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Politique

Côte d’Ivoire : Discours intégral de Laurent Gbagbo à Daoukro.

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Comme annoncé dans les médias, Laurent Gbagbo est à Daoukro pour une visite au Président du PDCI-rda, Aimé Henri Bédié ce samedi 10 juillet 2021. L’intégralité des propos de l’ancien prisonnier de la CPI.


 » Madame Konan Bédié, Monsieur le Président, merci!

Je suis aujourd’hui très ému de voir cette foule immense à Daoukro. Au départ, je ne voulais pas faire de politique aujourd’hui mais est-ce que Gbagbo Laurent peut rencontrer le Président Henri Konan Bédié sans que ça ne soit de la politique ? (Rires dans la foule) Est ce que le drapeau que j’ai, je peux prendre la parole en Côte d’Ivoire sans que ce soit la politique ?

Donc assumons, je fais la politique (Applaudissements nourris dans la salle) et un peu seulement aujourd’hui parce que j’ai prévu de parler à un moment. Je voudrais d’abord saluer tous les visages que j’ai connus et reconnus là, toutes les personnalités du PDCI-RDA que j’ai reconnues, et à certains moments j’ai tressailli parce que ya certaines personnes que je ne m’attendais pas à voir, non pas parce qu’ils ne sont plus au PDCI-RDA, mais parce que ça fait longtemps que je ne les ai pas vues.

Je vous salue tous avec fraternité, avec amitié. Mon premier souvenir à Daoukro, c’était en 1990. J’étais candidat à la Présidence de la République contre le Président Houphouët Boigny. Quand on faisait le parcours de la campagne, on se demandait s’il fallait mettre Daoukro dedans, et puis finalement, comme nous étions jeunes, on a dit qu’on met Daoukro. Et puis nous sommes arrivés à Daoukro, le Président Bédié n’était pas là parce qu’il était en campagne pour le compte du Président Houphouet-Boigny ailleurs, mais ce qui m’a frappé c’est que quand je suis arrivé ici, on m’a offert de la part du Président Bédié, 2 Bouteilles de Whisky et une bouteille de Gin pour me souhaiter une bonne arrivée à Daoukro.

« On ne dit jamais Non à des pieds qui viennent saluer »
Je ne lui ai jamais dit ça mais on m’a reçu comme ça(…). J’étais à Bruxelles, j’étais tranquille, on me dit Guikahué vient ici, je dis  » Il vient faire quoi ? « . Lui je peux parler de lui parce que c’est mon petit de Gagnoa (Rires dans la salle). On dit, il vient te saluer de la part du Président Bédié. J’ai dit d’accord.  » On ne dit jamais Non à des pieds qui viennent saluer. » Donc j’ai reçu la délégation conduite par Guikahué et ça s’est très bien passé. On a causé et j’ai même pris leur téléphone, j’ai appelé le Président Bédié et je lui ai dit : « grand frère, tenez bon, j’arrive ».

Ce sont quelques souvenirs de ça que je voulais partager avec vous. Merci à Allah, il a été mon Ministre de la santé, Émile constant Bombet, Ouassenan, Merci à vous d’être venus m’accueillir (…) Il ne faut pas beaucoup pour faire le bonheur de quelqu’un qui est dans la détresse. Il ne faut pas beaucoup pour faire la réconciliation dans un pays. Il faut se dire les VÉRITÉS au moment où il faut les dire. Il faut se dire les VÉRITÉS pour que les VÉRITÉS guérissent, et pour que les VÉRITÉS soignent. Et il ne faut pas les dire pour blesser.

Je ne dirai pas des vérités pour blesser mais je dirai les VÉRITÉS qui doivent guérir. C’est pour ça que je suis à Daoukro. J’ai suivi l’actualité politique ivoirienne, comme le 3ème mandat. J’étais à Bruxelles quand j’ai suivi le braquage. Moi même j’ai appelé TV5, venez je vais vous parler parce que si je me tais pendant que ça boue en Côte d’Ivoire, et que je ne dis rien, ce sera une complicité de ma part, et il faut que je dise que je suis d’accord avec ceux qui luttent contre le 3ème mandat. C’est pour ça que j’avais appelé les journalistes et la télévision. Parce que si tu ne parles pas à un moment donné, tu es complice de ce qui se fait.

