Abidjan : Interview de Dr Moussa Élias Farakhan Diomandé sur l’Organisation de la 2e édition du Salon des Petites et Moyennes Entreprises de l’Afrique de l’Ouest à Abidjan
Organisation de la 2e édition du Salon des Petites et Moyennes Entreprises de l’Afrique de l’Ouest à Abidjan Dr Moussa Élias Farakhan Diomandé (1er vice-Président de la ESBC) dit tout : « Ce salon rehaussera l’image de la Côte d’Ivoire… »
Le Salon des PME de l’Afrique de l’Ouest (West Africa SMEs Exhibition) 2024 est un événement qui vise à promouvoir et à soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) de l’espace CEDEAO, en favorisant leur croissance ainsi que leur intégration économique régionale par le biais d’un commerce transfrontalier renforcé. Il est organisé par la Coalition des petites entreprises de la CEDEAO (ESBC), la Commission de la CEDEAO, en partenariat avec le ministère en charge du Commerce du pays hôte.
Des salons et forums économiques dédiés au commerce voire à l’industrie, il y en a de plus en plus, tels que ceux tournés vers le e-commerce et la nouvelle économie digitale ou numérique. L’UEMOA, par exemple, dispose d’un salon des banques et PME pour ne citer que cet exemple. Qu’est-ce que celui dont vous faites la promotion apporte concrètement ?
Le Salon des PME de l’Afrique de l’Ouest offre une plateforme dédiée aux PME qui leur permet de présenter leurs produits, de créer des opportunités d’affaires, de collaboration et de partenariat, et de promouvoir le « Made-in West-Africa », des produits fabriqués en Afrique de l’Ouest. Il propose des possibilités de visibilité de la marque, de mise en réseau et de partenariats pour les PME, tout en améliorant leur notoriété et leur image de marque et les sensibilisant à l’environnement commercial régional. Je vous rappelle que c’est la deuxième édition et que l’honneur revient à la Côte d’Ivoire de l’abriter.
Justement. C’est la deuxième édition. Nous savons que la première édition s’était tenue au Nigéria. Pourquoi cette fois la Côte d’Ivoire ? Ce salon est-il tournant ? La CEDEAO est une communauté plus vaste que l’UEMOA. Comme l’indique son nom, c’est la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Il est clair que chaque pays peut abriter le salon, dont la première édition s’était déroulée à Abuja au Nigéria, en effet, les 26, 27 et 28 octobre 2023. Le choix de la Côte d’Ivoire est apparu judicieux à notre demande, parce qu’elle est habituée à l’organisation de ce type d’événements et bien d’autres encore plus grands. Que l’on se réfère simplement dans le secteur sportif à la 34e Coupe d’Afrique des Nations que la Côte d’Ivoire a brillamment organisée et remportée (rire). Il se trouve aussi que notre pays est dans une dynamique de croissance économique forte et d’intégration sous-régionale sans précédent. Le choix de la Côte d’Ivoire après les assises du Nigéria est ainsi apparu judicieux.
L’événement, au regard de son importance, bénéficie logiquement de soutien institutionnel du gouvernement ivoirien. Qu’en est-il exactement ? Les plus hautes autorités ivoiriennes sont informées et, au moment où nous échangeons, je puis vous dire que le ministère du Commerce et de l’Industrie nous a officiellement assuré de son soutien institutionnel. Ce Salon rehaussera à coup sûr l’image de la Côte d’Ivoire et confirmera que pour le Président Alassane Ouattara et le gouvernement ivoirien, la promotion du secteur privé, particulièrement des PME, est une priorité ainsi que cela a été solennellement affirmé à maintes occasions.
Quelle est la thématique centrale de ce salon et qu’est-ce qui est prévu au menu ? « Améliorer la compétitivité par l’innovation et la durabilité » est la thématique de ce salon qui, sur les trois jours de son déroulement, verra se tenir des tables rondes avec des panelistes de haut niveau venant des 15 pays de la CEDEAO. La première table ronde, par exemple, aura pour sous-thème : « Les PME de la CEDEAO dans l’intégration régionale et la libéralisation du commerce dans le cadre de la ZLECAf ». Elle enregistrera les contributions de personnalités telles que Dr. Abdulrashid Yerima, Président et Président du Conseil de la Coalition des petites entreprises de la CEDEAO (ESBC) ; M. Babacar Diagne, Président de la SBC (Small Business Coalition) Sénégal, Membre du Collège des Présidents de l’ESBC ; Dr Tony Elumelu (Directeur du secteur privé, Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)).
