est toujours confronté à des difficultés. Permettez-nous d’en évoquer quelques-unes.

En ce qui concerne les sources écrites, nous avons consulté bon nombre de documents. Toutefois, aucune de ces sources n’aborde ou n’examine spécifiquement notre sujet.

Nous avons recueilli des informations d’ordre général et nous nous sommes rendu compte que la problématique du transfert de la capitale à Yamoussoukro n’avait jamais fait l’objet d’une recherche historique spécifique.

Dès lors, nous avons compris que notre tâche ne serait pas de tout repos.

Pour ce qui concerne les enquêtes, nous avons adressé plusieurs demandes d’audience. À titre d’exemple, un courrier a été adressé au directeur local de l’Agence du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) de Yamoussoukro, en vue d’avoir accès aux archives couvrant la période de 2000 à 2012.

Notre objectif était d’obtenir des informations sur les coûts de réalisation des travaux effectués dans la zone administrative et politique, notamment les travaux de terrassement et de construction des édifices achevés ou en cours de réalisation.

Il nous a été suggéré d’adresser notre courrier au directeur général du BNETD à Abidjan. Notre courrier et nos nombreux appels téléphoniques sont, comme dans plusieurs autres cas, restés sans suite.

S’agissant du Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro, le docteur Laurent Géraud Yopougon, ancien responsable de la structure, étant décédé en 2016, nous adressons une pensée à sa mémoire. D’autres anciens agents contactés n’ont pas souhaité s’ouvrir à nous afin de répondre à nos préoccupations.

Certaines personnes, qualifiant notre sujet de politique, ont carrément refusé de nous recevoir et de répondre à nos questions. Pour cette même raison, plusieurs courriers de demande d’audience et questionnaires sont restés sans réponse favorable auprès de leurs destinataires.

Monsieur le Président, malgré ces difficultés, ces défis, ces obstacles et ces épreuves, nous avons persévéré afin d’obtenir les résultats que nous vous présentons à présent.

Résultats de nos travaux

Monsieur le Président,

Notre travail est organisé en neuf chapitres regroupés en trois grandes parties.

La première partie de notre étude, composée des chapitres 1, 2 et 3, met en lumière le paradoxe fondateur de Yamoussoukro, érigée en capitale par la loi n° 83-242 du 21 mars 1983.

Ce choix, porté par la volonté du président Félix Houphouët-Boigny, répondait à une vision stratégique de développement équilibré, dans un contexte de décentralisation amorcée entre 1978 et 1980 par la création de communes de plein exercice sur l’ensemble du territoire national.

Le choix de Yamoussoukro visait à déplacer le centre des décisions au cœur géographique de la Côte d’Ivoire.

La cité disposait également d’atouts exceptionnels, notamment une infrastructure aéroportuaire de rang international depuis 1976, une autonomie énergétique assurée par le barrage de Kossou, construit sur le fleuve Bandama entre 1969 et 1972, ainsi qu’un pôle académique d’excellence avec les premières grandes écoles publiques, qui seront toutes regroupées au sein de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB).

Le lycée de garçons, créé en 1975 et devenu plus tard le lycée scientifique, ainsi que d’autres établissements scolaires, étaient destinés à former l’élite nationale.

Toutefois, cette ambition républicaine s’est rapidement heurtée à de lourdes contraintes structurelles et économiques.

Alors que la Côte d’Ivoire subissait de plein fouet l’effondrement des cours mondiaux du café et du cacao, le transfert de la capitale à Yamoussoukro était perçu par une partie de l’opinion nationale comme une œuvre de prestige réalisée au détriment des urgences sociales.

Cette contestation, alimentée par l’opposition politique naissante et encore clandestine, dénonçait le coût exorbitant du projet dans un contexte d’inflation et de difficultés économiques.

Sur le plan fonctionnel, Yamoussoukro peinait à s’émanciper de son statut de gros bourg agricole. Son économie locale, dominée par le travail de la terre et dépourvue d’un véritable tissu industriel, ainsi que l’absence initiale d’administrations régaliennes, freinaient sa transformation en métropole moderne.

De plus, Yamoussoukro demeurait sous l’influence d’une autorité coutumière et d’un système foncier particulier, marqué notamment par le poids du foncier présidentiel, ce qui compliquait les mécanismes classiques de gestion domaniale et fiscale.