« Il faut se battre pour être du côté de la Constitution et que la constitution soit de votre côté »
Or je ne peux pas être complice de ça contre la Côte d’Ivoire. J’ai dit qu’il ne fallait pas un 3ème mandat, parce qu’en Afrique, on a un problème et un seul problème. Nous écrivons les textes, et puis on les froissé et on les jette. Un texte écrit est fait pour être respecté. Nous avons connu cette bataille en Décembre 1993 au moment du décès du Président Houphouet-Boigny. Ceux qui sont ici, et pour la mémoire, se souviennent que j’étais en tournée dans le Zanzan, moi je faisais toujours campagne (Rires dans la salle). J’étais dans l’opposition, mon rôle était de faire toujours campagne donc je faisais campagne et j’arrive sur appel insistant de Boga doudou.

Il me dit ça ne va pas, et je lui ai dit, on cesse la tournée et puis on va voir. Et donc sur ce problème de la succession du Président Houphouet-Boigny, la constitution n’était pas seulement claire, elle était limpide. Tous les journalistes qui m’ont posé cette question, je leur ai dit : » Je ne suis pas d’accord avec ce qui est écrit mais nous devons respecter ce qui est écrit ».

Et si nous ne voulons pas que le pays brûle, on doit respecter ce qui est écrit. Mais quand on écrit quelque chose, respectons ça pour nous mêmes. On a dû mener une bataille inutile. Je me souviens le Président Bédié à la télévision pour proclamer ce qui ne devait pas être proclamé parce que c’était déjà vrai. Et quand il ya eu le problème du 3ème mandat, j’ai repensé au problème de 1993. J’ai dit voilà le même problème du non respect des textes.

Nous ne sommes pas obligés d’avoir des textes, si on veut on peut décider de n’avoir aucune constitution et que nous vivons comme ça, oui on peut vivre comme ça. En ce moment, ce qui arrive est la faute de tout le monde. Mais si nous avons une constitution, c’est à dire un ensemble de textes pour nous guider, il faut se battre pour être du côté de la Constitution et que la constitution soit de votre côté. Mais si vous vous battez pour être contre la constitution, vraiment nous autres, on ne peut pas vous aider.

« Respectez les êtres humains parce que dans cette bataille contre le 3ème mandat, dans cette région, il ya eu des morts »
On ne peut dire qu’on est pas d’accord. Quand on parle de faire la réconciliation, c’est de tout ça. La réconciliation c’est tout ça, Respectez les textes. Respectez les êtres humains parce que dans cette bataille contre le 3ème mandat, dans cette région, il ya eu des morts. Un petit à été décapité, et j’ai regardé ça depuis Bruxelles. Mais quel spectacle nous donnons au monde ? Pour un pouvoir ? Pour un pouvoir ? Mais le pouvoir appartient au peuple. Jusqu’aujourdhui, je suis le seul à ne pas revendiquer être le fils d’houphouet.

Même ceux qui revendiquent le fils d’houphouet, ils font ce que Houphouet-Boigny n’a pas fait (Rires dans la salle). Entre vous et moi qui est donc le fils du père ? (Applaudissements dans la salle) Vous autres, chers amis, on se reverra et je parlerai. Parce que pour le moment, même si mon Merci ressemble à la politique (Rires dans la salle), bon pour le moment, je ne peux pas encore parler. Je remercie tous les chefs traditionnels, ils sont venus me saluer, je les remercie énormément. Je remercie les religieux.

Je remercie tous les artistes, la fameuse fanfare de Daoukro, je remercie Bombet, Je remercie Ouassenan. Je vous remercie tous. Et puis je remercie Guikahué, il était à Mama quand je suis parti là bas. Il était au titre du PDCI-RDA, même quand tu l’invites à manger, c’est PDCI-RDA ( Rires dans la salle). Billon, tu es là ? Billon c’est mon petit. Yacé, c’est le même maire, quand il marche, on dirait son oncle. Je vous remercie tous, je vous salue. Dites avec moi, et en chœur, au Président Bédié, MERCI ».

Politique

Guémon : Mission-terrain des parlementaires RHDP auprès des autorités, leaders communautaires et populations

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Une forte délégation des députés issus du groupe parlementaire RHDP est arrivée ce lundi 7 septembre 2026 dans la capitale du Guémon, pour une mission-terrain de 72h auprès des autorités, leaders communautaires et populations, en vue de restituer les 6 mois de travaux législatifs à l’hémicycle ivoirien présidé par l’honorable Patrick Achi.

