Voici les 7 chantiers » digba » chantiers qui attendent le professeur Koffi N’Guessan.
Le Professeur Koffi N’Guessan vient d’être nommé Ministre de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation, succédant au Professeur Mariatou Koné. À 70 ans, cet homme qui a dirigé l’ENSEA pendant 20 ans et redressé l’INP-HB pendant une décennie hérite d’un chantier titanesque, peut-être le plus difficile de sa carrière. Car l’éducation nationale ivoirienne n’est pas juste en crise, elle est en état d’urgence absolue.
Le chantier numéro 1 : la désertification scientifique. Sur 133 518 bacheliers en 2025, seulement 2 293 viennent de la série C scientifique. 1,72%. Un chiffre catastrophique qui condamne l’avenir scientifique et technologique du pays. Comment inverser cette tendance quand les élèves fuient massivement les sciences ? Comment susciter des vocations scientifiques quand moins de 10% des écoles publiques ont une salle informatique ? Le nouveau ministre devra proposer un plan d’urgence pour revaloriser les séries scientifiques, équiper massivement les établissements en laboratoires et salles informatiques, et surtout, rendre les sciences attractives plutôt qu’effrayantes.
Le chantier numéro 2 : la pénurie d’enseignants de mathématiques. La ministre sortante l’a constaté avec inquiétude : une diminution progressive du nombre d’enseignants de mathématiques alors que les candidats aux concours de recrutement se raréfient. Pourquoi ? Parce qu’un prof débutant gagne PEU par mois pendant que ses camarades diplômés en mathématiques gagnent le double ou le triple dans le secteur privé. Le nouveau ministre devra affronter cette réalité brutale : soit on revalorise massivement le métier d’enseignant, soit on continue à perdre nos meilleurs talents. Construire des lycées sans avoir d’enseignants pour y enseigner, c’est du pur affichage politique.
Le chantier numéro 3 : les infrastructures délabrées. Le Lycée Scientifique de Yamoussoukro, fleuron de l’excellence ivoirienne, a des vestiaires en ruine, une piscine abandonnée, des dortoirs qui tombent en morceaux. Et pourtant, il continue miraculeusement à produire des médaillés d’or aux Olympiades. Imaginez ce qu’il pourrait produire avec des moyens dignes ! Le nouveau ministre devra non seulement construire de nouveaux établissements, mais surtout réhabiliter et équiper correctement ceux qui existent déjà.
Le chantier numéro 4 : la qualité de l’enseignement. Des professeurs qui mystifient leur matière pour flatter leur ego, qui font de l’échec une norme avec leur « 6/20 chez moi vaut 16/20 ailleurs », qui découragent des générations entières d’élèves. Cette culture toxique doit être éradiquée. Le nouveau ministre devra former et recycler les enseignants, promouvoir une pédagogie qui élève plutôt que qui écrase, valoriser ceux qui font réussir leurs élèves plutôt que ceux qui en font échouer le maximum.
Le chantier numéro 5 : l’alphabétisation. Des millions d’Ivoiriens ne savent ni lire ni écrire. L’alphabétisation est dans le titre même du ministère, mais elle reste le parent pauvre des politiques éducatives. Comment développer un pays quand une partie significative de sa population ne peut pas lire un mode d’emploi, comprendre un contrat, ou accéder à l’information écrite ?
Le chantier numéro 6 : les grèves récurrentes. Enseignants sous-payés, syndicats puissants, revendications légitimes mais souvent mal gérées. Le nouveau ministre devra trouver un équilibre entre rigueur budgétaire et reconnaissance salariale, entre autorité de l’État et dialogue social.
Koffi N’Guessan arrive avec un atout majeur : une expérience de gestion exceptionnelle. Il a transformé l’ENSEA et l’INP-HB. Il sait bâtir des institutions, créer des partenariats internationaux, mobiliser des financements. Mais l’Éducation Nationale, c’est une autre échelle : des centaines de milliers d’élèves, des dizaines de milliers d’enseignants, des milliers d’établissements dispersés sur tout le territoire national.
À 70 ans, il aurait pu jouir d’une retraite bien méritée. Au lieu de ça, il accepte de porter sur ses épaules le ministère le plus stratégique et le plus difficile de la République. Parce que sans éducation de qualité, tout le reste s’effondre. Sans enseignants formés et motivés, pas de médecins, pas d’ingénieurs, pas de chercheurs. Sans élèves qui maîtrisent les sciences, pas de développement technologique, pas d’innovation, pas d’autonomie.
Le chantier est titanesque. Les moyens sont limités. Les défis sont immenses. Mais si quelqu’un peut redresser l’Éducation Nationale ivoirienne, c’est bien cet homme qui a déjà prouvé sa capacité à transformer des institutions en ruine en centres d’excellence. Professeur Koffi N’Guessan : « Koffi Gazon », l’homme à qui on confie le plus grand chantier de tous celui de façonner l’avenir même de la Côte d’Ivoire, un élève à la fois.
Ibrahim