Entre 1987 et 1997, le projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro a été fortement affecté par l’instabilité politique du pays et l’épuisement de la rente cacaoyère.

La succession politique après 1993, marquée par le concept d’ivoirité et le traumatisme du coup d’État manqué de 1995, a progressivement détourné les ressources et l’attention de l’État du projet de transfert de la capitale.

En dépit des tentatives de relance du processus sous le président Henri Konan Bédié en 1997, la méfiance persistante entre les différents blocs politiques, notamment le PDCI-RDA, le RDR et le FPI, a condamné Yamoussoukro à demeurer une capitale symbolique, riche de ses monuments, mais dépourvue d’une véritable effectivité administrative.

La deuxième partie de notre étude est composée des chapitres 4, 5 et 6.

Le chapitre 4 montre que le projet de transfert de la capitale, relancé sous le président Henri Konan Bédié, s’est rapidement heurté à des conflits fonciers avec les propriétaires terriens et à une dispersion des ressources financières vers Daoukro pour la réalisation d’infrastructures d’envergure, au détriment de Yamoussoukro.

Il évoque également les tensions politiques et sociales qui ont finalement débouché sur le coup d’État militaire du 24 décembre 1999.

Le chapitre 5 souligne que le président Laurent Gbagbo a fait du transfert de la capitale ivoirienne une priorité nationale. Il a créé, en 2002, le Programme spécial du transfert de la capitale à Yamoussoukro.

Ce programme était chargé de coordonner toutes les opérations et activités liées au transfert des institutions de la République à Yamoussoukro, ainsi que les mesures d’accompagnement nécessaires.

Toutefois, la rébellion armée du 19 septembre 2002 et la partition du pays qui en a résulté ont détourné les ressources de l’État vers les impératifs sécuritaires, compromettant ainsi la poursuite et la concrétisation du processus de transfert de la capitale.

Quant au chapitre 6, il analyse la période allant de 2004 à 2012.

Il ressort de cette analyse que, malgré la crise militaro-politique, le gouvernement a lancé des chantiers ambitieux, tels que l’hôtel parlementaire ou hôtel des députés, ainsi que les futurs palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale.

Toutefois, le manque de financement, les blocages fonciers et la crise postélectorale d’octobre 2010 à avril 2011 ont entraîné l’arrêt brutal des travaux et la dissolution du Programme spécial du transfert de la capitale.

Dès lors, nous assistons à l’échec d’une ambition bâtisseuse confrontée à la réalité sociopolitique du pays.

Ce constat d’échec nous conduit à la troisième et dernière partie de notre étude.

La troisième partie montre que l’arrêt brutal des travaux a plongé le projet dans un oubli profond, voire définitif.

Cet arrêt a transformé certains chantiers en friches et provoqué un désordre urbain, avec l’apparition de lotissements privés illégaux sur des terrains initialement réservés aux institutions de la République.

Le chapitre 8 révèle une crise foncière profonde.

En effet, des réserves administratives ont été détournées pour des usages agricoles et des constructions illégales, détruisant ainsi l’harmonie du plan urbain directeur de la ville.

Les conflits entre villages autochtones et populations déplacées se sont également intensifiés.

Le chapitre 9, dernier de notre étude, décrit le déclin matériel et symbolique de Yamoussoukro, qualifiée de « capitale en déconstruction ».

En effet, des infrastructures emblématiques telles que le lycée scientifique, l’hôtel Président, la Maison du Parti, ainsi que les larges et majestueux boulevards de la ville, ont connu une dégradation progressive.

Le célèbre lac aux Caïmans est lui aussi devenu insalubre, totalement envahi par des plantes aquatiques.

Les gigantesques chantiers des palais de la Présidence de la République et de l’Assemblée nationale, brutalement abandonnés, ont été jugés, après plus d’une décennie, techniquement réhabilitables par des experts.

Par contraste, Abidjan bénéficie depuis 2012 d’investissements massifs au détriment de Yamoussoukro. Ce sont 2 587 milliards 43 millions de francs CFA d’investissements qui auraient été enregistrés à Abidjan entre 2004 et 2019.

Cette partie de l’étude démontre que le transfert de la capitale à Yamoussoukro est devenu un simple instrument de rhétorique électorale, sans réelle volonté politique.

Yamoussoukro apparaît aujourd’hui comme une capitale théorique, abandonnée au profit d’Abidjan et minée par des crises foncières, sociales et institutionnelles qui rendent le projet de transfert difficilement réalisable.