Au-delà des objectifs que vous avez énumérés et que l’on résumerait par l’amélioration de la compétitivité des PME, le renforcement des capacités et la facilitation de la collaboration intrarégionale, à quels résultats peut-on s’attendre de ce salon ? C’est aussi simple que cela. De la deuxième édition du Salon des Petites et Moyennes Entreprises de la CEDEAO, nous entendons parvenir à une amélioration de la visibilité des PME ouest-africaines ; à une promotion accrue des politiques commerciales de la CEDEAO et à une amélioration de la compétitivité des PME grâce au renforcement des capacités. Selon le président de la Commission de la CEDEAO : « L’événement est considéré comme le tremplin du commerce transfrontalier, de la collaboration et de l’innovation des PME à travers l’Afrique de l’Ouest, qui culminera avec la découverte des secrets et du pouvoir de la croissance et des connexions des petites entreprises, entre autres ».
Dr Diomandé, si l’on vous demandait quelle est votre ferme conviction quant à l’avenir des PME ouest-africaines, que diriez-vous ? J’adhère totalement à l’assertion suivante formulée par Dr Omar Touray que : « Les analystes estiment que les futurs millionnaires et milliardaires de la sous-région de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) émergeront parmi les propriétaires de petites et moyennes entreprises (PME). Selon eux, les PME d’Afrique de l’Ouest, tirant parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) récemment dévoilée, deviendront la prochaine génération de méga-entreprises et connaîtront une croissance économique explosive et sans précédent ». C’est, en somme, ce que poursuit notre coalition et la Confédération Patronale Unique des Petites et Moyennes Entreprises de Côte d’Ivoire.
Entretien réalisé par Christian KOCANI, SERCOM CPU-PME.CI
La crise qui secoue la filière café-cacao prend une nouvelle tournure. Le Syndicat national des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) prépare une mobilisation pour le 16 septembre 2026, avec le soutien annoncé de l’ensemble des organisations de producteurs.
Sur le terrain, les difficultés persistent. Des stocks résiduels de la campagne 2025-2026 demeurent, selon le SYNAP-CI, entre les mains de nombreux producteurs. Leur écoulement reste une préoccupation majeure pour les planteurs, confrontés à des difficultés financières alors que la nouvelle campagne se profile.
À cette situation s’ajoute le nouveau prix annoncé pour la campagne 2026-2027. Son niveau suscite de fortes inquiétudes chez les producteurs, qui estiment que leurs revenus restent sous pression face aux charges de production, de transport et d’entretien des plantations.
La commercialisation et les nouvelles exigences liées à la traçabilité constituent également des préoccupations dans la filière. Pour les organisations de producteurs, ces difficultés successives fragilisent davantage les conditions de vie des planteurs.
Le SYNAP-CI prépare la mobilisation
Face à cette situation, le SYNAP-CI a adressé un préavis de grève au ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières. La date du 16 septembre 2026 est ainsi retenue comme échéance pour le mouvement annoncé.
Le syndicat assure qu’il n’agit pas seul. L’ensemble des organisations de producteurs sont annoncées aux côtés du SYNAP-CI dans cette démarche. Une mobilisation collective destinée à faire entendre les revendications des producteurs et à obtenir des réponses aux difficultés qui affectent la filière.
Avant cette échéance, le président national du SYNAP-CI convoque les coordinateurs et délégués à une importante réunion de concertation. Elle aura lieu dimanche 13 septembre 2026, à 10 heures, au bureau régional du SYNAP-CI à Daloa.
Cette rencontre doit permettre d’examiner la situation, d’harmoniser les positions et de définir les dernières dispositions à prendre avant la date annoncée de la grève.
Présentée comme « exceptionnelle et décisive », la réunion de Daloa doit également permettre de renforcer la cohésion entre les différentes structures du syndicat et de préparer la mobilisation sur le terrain.
À trois jours de la grève annoncée, le SYNAP-CI et les autres organisations de producteurs veulent donc parler d’une seule voix. L’enjeu est désormais de trouver des réponses aux préoccupations liées aux stocks résiduels, au prix du cacao et aux conditions générales de commercialisation, dans une filière qui traverse une période de fortes tensions.