Conduite par l’honorable Flore Kouassi Lago, député d’Oumé dans la Région du Góh, la délégation a d’abord présenté ce lundi 7 septembre 2026, ses civilités à M. Addoh Tanoh, préfet de la Région du Guémon, préfet du Département de Duékoué.

En outre, le mardi 8 septembre 2026, à la salle Paul Gui-Dibo de la Mairie de Duékoué, aura lieu la cérémonie de restitution des 6 mois de travaux à l’hémicycle ivoirien.

Enfin, le mercredi 9 septembre 2026 aura lieu la tournée de remerciements des populations.

Selon la correspondance du 1 septembre 2026 signée par la député-maire de Duékoué dont copie est parvenue à notre rédaction, cette mission diligentée par le groupe parlementaire RHDP, a pour but de « renforcer les liens entre élus et populations, non sans informer l’opinion sur les activités parlementaires et les lois votées pendant la première session 2026 ».

Ouncado PIERROT

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Politique

Bagohouo : Constant Lao Doh conduit une délégation du PDCI-RDA au domicile du chef central après le décès de son épouse

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Une délégation du PDCI-RDA, conduite par Constant Lao Doh, président du mouvement Aodoeboh PDCI-RDA du District des Montagnes et cadre du parti à Duékoué, s’est rendue, le 4 août 2026, au domicile de Sa Majesté Desséi Étienne, chef central de la sous-préfecture de Bagohouo et chef du canton Zagné.

Cette visite avait pour objectif de présenter les condoléances du PDCI-RDA au chef central, durement éprouvé par le décès de son épouse, survenu après une période de maladie. À travers cette démarche, les responsables et militants du parti ont tenu à lui témoigner leur compassion et leur solidarité dans cette douloureuse épreuve.

La délégation était composée notamment de Constant Lao Doh, de Kouihé Adèle, présidente de l’UF-PDCI-RDA, des secrétaires de section du parti à Bagohouo, de militants de base ainsi que de plusieurs membres du mouvement Aodoeboh PDCI-RDA.

« C’est au nom de l’ensemble des cadres et militants du PDCI-RDA que nous avons initié cette visite auprès du patriarche éploré. Nous avons tenu à lui exprimer nos mots de compassion et de réconfort à travers des dons symboliques en numéraire, accompagnés de boissons », a expliqué Constant Lao Doh.

Pour le président du mouvement Aodoeboh, la présence du PDCI-RDA auprès des populations dans les moments difficiles traduit la volonté du parti de maintenir une relation de proximité avec les communautés.

« Pour le parti de Tidjane Thiam, l’engagement pour le bien-être de nos parents et le soutien aux populations en détresse sont une condition d’existence. Le PDCI-RDA ne peut être présent dans une localité et rester sourd aux cris de cœur des uns et des autres. C’est impossible », a-t-il déclaré.

Constant Lao Doh a également rappelé l’engagement récent du parti aux côtés de populations victimes d’un conflit communautaire ayant occasionné une perte en vie humaine. « Il n’y a pas longtemps, à la suite d’un conflit communautaire où il y a eu mort d’homme, nous étions encore là pour soutenir les victimes, avant de traduire les mots de cohésion sociale de nos responsables politiques », a-t-il souligné.

En marge de cette visite de compassion, le président du mouvement Aodoeboh PDCI-RDA a par ailleurs attiré l’attention des responsables du parti sur le fonctionnement de la délégation 2 du PDCI-RDA de Bagohouo, qui regroupe les sous-préfectures de Bagohouo, Gbapleu et Guézon.

Selon lui, cette délégation connaît aujourd’hui des difficultés en matière d’animation et de proximité avec la base. « La délégation 2 du PDCI-RDA, composée des sous-préfectures de Bagohouo, Gbapleu et Guézon, est aujourd’hui défaillante du point de vue de la proximité et de l’animation. Ceux qui ont la tâche de diriger cette délégation sont absents sur le terrain et donc déconnectés des réalités de la base », a-t-il déploré.

Face à cette situation, Constant Lao Doh plaide auprès du secrétaire exécutif en chef, Yapo Yapo Calice, pour une réorganisation de cette structure. Il propose notamment de scinder la délégation en deux, voire en trois, afin de permettre une meilleure présence des responsables sur le terrain et une animation plus efficace des structures de base.

Pour le cadre du PDCI-RDA, cette réorganisation permettrait de renforcer le travail de proximité et de mieux préparer le parti aux prochaines échéances politiques, notamment dans la perspective de la conquête du pouvoir d’État à l’horizon 2030.