Conclusion

Monsieur le Président, chers éminents membres du jury,

Notre étude montre que le transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro, formalisé en 1983, n’a jamais été concrétisé.

Sous le président Félix Houphouët-Boigny, la priorité a été davantage accordée aux symboles religieux qu’à la construction d’une véritable administration centrale.

Entre 1983 et 1993, aucun décret d’application de la loi n° 83-242 du 21 mars 1983 portant transfert de la capitale n’a été pris.

Sous le président Henri Konan Bédié, les ressources ont été, selon notre analyse, orientées vers Daoukro, accentuant le déclin de Yamoussoukro.

Sous le régime du président Laurent Gbagbo, malgré une opposition initiale au projet, des chantiers ambitieux ont été lancés. Toutefois, ces grands travaux ont été stoppés par les crises militaro-politiques.

Avec le président Alassane Ouattara, le projet de transfert de la capitale ivoirienne à Yamoussoukro a été, selon notre analyse, définitivement abandonné depuis 2012, avec la dissolution du Programme spécial du transfert de la capitale et la concentration d’investissements d’envergure à Abidjan.

Pour nous, cet abandon représente un gâchis financier majeur et révèle des contraintes géopolitiques qui empêchent l’État de s’affranchir de l’influence d’Abidjan.

Pour l’instant, Yamoussoukro demeure une capitale constitutionnelle, privée d’une véritable réalité administrative et victime des alternances politiques et des choix stratégiques qui renforcent la centralisation du pouvoir à Abidjan.

Monsieur le Président, chers éminents membres du jury,

Nous sommes au terme de notre présentation.

Nous vous remercions de votre aimable attention.

À présent, nous nous tenons à votre entière disposition pour écouter avec la plus grande attention et le plus grand intérêt vos observations, critiques et corrections avisées, dans le but de corriger, d’enrichir et de parfaire nos travaux.

Merci, Monsieur le Président.

Raphaël Kouadio

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Yamoussoukro: le District autonome intensifie ses actions en faveur de l’emploi des jeunes, de l’autonomisation des femmes et du développement local durable

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Sous Augustin Thiam, plus de 5 000 jeunes reprennent espoir grâce aux projets d’insertion

À Yamoussoukro, la lutte contre le chômage des jeunes n’est plus seulement un discours institutionnel. Elle se traduit désormais par des actions concrètes, visibles sur le terrain et perceptibles dans plusieurs villages de la capitale politique ivoirienne.

Les 13 et 14 mai 2026, la Direction de l’Agriculture et du Développement Rural (DADR) et la Cellule Projet du District Autonome de Yamoussoukro ont effectué une mission de terrain dans plusieurs localités afin de présenter les résultats des programmes d’insertion socio-professionnelle engagés sous la gouvernance du Ministre, Gouverneur Augustin Thiam.

Conduite par Jean-Pierre Assoumou, Directeur de la DADR et Coordonnateur Général de la Cellule Projet, cette mission avait pour objectif de mettre en lumière les acquis des programmes PEJEDEC et C2D Emploi Jeunes, devenus aujourd’hui de véritables instruments de transformation sociale dans le District.


Une politique sociale portée par la vision du Ministre, Gouverneur

Depuis plusieurs années, le Ministre, Gouverneur Augustin Thiam a placé la jeunesse au cœur de la stratégie de développement du District autonome de Yamoussoukro. Face à la montée du chômage et de la précarité chez les jeunes, le District a choisi de miser sur la formation, l’entrepreneuriat et l’accompagnement économique.

Cette politique s’appuie notamment sur le Projet Emploi Jeunes et Développement des Compétences (PEJEDEC), financé avec l’appui de la Banque mondiale, ainsi que sur le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) Emploi Jeunes, soutenu par l’État de Côte d’Ivoire et plusieurs partenaires techniques et financiers


Plus de 5 000 jeunes déjà insérés dans le tissu économique

Les chiffres présentés par la Cellule Projet traduisent l’ampleur des actions entreprises.

Depuis le démarrage des programmes PEJEDEC et C2D Emploi Jeunes, ce sont plus de 5 231 jeunes qui ont été formés et insérés dans le tissu socio-économique du District autonome de Yamoussoukro. Une performance saluée par les partenaires et les autorités administratives.

