Le Bissap et le Gnamakoudji figurent parmi les boissons artisanales les plus consommées en Côte d’Ivoire. Appréciées pour leur goût, leur coût abordable et leur disponibilité, elles sont vendues quotidiennement dans les marchés, les établissements scolaires, les gares et les rues. Toutefois, leur production et leur commercialisation s’effectuent le plus souvent dans un cadre artisanal où le respect des règles d’hygiène n’est pas toujours garanti, exposant ainsi les consommateurs à des risques sanitaires.
C’est pour mieux comprendre cette problématique que Kouamé Aya Bah Marie-Ange Christelle a consacré sa thèse de doctorat à l’étude de la contamination microbiologique de ces boissons. Soutenue le jeudi 25 juin 2026 à l’Université Jean Lorougnon Guédé (UJLoG) de Daloa, cette recherche, menée en spécialité Microbiologie et Sécurité alimentaire sous la direction du Dr Kouassi Kouassi Clément, met en évidence la présence de bactéries pathogènes et propose des solutions pour améliorer la sécurité sanitaire des boissons artisanales.
Intitulée « Étude de la contamination microbiologique par des entéropathogènes (Bacillus cereus et Listeria monocytogenes) dans les boissons non alcoolisées artisanales (Bissap, Gnamakoudji) du district sanitaire de Daloa : évaluation des risques sanitaires », cette thèse répond à une préoccupation majeure de santé publique.
Au cours de sa présentation, la nouvelle docteure a expliqué que son étude est née du constat selon lequel, malgré leur forte consommation, le Bissap et le Gnamakoudji font rarement l’objet de recherches ciblant spécifiquement Bacillus cereus et Listeria monocytogenes, deux bactéries responsables de maladies d’origine alimentaire. Son objectif était donc d’évaluer leur présence dans ces boissons et d’apprécier les risques encourus par les consommateurs.
Les analyses microbiologiques ont confirmé la présence de ces deux bactéries. Listeria monocytogenes est responsable de la listériose, une maladie pouvant provoquer des septicémies, des méningites, des avortements spontanés chez les femmes enceintes et, dans certains cas, entraîner le décès de personnes vulnérables. Bacillus cereus, quant à elle, est à l’origine de toxi-infections alimentaires caractérisées par des diarrhées ou des vomissements.
Selon la chercheuse, ces contaminations sont principalement dues aux méthodes artisanales de fabrication, au non-respect des règles d’hygiène, à la réutilisation des contenants, aux manipulations inappropriées ainsi qu’aux mauvaises conditions de conservation et de commercialisation.
Pour inverser cette tendance, Kouamé Aya Bah Marie-Ange Christelle recommande l’élaboration de guides de bonnes pratiques d’hygiène en langues locales, le renforcement des capacités des productrices, leur organisation en coopératives et une sensibilisation accrue des consommateurs.
Le directeur de thèse, Dr Kouassi Kouassi Clément, a souligné que cette recherche s’inscrit pleinement dans les enjeux de sécurité sanitaire des aliments en Côte d’Ivoire. Selon lui, les résultats obtenus démontrent la nécessité de mieux encadrer la transformation artisanale des boissons afin de réduire les risques de contamination microbiologique. Il a également appelé les pouvoirs publics à accompagner les productrices dans la professionnalisation de leurs activités.
Le Professeur Nanga Yessé, sous-directeur du Laboratoire de biologie médicale et de microbiologie alimentaire et industrielle au Laboratoire national de santé publique (LNSP), institution partenaire de cette recherche, a salué une étude qui apporte des données scientifiques inédites sur des risques encore peu documentés dans les boissons artisanales ivoiriennes. Il estime que ces résultats constituent une base importante pour améliorer les procédés de fabrication.
Président du jury, le Professeur Bakayoko Sidiki, secrétaire général adjoint de l’Université Jean Lorougnon Guédé, a rappelé que cette thèse illustre la mission des universités de produire des recherches utiles au développement et au bien-être des populations. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation des productrices, notamment à travers des messages en langues locales.
À l’issue des délibérations, le jury a décerné à Kouamé Aya Bah Marie-Ange Christelle le grade de Docteure en Microbiologie et Sécurité alimentaire, avec la mention « Très Honorable », saluant la qualité scientifique, l’originalité et la portée de ses travaux.
Au-delà de son apport scientifique, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives pour le renforcement de la sécurité sanitaire des boissons artisanales en Côte d’Ivoire. Elle constitue également un appel à une meilleure collaboration entre chercheurs, autorités publiques, producteurs et consommateurs afin de garantir des produits plus sûrs et de préserver la santé publique.
Natacha kouakou
Gytou
3 octobre 2025 at 14h47
Repose en paix cher parrain.😭😞😥 Yako à la famille et à toute la grande famille.💪