AXEL GONKANOU

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Édito

Côte d’Ivoire : attaques contre Tidjane Thiam, les faits contredisent Anoma Magloire

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Dans une interview accordée au quotidien Liberté, Magloire Anoma Kouao, membre du Bureau politique du PDCI-RDA et ancien responsable du parti à Aboisso, a livré une sévère critique de la direction actuelle. Au cœur de ses déclarations, une affirmation particulièrement tranchée : Tidjane Thiam « n’a aucun parcours au PDCI ». L’ancien responsable va plus loin, jugeant le président du parti « pas courageux » et estimant qu’il « a échoué ».

Des propos qui relancent le débat sur la gouvernance du PDCI-RDA, le fonctionnement de ses instances et surtout sur la notion de « militant avéré ». Mais face aux déclarations, les faits politiques et les résultats des consultations internes du parti imposent une autre lecture.

Une charge politique qui pose la question du militantisme

La critique d’un président de parti n’a, en soi, rien d’exceptionnel. Dans une formation politique structurée comme le PDCI-RDA, le débat interne, la contradiction et la confrontation des idées font partie de la vie démocratique.

Magloire Anoma Kouao réclame notamment la tenue d’un Bureau politique et dénonce ce qu’il considère comme une concentration de la décision autour de la direction actuelle. Il plaide pour davantage de discussions au sein des instances et revendique, de son côté, plusieurs années d’engagement au sein du parti.

Le débat est donc légitime.

Mais lorsque l’ancien responsable affirme que Tidjane Thiam « n’a aucun parcours au PDCI », la question mérite d’être confrontée aux faits.

Car qu’est-ce qu’un militant « avéré » ? Est-ce uniquement celui qui compte le plus grand nombre d’années dans les structures du parti ? Est-ce celui qui a occupé le plus de responsabilités ? Ou est-ce également celui qui participe à la vie démocratique de la formation et accepte le verdict de ses instances ?

C’est sur ce terrain que la polémique prend une autre dimension.

Le parcours de Tidjane Thiam ne peut pas être effacé

Réduire le parcours politique de Tidjane Thiam à son éloignement de la vie politique ivoirienne pendant plusieurs années serait incomplet.

Le PDCI-RDA lui-même retrace, dans sa présentation officielle de ses dirigeants, plusieurs étapes de son engagement politique. Le parti rappelle notamment son rôle auprès d’Henri Konan Bédié et son entrée au Bureau politique en 1996.

Certes, chacun peut apprécier différemment la régularité ou la profondeur de ce parcours.

On peut considérer que son activité politique a connu des périodes d’interruption. On peut également discuter de son implantation dans les structures locales du parti ou de sa présence sur le terrain.

Mais entre considérer un parcours comme insuffisant et affirmer qu’il n’existe « aucun parcours », il y a une différence importante.

L’histoire politique du PDCI-RDA apporte ici un élément de contradiction à l’affirmation d’Anoma Magloire.

Le verdict des militants, un fait difficile à contourner

L’autre élément central de cette controverse est le vote des militants et des congressistes.

Tidjane Thiam n’est pas devenu président du PDCI-RDA par désignation personnelle.

Lors du 8e Congrès extraordinaire électif, organisé le 22 décembre 2023, il a été élu président du parti avec 4 001 voix, soit 96,48 % des suffrages exprimés, face à Jean-Marc Yacé.

Cette victoire constituait déjà un signal politique majeur.

Mais le résultat a été confirmé lors du 9e Congrès extraordinaire, tenu le 14 mai 2025. Tidjane Thiam y a été reconduit à la tête du PDCI-RDA avec 99,77 % des suffrages exprimés, selon les résultats proclamés par le comité électoral.

Deux consultations internes. Deux victoires très larges.

Ces résultats ne signifient évidemment pas que le président du PDCI-RDA est au-dessus de toute critique. Ils signifient cependant que sa légitimité interne repose sur des votes exprimés dans le cadre des instances du parti.

Dès lors, une déclaration médiatique ne peut, à elle seule, effacer le verdict des congressistes.

Une question à ceux qui contestent sa légitimité

La polémique soulève alors une question politique simple.

Si certains cadres estiment que Tidjane Thiam n’est pas suffisamment expérimenté, qu’il manque de courage ou qu’il a échoué, pourquoi ne pas porter cette contestation directement devant les militants ?

La démocratie interne donne précisément aux responsables politiques la possibilité de défendre une autre vision, de présenter une candidature et de demander aux militants de trancher.

