La filière cacao en Côte d’Ivoire traverse une crise sans précédent, et la Ligue Ivoirienne des Organisations Professionnelles Agricoles (LIDOPA) exprime de vives inquiétudes quant à la situation des producteurs. Par la voix de son président du Conseil d’administration, M. Kouassi Yamien Jean Michael Armand, l’organisation alerte sur les conséquences sociales et économiques du blocage des stocks de cacao invendus.
Ces préoccupations ont été rendues publiques lors d’un point de presse tenu le samedi 07 février 2026 à INADES-Formation, à Abidjan Cocody Mermoz, à la suite de la conférence publique d’information du 29 janvier 2026 à Gagnoa. La LIDOPA affirme ainsi porter la voix de producteurs « à bout de souffle », confrontés à une crise qui fragilise durablement leurs moyens de subsistance.
Une opération d’enlèvement des stocks jugée incomplète
Si l’organisation salue la mobilisation de 280 milliards de FCFA par l’État pour le rachat des stocks invendus, elle souligne les failles dans la mise en œuvre de l’opération. Dans les zones enclavées telles que Tabou et Grabo, les coopératives supportent des coûts de transport très élevés pour acheminer leurs fèves vers Abidjan, ce qui réduit leurs marges déjà limitées. La LIDOPA recommande la désignation de plusieurs opérateurs exportateurs afin de fluidifier le processus et de réduire les charges logistiques.
Des coopératives exclues de l’opération
De nombreuses sociétés coopératives ne figurent pas dans la base de données du Conseil du Café-Cacao et sont donc exclues de l’opération d’enlèvement des stocks, malgré leurs volumes importants. La LIDOPA réclame un traitement rapide et exceptionnel pour intégrer ces stocks au dispositif national et éviter leur détérioration.
Non-respect du prix bord champ et pratiques abusives
Le prix bord champ, fixé à 2 800 FCFA le kilogramme par le Chef de l’État, n’est pas toujours respecté sur le terrain. Certains opérateurs proposent des prix compris entre 1 500 et 2 000 FCFA, profitant de la détresse des producteurs. Pressés par la chute des prix, plusieurs planteurs cèdent leur récolte à perte, une pratique qualifiée de « prédatrice » par la LIDOPA, qui appelle à des sanctions exemplaires.
Reçus impayés et exportations bloquées
La crise touche également les producteurs ayant livré leur cacao en dépôt-vente. De nombreux reçus de pesée restent impayés, conséquence du blocage des exportations lié à la baisse des cours mondiaux. Cette paralysie retarde les paiements et fragilise davantage les producteurs, maillon le plus vulnérable de la filière.
Stocks oubliés dans les villages
L’inventaire actuel de l’opération d’enlèvement se limite aux magasins des coopératives, laissant de côté des quantités importantes de cacao stockées dans les campements et villages. La LIDOPA exige leur intégration immédiate afin de prévenir des ventes à perte massives.
Une détresse sociale alarmante
Au-delà des enjeux économiques, la crise révèle une situation humaine dramatique. Dans plusieurs zones rurales, les familles peinent à couvrir les charges quotidiennes, des élèves sont renvoyés de l’école pour non-paiement des frais de scolarité, et les tensions familiales s’accentuent. Des cas de décès liés au stress provoqué par le blocage des stocks ont même été signalés.
Pour la LIDOPA, la situation nécessite plus qu’un ajustement technique : elle appelle à une refondation de la gouvernance de la filière cacao, afin que la richesse générée profite directement aux producteurs.
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire tire près de 40 % de ses recettes d’exportation de cette filière stratégique.
« Le cacao doit servir ses producteurs. Le leader mondial du cacao doit être au service de ses producteurs », martèle la LIDOPA.
Natacha Kouakou