Comment améliorer durablement les revenus des producteurs et les conditions de travail dans la cacaoculture ivoirienne ? C’est l’une des principales questions au cœur de l’atelier de trois jours ouvert ce mercredi à Yamoussoukro, avec l’appui de l’Organisation internationale du Travail (OIT).
La rencontre intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la première économie cacaoyère mondiale, marqué notamment par le lancement de la nouvelle campagne et les interrogations suscitées par le prix annoncé de 1 200 FCFA le kilogramme.
Autour de la table : pouvoirs publics, Conseil du Café-Cacao, organisations de producteurs et de travailleurs, employeurs, entreprises, coopératives, société civile et partenaires techniques. Objectif : dépasser les constats et rechercher, à travers le dialogue social, des réponses concrètes aux difficultés qui affectent les différents maillons de la chaîne de valeur.
Prenant la parole au nom de la Directrice pays de l’OIT, Mme Ndèye Koumba Diop, le spécialiste du dialogue social, Amoussou Faustin, a insisté sur la nécessité d’une approche collective.
Pour lui, la performance économique de la filière ne pourra être durable que si elle s’accompagne d’une meilleure répartition des bénéfices, de conditions de travail décentes et d’un dialogue régulier entre les différentes catégories d’acteurs.
« Aucune aventure solitaire ne peut prospérer dans ce domaine », a-t-il lancé, invitant les acteurs à privilégier l’écoute, la confiance et la recherche de solutions partagées.
Les défis sont nombreux : faibles revenus, travail des enfants, conditions de travail, gouvernance des coopératives, durabilité environnementale, transparence et nouvelles exigences des marchés internationaux. Autant de problématiques qui nécessitent, selon l’OIT, une concertation structurée.
Gbongué Mamadou, Directeur chargé des projets et du suivi-évaluation du Conseil du Café-Cacao, a pour sa part placé le producteur au centre de la réflexion.
« Sans producteur, il n’y a pas de cacao, pas de café et pas de chocolat », a-t-il rappelé, soulignant le rôle déterminant du planteur dans toute la chaîne de valeur.
Il a expliqué que la majorité des exploitations cacaoyères ivoiriennes sont de petites exploitations familiales, généralement de trois à quatre hectares, où le ménage assure une part importante du financement et de la main-d’œuvre.
Dès lors, améliorer le revenu du producteur revient aussi à améliorer les conditions de vie de toute la famille agricole : alimentation, santé, scolarisation des enfants, investissement et développement des communautés rurales.
Sur le prix de 1 200 FCFA/kg, au centre des débats depuis l’annonce de la nouvelle campagne, Gbongué Mamadou a reconnu les interrogations des acteurs. Il a toutefois rappelé que le prix du cacao reste fortement lié aux fluctuations du marché international et que la Côte d’Ivoire s’est dotée d’un mécanisme de commercialisation destiné à sécuriser autant que possible le revenu des producteurs.
Mais, selon lui, la question du revenu ne saurait être réduite au seul prix bord champ.
L’amélioration de la production et de la productivité, la diversification des revenus, la réduction des coûts d’exploitation et le développement de nouvelles compétences constituent également des leviers essentiels pour accroître la rentabilité des exploitations.
Cette approche prend une importance particulière face à la difficulté croissante d’accès à la main-d’œuvre agricole. L’objectif est notamment de permettre aux producteurs de disposer de revenus suffisants pour rémunérer une main-d’œuvre extérieure lorsque cela est nécessaire.
Dans cette perspective, le Conseil du Café-Cacao travaille également à la professionnalisation des métiers de la filière, notamment à travers la mise en place d’un centre de formation dédié aux métiers du cacao.
La question du revenu est par ailleurs étroitement liée à celle du travail des enfants.
Représentant le ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Adama Camara, la Directrice générale du Travail, Fanta Coulibaly Kagambega, a rappelé que la performance d’une filière ne doit pas se mesurer uniquement à sa capacité à générer de la richesse.
Elle doit également être appréciée à l’aune de sa capacité à améliorer durablement les conditions de vie de ceux qui produisent cette richesse.
Lorsque les revenus des ménages agricoles restent insuffisants pour couvrir les besoins essentiels, la vulnérabilité augmente et peut favoriser la persistance du travail des enfants.
