Après plusieurs mois d’absence pour des raisons de santé, le maire de Zoukougbeu, Maurice Deabo Pocka, a regagné sa commune le mercredi 14 octobre 2026. À l’occasion de son retour, l’édile a évoqué le fonctionnement de la mairie, les tensions avec certains de ses collaborateurs et des soupçons de mauvaise gestion. Il annonce notamment le recours à un huissier de justice pour faire constater la gestion de certains services municipaux.
Le retour du maire Maurice Deabo Pocka à Zoukougbeu est marqué par des déclarations sans détour sur la situation au sein de l’administration communale. Dans cet entretien accordé à Infocentrale, il exprime son mécontentement face à l’attitude de certains collaborateurs, tout en appelant les populations au calme. Il affirme également vouloir prendre des dispositions pour renforcer le contrôle de la gestion municipale.
Infocentrale : Monsieur le Maire, après plusieurs mois d’absence pour des raisons de santé, comment vous portez-vous ?
Maurice Deabo Pocka : Merci, mon fils. Je suis très heureux d’être là aujourd’hui. C’est Dieu qui fait tout et je lui rends gloire. Ceux qui m’ont vu avant cette rencontre peuvent témoigner de mon état de santé. Aujourd’hui, ma voix est revenue.
Je voudrais également remercier tous mes parents pour l’accueil fraternel et chaleureux qu’ils m’ont réservé, ainsi que pour leur forte mobilisation. Les nouvelles parviendront à ceux qui n’ont pas pu effectuer le déplacement.
Infocentrale : Comment se porte la mairie de Zoukougbeu après votre longue absence ?
Maurice Deabo Pocka : On peut appartenir à un même groupe ou à un même conseil municipal sans partager la même vision. Dans certaines communes, pour devenir adjoint au maire, il faut participer activement à la campagne électorale. Ici, à Zoukougbeu, j’ai contribué à faire élire certains de mes collaborateurs, mais leur comportement actuel me déçoit.
Le mardi 13 octobre, les quatre adjoints au maire sont venus me rencontrer à Abidjan. Ils m’ont dit qu’ils étaient venus présenter leurs excuses. Je leur avais pourtant demandé de rester à Zoukougbeu afin que nous puissions discuter devant nos parents. Ils ont préféré venir me voir à Abidjan avant mon retour dans la commune.
J’ai apprécié leur démarche, mais je voulais surtout constater moi-même la situation sur le terrain. À mon arrivée, je les ai appelés, mais aucun n’est venu me rencontrer.
Ils n’ont pas participé aux travaux des commissions. Toutefois, les commissions ont pu travailler. Le maire préside ces commissions, tandis que les adjoints en assurent la vice-présidence. Deux commissions importantes ont travaillé et leurs conclusions sont entre les mains du secrétaire général de la mairie.
Je suis satisfait de la présence des journalistes, des chefs de village, des chefs de communautés, du sous-préfet de Zoukougbeu et du secrétaire général de la préfecture, qui représentait la préfète du département. La session s’est bien déroulée. À l’avenir, je ferai tout pour être présent lorsqu’une session importante sera organisée.
Infocentrale : Pourquoi les quatre adjoints au maire sont-ils venus à Abidjan pour vous présenter leurs excuses ?
Maurice Deabo Pocka : Je les avais convoqués à Abidjan à une période où des difficultés ont conduit au report du budget modificatif.
Des jeunes ont bénéficié d’un financement de 2 500 000 FCFA destiné à certaines activités de vacances, mais, selon les informations qui m’ont été communiquées, ces activités n’ont pas été réalisées. Le secrétaire général de la mairie, qui est très disponible, m’a rendu compte de la situation.
Ce qui me préoccupe, c’est que certains de ceux qui soutiennent ces pratiques sont des adjoints au maire.
Nous devons également tout mettre en œuvre pour élaborer le programme triennal 2027-2029.
Par ailleurs, je déplore certaines pratiques que je juge irrégulières. Comment un directeur technique peut-il attribuer des marchés relatifs à un même projet à deux entreprises ? Comment peut-on prendre une chargeuse appartenant à la commune pour exécuter des travaux ailleurs et, selon mes informations, faire encaisser les recettes en dehors de la caisse municipale ?