Selon Jean-Pierre Assoumou, les femmes représentent près de 68 % des bénéficiaires, preuve de la volonté du District de promouvoir l’inclusion sociale et l’autonomisation économique féminine.

Il souligne que l’objectif du programme est de permettre aux jeunes de devenir autonomes et acteurs du développement local. Aujourd’hui, l’action du District s’inscrit dans une dynamique durable d’insertion et d’accompagnement.


Le Centre de formation Moyé, symbole de la nouvelle dynamique

Parmi les acquis majeurs mis en avant au cours de cette mission figure le Centre de formation Moyé, situé dans un village périphérique de Yamoussoukro.

Ce centre, présenté comme un véritable incubateur de compétences, assure des formations pratiques dans plusieurs filières agricoles, artisanales et entrepreneuriales adaptées aux réalités économiques locales.

Selon le coordonnateur général du projet, la première cohorte de jeunes formés au Centre Moyé est aujourd’hui installée à 100 %.

Tous les jeunes de la première cohorte ont été installés, ce qui démontre que les formations débouchent effectivement sur des activités réelles et productives.

Une deuxième cohorte de 40 apprenants poursuit actuellement sa formation au sein du centre.


Agriculture, artisanat et entrepreneuriat au cœur des formations

Le District autonome de Yamoussoukro forme et accompagne les jeunes dans plusieurs secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire, les métiers de l’artisanat, la coiffure, la couture, la pâtisserie, le commerce, ainsi que dans des activités innovantes comme la production de compost et la confection de briques en terre stabilisée.

Au-delà des formations, plusieurs bénéficiaires reçoivent également des financements directs pour développer leurs activités génératrices de revenus.


Un fonds de garantie pour lever les obstacles au financement

L’une des innovations majeures du District reste la mise en place d’un fonds de garantie de 150 millions de francs CFA auprès d’une institution de microfinance afin de faciliter l’accès des jeunes entrepreneurs au crédit.

À cela s’ajoute un fonds annuel d’environ 30 millions FCFA destiné au suivi et à l’accompagnement des bénéficiaires.

Cette initiative répond à l’une des principales difficultés rencontrées par les jeunes porteurs de projets, notamment dans le secteur agricole où les établissements financiers restent souvent prudents face aux risques liés aux investissements.


Une vision axée sur l’avenir de la jeunesse

Engagé depuis plusieurs années dans les politiques de promotion de l’emploi jeune, le Ministre, Gouverneur Augustin Thiam insiste régulièrement sur la nécessité d’accompagner durablement la jeunesse ivoirienne à travers des programmes structurants de formation, d’insertion et de financement.

Le District autonome de Yamoussoukro entend ainsi poursuivre ses efforts afin d’offrir davantage d’opportunités économiques aux jeunes et renforcer le développement local.


Une gouvernance de proximité saluée par les populations

Sur le terrain, plusieurs bénéficiaires rencontrés lors de la mission des 13 et 14 mai témoignent aujourd’hui d’une amélioration de leurs conditions de vie grâce aux projets du District.

Dans plusieurs villages de Yamoussoukro, des jeunes autrefois sans activité exercent désormais dans l’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire ou les métiers de service.

Cette approche de proximité, associée à l’accompagnement technique et financier, contribue progressivement à réduire la précarité et à renforcer la cohésion sociale dans le District autonome de Yamoussoukro.


À travers les programmes PEJEDEC, C2D Emploi Jeunes et le Centre de formation Moyé , le District Autonome de Yamoussoukro confirme sa volonté de faire de l’emploi des jeunes un levier majeur du développement local.

Sous l’impulsion de Thiam Augustin, des milliers de jeunes et de femmes bénéficient aujourd’hui de formations qualifiantes, de financements et d’opportunités concrètes d’insertion.

Au-delà des chiffres, ces actions traduisent surtout une ambition claire, celle de bâtir une jeunesse autonome, productive et capable de participer activement à la transformation économique et sociale de Yamoussoukro.

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Chronique / Un homme, de multiples fonctions : la gouvernance ivoirienne sous les projecteurs

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La concentration de multiples postes politiques et économiques entre les mains d’une seule personne est un phénomène qui soulève des questions fondamentales sur la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire. À l’heure où la transparence et la responsabilité des dirigeants sont des enjeux cruciaux, l’exemple de la Côte d’Ivoire où une seule personne cumule les postes de Ministre-président de conseil régional, député-maire, ou sénateur et dirigeant d’une entreprise publique, suscite un débat passionné.