C’est là que se mesure véritablement la force d’une conviction politique.

Il est toujours possible de critiquer un dirigeant après son élection. Il est beaucoup plus exigeant de se présenter devant les militants et de leur demander de choisir une autre voie.

La légitimité politique se conquiert par les urnes, mais elle se respecte également après le vote.

« Il a échoué » : de quel échec parle-t-on ?

L’affirmation selon laquelle Tidjane Thiam « a échoué » mérite également d’être précisée.

A-t-il échoué à conquérir la présidence du PDCI-RDA ? Non. Il l’a remportée en 2023 avec 96,48 % des suffrages exprimés.

A-t-il échoué à conserver cette fonction ? Non plus. Il a été reconduit en 2025 avec 99,77 %.

Son parcours politique comporte néanmoins des difficultés majeures. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2025 a notamment été empêchée dans le cadre des procédures portant sur son éligibilité et sa situation de nationalité.

Mais il convient de distinguer une défaite électorale d’une candidature empêchée pour des raisons juridiques.

Tidjane Thiam n’a pas été battu dans les urnes lors de la présidentielle ivoirienne de 2025. Il n’a pas été confronté au suffrage présidentiel.

Cette nuance est essentielle dans toute analyse politique.

Anoma Magloire pose aussi des questions légitimes

Pour autant, il serait journalistiquement incorrect de rejeter l’intégralité des critiques formulées par Magloire Anoma Kouao.

Certaines de ses interrogations méritent d’être débattues.

Sa demande de voir se réunir les instances du parti, notamment le Bureau politique, relève d’une préoccupation qui peut être entendue. Dans toute formation politique, les dirigeants doivent pouvoir être interpellés, les décisions discutées et les orientations stratégiques débattues.

Un président de parti n’est pas infaillible.

La direction doit accepter la contradiction.

Les cadres doivent pouvoir exprimer leurs désaccords.

Les militants doivent pouvoir être consultés.

Et les textes du parti doivent constituer la référence commune.

Sur ce point, Anoma Magloire pose donc un véritable sujet : celui du fonctionnement démocratique des instances du PDCI-RDA.

Mais le débat interne ne doit pas nécessairement conduire à la délégitimation permanente du président élu.

« Les alliances se discutent au Bureau politique » : le principe vaut pour tous

Dans son entretien, Magloire Anoma estime également que les éventuelles alliances politiques du PDCI-RDA doivent être discutées au sein des instances du parti et non décidées dans un cercle restreint.

Sur le principe, cette revendication peut difficilement être contestée.

Les grandes orientations d’un parti doivent être débattues dans les structures compétentes.

Mais cette exigence appelle une autre interrogation : si les instances doivent être le lieu de décision pour les grandes orientations politiques, ne doivent-elles pas également être le lieu privilégié pour contester la gouvernance du président ?

La presse peut être un espace d’expression.

Elle ne peut cependant pas se substituer aux instances statutaires d’un parti politique.

Lorsqu’un cadre estime qu’une décision est contraire aux intérêts du PDCI-RDA, le meilleur moyen de la combattre reste de porter le débat devant les structures habilitées.

« Dans une maison, il faut respecter ceux qui y ont vécu »

L’une des formules utilisées par Anoma Magloire mérite également attention.

Il estime que lorsqu’on arrive dans une maison, il faut respecter ceux qui y ont vécu avant soi.

L’image est forte et rappelle une réalité essentielle : le PDCI-RDA possède une histoire, une mémoire et des générations de militants qui ont contribué à son existence.

Les anciens méritent donc respect et reconnaissance.

Mais respecter les anciens ne signifie pas figer le parti dans son passé.

Une formation politique peut préserver ses fondations tout en modernisant son fonctionnement.

Elle peut honorer son histoire tout en ouvrant davantage ses portes aux jeunes.

Elle peut reconnaître l’expérience des anciens sans empêcher l’émergence de nouvelles générations.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre anciens et nouveaux, mais de parvenir à faire travailler les deux générations ensemble.

Le véritable défi : quelle alternative au-delà de la critique ?

C’est probablement là que se situe le cœur du débat.

Dire que Tidjane Thiam n’est pas courageux est une appréciation politique.

Dire qu’il a échoué est un jugement.

Dire qu’il n’est pas un militant avéré est une position.

Mais quelle alternative est proposée ?

Quelle stratégie pour reconquérir le pouvoir ?