Dans une commune, les recettes doivent être gérées conformément aux règles de la comptabilité publique. Le régisseur est chargé de leur conservation et de leur gestion selon les procédures en vigueur. Je ne comprends donc pas que des fonds puissent, comme je le soupçonne, être remis à des responsables pour être ensuite partagés entre eux.
Infocentrale : Quel sort réservez-vous aux adjoints au maire qui ont été absents lors de la troisième session du conseil municipal, tenue le vendredi 16 octobre 2026 ?
Maurice Deabo Pocka : Chacun devra désormais faire preuve de prudence et de responsabilité. Les adjoints restent mes collaborateurs. S’ils viennent travailler, nous travaillerons ensemble. Mais ils doivent comprendre que je resterai attentif à leur comportement et à l’exercice de leurs fonctions.
Je prendrai, dans les prochains jours, des dispositions pour associer d’autres conseillers municipaux à certaines responsabilités, notamment en matière de signature, dans le respect des textes applicables.
Dans certaines mairies, le secrétaire général est également habilité à signer des extraits d’actes d’état civil, dans le cadre d’une délégation régulière. Il faut donc que chacun assume ses responsabilités et que le fonctionnement de la mairie soit assuré dans les règles.
Infocentrale : L’une des commissions a recommandé le départ des directeurs techniques, du directeur financier et du chef des services administratifs. Quelle est votre appréciation ?
Maurice Deabo Pocka : Cette recommandation traduit la manière dont les membres de la commission apprécient la situation. Pour ma part, je considère que certaines pratiques ne peuvent pas continuer.
Les agents de l’État affectés à la mairie sont là pour travailler au service de la population. Je déplore notamment des comportements que je juge incompatibles avec leurs responsabilités, en particulier des absences répétées pour se retrouver dans les maquis situés en face de la mairie.
Cette recommandation engage ses auteurs, mais je partage la nécessité d’examiner sérieusement les problèmes soulevés. La situation ne peut pas rester en l’état. Des dispositions devront être prises dans le respect des procédures administratives.
Infocentrale : Quel message adressez-vous à la population de Zoukougbeu dans ce contexte de tensions au sein de la mairie ?
Maurice Deabo Pocka : Je demande à la population de rester calme. Le mensonge va vite, mais la vérité prend du temps.
Certains ne croyaient pas que je reviendrais à Zoukougbeu. Pourtant, je suis là. Le mardi 13 octobre, des collaborateurs sont venus me rencontrer à Abidjan pour présenter leurs excuses. Certains étaient très émus. Mais, à mon arrivée dans la commune, je n’ai pas constaté leur présence.
Ceux qui veulent travailler sont les bienvenus. Toutefois, je prendrai les dispositions nécessaires pour que chacun assume ses responsabilités.
Concernant le secrétaire général de la mairie, je tiens à préciser que son affectation relève de sa hiérarchie administrative. Ce n’est pas moi qui l’ai affecté à Zoukougbeu. S’il refuse de rejoindre son poste, il appartient à son supérieur hiérarchique d’apprécier la situation et de prendre les mesures qui s’imposent.
Infocentrale : Vous avez évoqué des soupçons concernant l’utilisation du matériel communal et la gestion des recettes. Quelles mesures comptez-vous prendre ?
Maurice Deabo Pocka : Je veux que toute la lumière soit faite sur la gestion de la commune. Je m’interroge notamment sur l’utilisation de certains équipements municipaux pour des travaux effectués en dehors de Zoukougbeu et sur la destination des recettes qui en découlent.
Avant de retourner à Abidjan, je vais faire appel à un huissier de justice pour faire constater les éléments relatifs à la gestion. Je veux que les faits soient établis.
Ma signature est celle qui engage la commune devant les institutions de contrôle, notamment la Cour des comptes. Je ne peux donc pas rester indifférent aux pratiques susceptibles d’engager ma responsabilité.
J’ai déjà pris des mesures fermes au cours de mon premier mandat. Je prendrai, une nouvelle fois, mes responsabilités si les faits le justifient.
Entretien réalisé par Kevin Bakou