Examinons en profondeur les implications de ces cumuls de postes sur la gouvernance ivoirienne, en nous demandant s’il est possible de parler de bonne gouvernance malgré ces arrangements, surtout à la lumière des exigences de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance en matière de déclaration de biens.

La concentration des pouvoirs

La concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne est un phénomène qui soulève des questions fondamentales sur la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire. L’exemple d’un individu occupant simultanément les postes de Ministre-président de conseil régional, député-maire, député, maire, et dirigeant d’une entreprise publique suscite des débats. Cette situation soulève des inquiétudes quant à la séparation des pouvoirs, à la reddition de comptes et à la capacité du système à fonctionner de manière démocratique et transparente.

La bonne gouvernance repose sur des principes fondamentaux tels que la transparence, la responsabilité, la participation citoyenne et l’État de droit. Les cumuls de postes peuvent être perçus comme un obstacle à la réalisation de ces objectifs. La capacité des citoyens à participer pleinement à la gouvernance locale et nationale, par le biais de représentants diversifiés et dûment responsables, est compromise lorsque plusieurs fonctions clés sont exercées par une seule personne. De plus, la transparence et la responsabilité des décideurs sont mises à l’épreuve lorsque des conflits d’intérêts potentiels sont présents en raison de ces cumuls de postes.

La Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance( HABG) exige des dirigeants, la déclaration de leurs biens afin de prévenir la corruption, les abus de pouvoir et les conflits d’intérêts. Bien que cette mesure constitue un pas dans la bonne direction, elle soulève la question de savoir si elle est suffisante pour garantir la transparence et la responsabilité dans un contexte de cumul de postes. La déclaration de biens peut fournir une certaine visibilité sur le patrimoine des dirigeants, mais elle ne garantit pas la prévention des conflits d’intérêts inhérents aux cumuls de postes.

Pour assurer une gouvernance efficace et éthique, il est nécessaire de garantir une séparation claire des rôles au sein des institutions publiques et des entreprises d’État. Le cumul de postes peut compromettre cette séparation en confondant les intérêts publics et privés, et en créant des situations où des décisions prises dans un domaine peuvent influencer de manière inappropriée un autre domaine. La bonne gouvernance exige une répartition adéquate des responsabilités et des contre-pouvoirs pour éviter les abus et favoriser une prise de décision équilibrée et éclairée.

Au-delà des questions politiques et de gouvernance, les cumuls de postes peuvent également avoir un impact sur le développement économique. En tant que dirigeant d’une entreprise publique, l’individu en question pourrait être en mesure d’influencer les politiques et les ressources publiques de manière à favoriser ses propres intérêts

Les enjeux de la bonne gouvernance

Les enjeux de la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire sont d’une importance cruciale pour le développement socio-économique et politique du pays. La transparence, la responsabilité, la participation citoyenne, l’État de droit et la séparation des pouvoirs sont des éléments essentiels pour assurer un fonctionnement efficace des institutions publiques, prévenir la corruption, favoriser le développement économique durable et protéger les droits fondamentaux des citoyens.

La transparence est un élément clé de la bonne gouvernance. Les citoyens doivent avoir accès à l’information sur les décisions prises par les autorités publiques, ainsi que sur l’utilisation des ressources publiques. Une transparence accrue favorise la confiance des citoyens dans leurs institutions et permet un contrôle démocratique sur l’action publique. En Côte d’Ivoire, la transparence revêt une importance particulière pour consolider la stabilité politique et sociale après des années de troubles et de conflits.

La responsabilité des dirigeants est un autre enjeu majeur. Les représentants élus et les fonctionnaires doivent être tenus responsables de leurs actions et de l’utilisation des ressources publiques. Cela implique la reddition de comptes devant les citoyens, les médias et les institutions de contrôle, ainsi que des mécanismes efficaces pour sanctionner les abus de pouvoir et la corruption. Une culture de responsabilité renforce la légitimité des institutions et favorise un climat de confiance entre le gouvernement et la population.

La participation citoyenne est également un aspect essentiel de la bonne gouvernance. Les citoyens doivent pouvoir participer activement à la prise de décision politique, que ce soit par le biais d’élections libres et équitables, de consultations publiques ou de mécanismes de démocratie participative. En favorisant la participation des citoyens, la gouvernance devient plus représentative et répond davantage aux besoins et aux préoccupations de la population.

