« Pour ceux qui disent que Tidjane n’est pas Ivoirien, leur capitale porte le nom de sa grand-mère. »
Augustin Thiam a répondu avec fermeté aux attaques mettant en doute la nationalité ivoirienne de son frère cadet, Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA. C’était lors d’une visite de la résidence de Félix Houphouët-Boigny par une délégation de la Banque Africaine de Développement (BAD), en marge de la retraite annuelle 2025 de l’institution, tenue à Yamoussoukro du 19 au 21 février dernier.
Tidjane Thiam a récemment été la cible d’attaques lors d’un meeting animé par un ministre du gouvernement en place. Ce dernier a remis en cause la légitimité de son ascendance ivoirienne en déclarant :
« Son père est Sénégalais, sa mère est Sénégalaise. Tout simplement parce qu’il a été adopté par Houphouët-Boigny, il a vécu chez lui. Quelqu’un dont la maman est Sénégalaise, dont le papa est Sénégalais… Parce qu’il a grandi chez Houphouët-Boigny, on dit que c’est notre frère. »
Face à cette polémique, Augustin Thiam, Ministre-Gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro et chef du canton Akouè, a apporté des clarifications sur la lignée familiale et l’héritage coutumier des Houphouët-Boigny.
Selon la tradition Akouè, l’héritage se transmet par le matriarcat : ce sont les enfants des sœurs qui héritent de leur oncle. Or, Félix Houphouët-Boigny, n’ayant eu que deux sœurs sans descendance directe, ce sont les enfants de sa cousine Yamousso, la grand-mère des Thiam, qui ont été désignés comme ses héritiers.
Augustin Thiam a rappelé que Houphouët-Boigny lui-même avait reconnu cette transmission en 1990 devant les caméras de télévision :
« Dans notre famille, nous sommes quatre. Mes deux sœurs n’ont pas eu d’enfants, tout comme l’une de mes cousines. Seule la plus jeune, Amoin, la fille de ma tante Yamousso, a pu en avoir. Grâce à Thiam, de par la coutume, ce sont eux mes héritiers directs. »
Il a conclu avec une pointe d’ironie :
« Pour ceux qui disent que Tidjane n’est pas Ivoirien… Il n’est pas Ivoirien, mais leur capitale, Yamoussoukro (du nom originel Yamousso), porte le nom de sa grand-mère. »
Les enfants de Marietou Sow sont les petits-neveux du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny. Leur père, Amadou Thiam, a dirigé Radio Côte d’Ivoire, avant d’être ministre de l’Information, puis ambassadeur au Maroc.
Leur père, Amadou Thiam, journaliste ivoirien, était d’abord venu en Côte d’Ivoire en tant que Français avant de se faire naturaliser ivoirien.
Precisant leur lien ancestrale, Augustin Thiam a expliqué que « Du côté de mon père, nous venons du Sénégal, tandis que du côté de ma mère, ma famille est en Côte d’Ivoire depuis neuf générations. Ils y sont nés, ont vécu, sont morts et ont été enterrés », puis d’interroger
« nous devienons Ivoiriens quand ?«
Sur les cinq fils de la fratrie, quatre ont occupé des postes ministériels . Tidjane Thiam (Ministre du Plan et du Développement), Daouda Thiam (Ministre des Mines et de l’Énergie), Aziz Thiam (Ministre des Transports) et Augustin Thiam ( Ministre Gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro
Augustin Thiam a toujours été admiratif de son frère cadet. Quelques années en arrière, il déclarait dans un journal panafricain :
« Tidjane a toujours été premier en tout. »
Et il ne manque pas d’éloges aujourd’hui :
« Tidjane ne sait pas ce que c’est que d’être deuxième. Il a toujours été premier en tout, même en gymnastique, en dessin ou en musique. »
Son parcours en atteste. Premier ingénieur ivoirien diplômé de l’École polytechnique de Paris, Premier Noir à diriger l’assureur britannique Prudential, Premier Africain à la tête de Credit Suisse et aujourd’hui, président du plus vieux et grand parti politique de Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA.
Augustin Thiam admet même avec amusement que la renommée de son frère dépasse la sienne :
« Avant, on demandait à Tidjane s’il était mon petit frère. Aujourd’hui, on me demande si je suis le grand frère de Tidjane. »
L’idée de voir Tidjane Thiam briguer la présidence ne semble plus être une hypothèse lointaine. S’il refusait autrefois cette possibilité, Augustin Thiam reconnaît aujourd’hui :
« L’avenir appartient à des cadres qui ont son âge et son niveau de formation. »
En 1998, après un passage au gouvernement en tant que Ministre du Plan et du Développement, Tidjane Thiam a dû quitter son poste suite au coup d’État ayant renversé Henri Konan Bédié.
Mais cet épisode ne semble pas freiner ses ambitions. Lui-même l’a récemment affirmé lors d’un meeting à la place Figayo de Yopougon :
« J’attendais le moment où mes amis et moi pouvions changer ce pays. Ce moment est venu.»
L’avenir politique de Tidjane Thiam semble donc s’éclaircir, porté par son héritage familial et son impressionnant parcours.
Christ Kémondé