L’amélioration des revenus apparaît ainsi comme un enjeu à la fois économique, social et humain, directement lié au travail décent, à la dignité des travailleurs et à la protection des générations futures.
Les assises de Yamoussoukro ambitionnent donc de poser les bases d’un mécanisme permanent de dialogue social dans la filière cacao. Les participants devront notamment examiner les dispositifs actuels de concertation, identifier leurs limites, renforcer les capacités de négociation des acteurs et dégager des pistes d’action concrètes.
Les échanges portent également sur le concept de revenu vital, les mécanismes de création et de répartition de la valeur ainsi que les moyens de favoriser le travail décent tout au long de la chaîne de production.
Pour les autorités en charge de l’Emploi et de la Protection sociale, le dialogue social ne doit pas rester un simple cadre d’échanges. Il doit devenir un outil concret de transformation de la filière.
La Côte d’Ivoire dispose pour cela de plusieurs atouts : des institutions publiques, des organisations professionnelles, une filière structurée, des experts et des partenaires techniques engagés.
Des avancées existent également sur le front de la protection sociale, avec notamment la prise en charge des cotisations liées à la Couverture maladie universelle des producteurs affiliés au Conseil du Café-Cacao et la mise en œuvre du régime social des travailleurs indépendants, qui ouvre progressivement aux producteurs agricoles l’accès à des droits sociaux, notamment en matière de retraite.
Au-delà des discours, l’enjeu sera désormais de transformer les échanges de Yamoussoukro en engagements, mécanismes de concertation et actions mesurables.
Dans un contexte où le revenu des producteurs demeure au centre des préoccupations et où les marchés internationaux imposent des exigences croissantes en matière de traçabilité, de durabilité et de travail décent, le défi est de taille.
Car derrière chaque tonne de cacao exportée se trouvent des producteurs, des travailleurs, des familles et des communautés dont le niveau de vie dépend directement de la capacité de la filière à créer de la valeur, mais surtout à mieux la partager.
Dans le cadre des réflexions sur le dialogue social et l’amélioration des conditions de vie dans la filière cacao, Gbongué Mamadou, représentant du Conseil du Café-Cacao (CCC), est revenu sur la stratégie de commercialisation de la Côte d’Ivoire. Face aux discussions suscitées par le prix d’achat du cacao fixé à 1 200 FCFA pour la présente campagne, le responsable du CCC a tenu à apporter des clarifications aux acteurs du secteur et aux producteurs.
Reconnaissant que la fixation du prix dépend des fluctuations du marché international de l’offre et de la demande, Gbongué Mamadou a défendu le choix stratégique opéré par les autorités ivoiriennes. La Côte d’Ivoire a fait l’option d’une stratégie de commercialisation qui permet de sécuriser le producteur, affirmant qu’il s’agit de la meilleure option possible pour garantir le revenu du producteur de cacao. Il a rappelé que sécuriser ce revenu demeure un engagement prioritaire pour l’État de Côte d’Ivoire et le Conseil du Café-Cacao, car sans producteur, il n’y a ni cacao, ni café, ni chocolat.
Au-delà de la question tarifaire, le représentant du CCC a souligné les efforts entrepris pour renforcer la protection sociale des ménages agricoles, qui restent majoritairement de petites exploitations familiales. Depuis l’année dernière, le gouvernement a autorisé la prise en charge intégrale des cotisations de la Couverture Maladie Universelle (CMU) par le Conseil du Café-Cacao au profit des producteurs et de leurs familles, afin de leur garantir un accès décent aux soins de santé.
Conscient des blocages liés aux règles du marché mondial et aux lois antitrust dès lors qu’il s’agit d’évoquer uniquement le prix, Gbongué Mamadou préconise d’agir sur d’autres leviers complémentaires, notamment l’amélioration des rendements et la diversification des revenus des planteurs, la structuration de la main-d’œuvre avec la création du Centre de formation aux métiers du cacao, ainsi que la mise en œuvre de la traçabilité complète via la carte du producteur.
Pour le Conseil du Café-Cacao, l’enjeu des travaux actuels réside dans l’établissement d’un dialogue social durable et inclusif, capable de dégager des synergies concrètes et de garantir des conditions de travail et de vie dignes à l’ensemble des producteurs ivoiriens.