L’État de droit est un pilier fondamental sur lequel repose la bonne gouvernance. Cela implique que les lois s’appliquent de manière égale à tous les citoyens, y compris les dirigeants politiques et économiques, et que les institutions judiciaires sont indépendantes et impartiales. En assurant l’État de droit, la gouvernance renforce la confiance dans le système judiciaire et garantit la protection des droits individuels.

Enfin, la séparation des pouvoirs est un principe clé pour éviter les abus de pouvoir et garantir un équilibre entre les différentes branches du gouvernement. En assurant que le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire fonctionnent de manière indépendante, la gouvernance se prémunit contre la concentration excessive de pouvoirs entre les mains d’une seule entité ou personne.

Exigences de transparence et déclaration de biens

Dans les méandres de la politique ivoirienne, un homme se trouve au cœur de multiples fonctions, jonglant habilement entre les responsabilités de la gouvernance. La scène est éclairée, les projecteurs se braquent sur la quête de transparence et la déclaration de biens, une exigence légitime dans un pays en quête de stabilité et de progrès.

La Haute Autorité de la Bonne Gouvernance (HABG), telle une sentinelle vigilante, s’est donnée pour mission de veiller à la bonne conduite des affaires politiques et économiques en Côte d’Ivoire. Armée de sa lance de transparence et de son bouclier anti-corruption, elle exige des dirigeants politiques et des têtes des entreprises publiques de dévoiler l’étendue de leurs richesses, comme si elles étaient des stars de cinéma devant un public avide de connaître les dessous de leur succès.

Pourtant, dans ce théâtre politique, certains acteurs se sont transformés en maîtres de l’art de l’esquive. Tel des ninjas de la bureaucratie, ils font preuve d’une agilité remarquable pour échapper aux exigences de la HABG. Leur résistance face à la transparence ressemble à un jeu de cache-cache digne des plus grandes cours de récréation.

Mais comment peut-on résister à la lumière éblouissante de la transparence ? Il est difficile de dissimuler ses cartes quand le jeu se déroule sous les feux des projecteurs. Pourtant, ces maîtres de l’esquive semblent croire qu’ils peuvent se fondre dans l’ombre des non-dits, comme des caméléons politiques, changeant de couleur au gré des enjeux.

La comédie de la résistance à la transparence est jouée sur une scène où les rires se mêlent aux soupirs. Mais au-delà de l’humour, c’est la crédibilité de la gouvernance ivoirienne qui est en jeu. La transparence n’est pas un caprice, mais une nécessité pour asseoir la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. Il est grand temps que les acteurs politiques et économiques comprennent que la bonne gouvernance n’est pas une pièce de théâtre, mais un pilier essentiel du développement durable.

Alors que la saga de la transparence se poursuit, les projecteurs restent braqués sur ces acteurs aux multiples fonctions. Le public, avide de vérité, attend de voir comment cette pièce se terminera. Espérons seulement que la morale de l’histoire mettra en lumière l’importance de la transparence et de la bonne gouvernance, et que les maîtres de l’esquive finiront par prendre leur rôle au sérieux.

La nécessité d’une séparation claire des pouvoirs

Il était une fois, dans le royaume ensoleillé de la Côte d’Ivoire, un homme aux multiples fonctions, un véritable couteau suisse de la gouvernance ivoirienne. Tel un artiste de cirque jonglant avec des boules de pouvoir, il cumulait les rôles avec une agilité déconcertante. Ministre par-ci, député par-là, maire à ses heures perdues, il était partout à la fois, tel un super-héros politique à la retraite.

Cependant, malgré l’adulation de ses partisans, certains observateurs commençaient à s’interroger sur la pertinence de cette omniprésence. La nécessité d’une séparation claire des pouvoirs se faisait de plus en plus pressante. Car, avouons-le, jongler avec autant de casquettes risquait de provoquer un sacré mal de crâne, même pour un politicien chevronné.

Imaginez un instant ce pauvre homme, si débordé qu’il en oubliait parfois dans quelle fonction il se trouvait. « Ai-je signé ce « décret » en tant que ministre ou en tant que maire ? » se demandait-il en scrutant ses propres écritures. Il était devenu son propre casse-tête chinois, un mystère à élucider pour les historiens politiques du futur.