Quelle organisation pour renforcer le parti sur le terrain ?

Quelle place pour les jeunes et les femmes ?

Quelle stratégie pour les échéances électorales à venir ?

Quelle réponse aux attentes des militants ?

Ces questions sont beaucoup plus importantes pour l’avenir du PDCI-RDA que les affrontements de personnes.

Un parti politique ne se renforce pas uniquement par la multiplication des critiques contre son président. Il se renforce également par la capacité de ses cadres à proposer des solutions et à convaincre la base.

Le militantisme ne se résume pas à l’ancienneté

Au fond, la polémique pose une question plus profonde : qu’est-ce qu’être un « militant avéré » ?

L’ancienneté est certainement un élément important.

L’engagement sur le terrain compte.

La fidélité au parti compte.

L’expérience compte.

Mais le militantisme politique suppose également le respect des règles communes et des décisions issues des mécanismes démocratiques.

Si l’ancienneté devenait le seul critère de légitimité, les nouvelles générations seraient condamnées à attendre indéfiniment avant de prendre des responsabilités.

Or un parti qui veut conquérir ou reconquérir le pouvoir doit nécessairement se renouveler.

L’expérience des anciens et l’énergie des nouvelles générations doivent donc se compléter plutôt que s’affronter.

Après le vote, vient le temps du rassemblement

La démocratie ne s’arrête pas le jour du vote.

Avant une élection, chacun doit pouvoir défendre son candidat.

Pendant la campagne, chacun doit pouvoir convaincre.

Mais après le scrutin, la décision collective doit être respectée.

Dans le cas de Tidjane Thiam, deux consultations internes ont produit des résultats particulièrement nets : 96,48 % en 2023 et 99,77 % en 2025.

Ces chiffres ne le rendent pas infaillible.

Ils ne lui donnent pas un blanc-seing.

Ils ne signifient pas que les critiques doivent être interdites.

Ils établissent simplement une réalité : le président du PDCI-RDA dispose d’une légitimité élective interne qui ne peut être effacée par une déclaration dans la presse.

Ceux qui souhaitent une autre orientation disposent, eux aussi, de moyens démocratiques pour la défendre.

Ils peuvent saisir les instances.

Ils peuvent présenter des propositions.

Ils peuvent convaincre les militants.

Et, lorsque le moment viendra, ils peuvent solliciter leur suffrage.

Le PDCI-RDA au-dessus des querelles de personnes

Au-delà de la confrontation entre Magloire Anoma et Tidjane Thiam, c’est finalement l’avenir du PDCI-RDA qui est en jeu.

Le parti peut-il conjuguer son héritage historique avec les exigences d’une formation politique moderne ?

Peut-il permettre la critique sans tomber dans la division ?

Peut-il donner toute leur place aux anciens tout en permettant aux jeunes générations d’émerger ?

Peut-il organiser un débat interne suffisamment ouvert pour que les divergences se règlent dans les instances plutôt que par médias interposés ?

C’est à ces questions que les responsables du parti devront répondre.

Magloire Anoma a raison sur un point : le PDCI-RDA doit rester un parti de débat.

Mais le débat ne doit pas devenir une guerre permanente de légitimité.

Tidjane Thiam a un parcours au sein du PDCI-RDA, même si chacun peut apprécier différemment son degré d’implication selon les périodes.

Il a été élu président du parti en 2023 avec 96,48 % des suffrages exprimés.

Il a été reconduit en 2025 avec 99,77 %.

Ces faits constituent une réalité politique incontournable.

La critique est légitime. La contradiction est nécessaire. Le débat est indispensable.

Mais la démocratie impose également une autre exigence : respecter le choix collectif.

Le PDCI-RDA est plus grand que Tidjane Thiam. Il est également plus grand que Magloire Anoma Kouao. Il est plus grand que chacun de ses dirigeants et de ses cadres.

La « maison verte » appartient à l’ensemble de ses militants.

Aux anciens de transmettre.

Aux nouvelles générations de construire.

Aux dirigeants d’écouter.

Aux contestataires de proposer.

Et à tous de préserver l’essentiel : l’unité du parti, le respect de ses textes, la vitalité de son débat interne et la conquête démocratique du pouvoir d’État.

Le véritable militantisme ne se mesure pas seulement au nombre d’années passées dans une maison politique. Il se mesure aussi à la capacité de la faire vivre, de respecter ses règles et d’accepter le verdict de ceux qui en constituent la base.

Christ Kémondé

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