Le rendez-vous du samedi 25 juillet 2026 dépasse largement le cadre d’une simple cérémonie associative. À travers le lancement officiel de la Mutuelle des Femmes Actives du Zarabaon, c’est toute une région qui entend faire entendre sa voix. Derrière les discours, les pagnes et les réjouissances, un message clair est adressé aux pouvoirs publics : le Zarabaon refuse désormais d’être oublié.
Depuis plusieurs jours, la mobilisation est exceptionnelle. Des femmes de tous les villages, des associations, des mutuelles de développement et des jeunes filles convergent vers ce projet avec une conviction commune. Si l’adhésion est aussi forte, c’est parce que le thème retenu touche au quotidien des populations : « Investir dans la route, c’est investir dans l’avenir et l’autonomie durable. »
Cette revendication est tout sauf symbolique. Elle traduit le principal frein au développement du Zarabaon : son enclavement.
Comment comprendre qu’une région reconnue pour son important potentiel agricole demeure privée d’infrastructures routières dignes de ce nom ? Comment expliquer que, malgré les richesses produites par ses populations, celles-ci continuent de parcourir des pistes dégradées où la circulation devient presque impossible à chaque saison des pluies ?
Le tronçon Bangolo-Zérégbo, long d’environ 95 kilomètres, est devenu le symbole de cet abandon. Les compagnies de transport refusent d’y circuler. Les motos-taxis constituent pratiquement l’unique moyen de déplacement. Les usagers supportent des coûts exorbitants, aggravés par les nombreux barrages routiers qui jalonnent l’itinéraire. Pendant ce temps, les paysans peinent à évacuer leurs récoltes et les populations voient leur droit à la mobilité sérieusement compromis.
À cela s’ajoute une autre réalité : les annonces répétées de reprofilage lourd qui, année après année, peinent à se traduire par des améliorations visibles sur le terrain. Les habitants du Zarabaon ne demandent plus des promesses. Ils réclament des actes.
Dans cette dynamique, l’initiative portée par Madame Zohi Florence mérite d’être analysée avec objectivité.
Il serait inexact d’affirmer que son parcours associatif a toujours fait l’unanimité. Son engagement politique lors des élections législatives de 2025 avait suscité des interrogations parmi de nombreuses femmes, certaines craignant que la mutuelle perde son caractère fédérateur au profit d’intérêts partisans. Cette inquiétude avait quelque peu freiné l’élan initial.
Mais les faits montrent aujourd’hui une évolution. En recentrant son action sur les préoccupations économiques et sociales des femmes, en remettant au premier plan les questions de développement local et d’autonomisation, Madame Zohi Florence semble avoir reconquis une grande partie de la confiance qui s’était érodée. C’est ce retour à l’essentiel qui explique l’engouement actuel autour de la Mutuelle des Femmes Actives du Zarabaon. En ce sens, on peut parler d’un véritable rattrapage.
La présence annoncée de la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Nasseneba Touré, ainsi que du ministre délégué chargé des Affaires maritimes et président du Conseil régional du Guémon, Serey Doh Célestin, confère à cette rencontre une portée particulière. Leur participation nourrit l’espoir que les préoccupations des femmes du Zarabaon trouveront enfin un écho au plus haut niveau de l’État.
Au-delà des discours, une attente domine toutes les autres : le bitumage de la route du Zarabaon.
Ce projet ne profiterait pas seulement aux populations locales. Il renforcerait les échanges économiques de toute la région de l’Ouest et ferait du tronçon Zarabaon-Danané un axe stratégique de circulation, réduisant sensiblement les distances entre plusieurs pôles économiques. Investir dans cette route, ce n’est pas faire une faveur au Zarabaon ; c’est investir dans le développement national.
Le véritable enjeu de cette cérémonie est donc ailleurs. Les femmes du Zarabaon ne réclament ni privilège ni traitement de faveur. Elles demandent simplement que leur région bénéficie des mêmes chances de développement que les autres territoires de Côte d’Ivoire.
Le 25 juillet ne devra pas être une parenthèse de discours et de promesses. Il devra marquer le début d’un engagement concret en faveur d’un territoire qui a trop longtemps attendu.
Le Zarabaon ne demande plus qu’on le regarde avec compassion. Il demande qu’on lui ouvre enfin la route de son développement.
Christ Kémondé