Mais blagues à part, la nécessité d’une séparation claire des pouvoirs s’impose pour assurer un fonctionnement sain de toute démocratie. En concentrant autant de pouvoirs entre ses mains, notre homme aux mille fonctions risquait de porter atteinte à l’équilibre des institutions et à la sérénité de la vie politique ivoirienne. La séparation des pouvoirs, c’est un peu comme les ingrédients dans une recette : inutile d’avoir trop de sel dans un plat, sinon ça gâche tout le goût.

Face à cette situation, une réforme en profondeur s’impose pour clarifier les rôles de chacun et éviter que le pays ne ressemble à un gigantesque numéro de claquettes politiques. Car, reconnaissons-le, jongler avec les pouvoirs, c’est bien joli au cirque, mais en politique, c’est souvent synonyme de confusion, d’abus et de dysfonctionnements.

La gouvernance ivoirienne sous les projecteurs révèle un besoin urgent de réorganisation et de clarification des rôles. Il est grand temps que notre homme aux mille fonctions range ses casquettes dans le placard et laisse place à une répartition plus équilibrée des responsabilités. Car, après tout, même les super-héros ont besoin d’un peu de repos de temps en temps.

Les répercussions sur le développement économique

Depuis plusieurs années, la gouvernance ivoirienne a été le théâtre d’un phénomène marquant : le cumul de multiples fonctions par un seul individu. Cette pratique, bien que devenue une norme , soulève beaucoup de questions quant à son impact sur le développement du pays. En effet, les répercussions des cumuls de poste sur le développement de la Côte d’Ivoire sont multiples et méritent une analyse approfondie.

Tout d’abord, le cumul de postes clés par une seule personne peut entraîner une concentration excessive de pouvoir. Cela peut conduire à un manque de contrôle et d’équilibre, mettant ainsi en péril la démocratie et la gouvernance transparente. Lorsqu’une personne occupe simultanément des postes de responsabilité au sein du gouvernement, d’entreprises d’État et d’organisations influentes, elle peut être en mesure d’exercer une influence disproportionnée sur les décisions politiques, économiques et sociales du pays. Cette concentration de pouvoir peut favoriser la corruption, l’abus de pouvoir et le clientélisme, sapant ainsi les fondements d’une gouvernance saine et équitable.

Par ailleurs, les cumuls de poste peuvent avoir un impact négatif sur l’efficacité et la performance des institutions. En effet, une personne occupant plusieurs fonctions importantes peut se retrouver dans une situation de conflit d’intérêts, ce qui peut compromettre son objectivité et sa capacité à prendre des décisions dans l’intérêt général. De plus, cela peut entraîner un manque de disponibilité et de concentration sur chacune de ses responsabilités, ce qui nuit à la qualité de la gouvernance et à la mise en œuvre de politiques publiques efficaces.

En outre, les cumuls de poste peuvent entraver le développement de nouvelles compétences et de nouvelles perspectives au sein des institutions. En favorisant la monopolisation de certaines positions par un petit groupe de personnes, cette pratique limite les opportunités pour de nouveaux leaders d’ émerger et d’apporter des idées novatrices. Cela peut contribuer à un manque de diversité dans la prise de décision, ce qui nuit à la capacité du gouvernement à répondre de manière adéquate aux défis complexes et en constante évolution auxquels est confrontée la Côte d’Ivoire.

Les cumuls de poste dans la gouvernance ivoirienne soulèvent des préoccupations légitimes quant à leur impact sur le développement du pays. Pour assurer une gouvernance efficace, transparente et équitable, il est essentiel de prendre des mesures pour limiter le cumul excessif de postes clés et pour promouvoir la diversité, la compétence et l’intégrité au sein des institutions. En favorisant une répartition équilibrée des responsabilités et en encourageant la rotation des leaders, la Côte d’Ivoire pourra renforcer ses institutions et promouvoir un développement durable et inclusif pour l’ensemble de sa population

Le phénomène du cumul de multiples fonctions au sein de la gouvernance ivoirienne souligne la nécessité pressante de promouvoir une répartition équilibrée du pouvoir, de renforcer l’indépendance des institutions et de favoriser la diversité et la compétence au sein des postes clés. En agissant en ce sens, la Côte d’Ivoire pourra consolider sa gouvernance, favoriser un développement durable et équitable, et répondre aux défis complexes du 21e siècle.

François M’BRA II, Journaliste Consultant Formateur, Point Focal de International Press Institute ( IPI) en Côte d’Ivoire .

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